Nous avons, il y a quelques jours (voir l’article), parlé des avant-projet définitifs de 2022, dont Laurence des Cars affirmait qu’ils étaient incomplets, ne prenant pas en compte la question des vidéos périmétriques, ni suffisamment la rénovation des postes de commandement, ni même la question de l’hypervision. C’est faux, comme ces documents le montrent clairement. Mais il nous manquait encore le planning des opérations tel qu’il était prévu au moment où la nouvelle présidente prenait ses fonctions. Nous avons pu nous procurer les grandes lignes de ce planning, via un autre document « confidentiel » à l’époque, présenté en CHSCT. Et celui-ci est la preuve ultime, non seulement du fait que Laurence des Cars, qui dit avoir fait de la sécurité une « urgence absolue », a tout arrêté sans aucune raison valable (puisque le schéma directeur était parfaitement complet), mais encore que le planning, présenté en CHSCT, était tel que les travaux auraient été en grande partie terminés en 2024. Soit un an avant le casse. Celui-ci aurait-il pu avoir eu lieu dans ces conditions ? On peut légitimement en douter, puisque non seulement la vidéoprotection périmétrique aurait pu être opérationnelle, mais encore l’hypervision aurait été effective. Rappelons que l’hypervision est le dispositif technique qui permet de créer un poste de commandement unique regroupant et pilotant automatiquement tous les systèmes de sécurité d’un ou plusieurs sites (vidéo, alarmes, contrôle d’accès, incendie, etc.). Cette hypervision est désormais renforcée, de plus en plus souvent, par l’intelligence artificielle.
Ce document date du 4 mai 2021. Soit quatre mois avant la prise de fonction de Laurence des Cars. Il rappelle le contexte, basé sur un constat, notamment que les « équipements techniques de sûreté [sont] vieillissants », qu’il y a une « problématique de maintenance », que le « périmètre de couverture des équipements techniques de sûreté [doit être] adapt[é] » et des besoins : « amélioration des réseaux et des équipements techniques de sûreté » et « déploiement de nouveaux outils (gérer et interfacer les différents équipements) ». Il précise également qu’un « schéma directeur des équipements de sûreté a été élaboré, pour améliorer et étendre l’efficience des dispositifs de sûreté ». Ce schéma directeur aboutissait aux avant-projets définitifs terminés en 2022 dont nous parlions dans notre précédent article.
Le planning est clair, et il recoupe ces documents : les études de maîtrise d’œuvre devaient se dérouler de « début 2021 » à « mi-2022 ». Les travaux devaient commencer « fin 2022 » et se terminer « mi-2024 » pour la partie réseaux, l’hypervision devait se déployer « à partir de mi-2023 », et le réaménagement des postes de contrôle être mené de « mi-2023 à mi-2024 ». Même en admettant un retard d’un an, cela aurait dû être terminé au plus tard mi-2025.
Seule l’installation des équipements techniques, caméras et contrôles d’accès, était prévue sur un temps plus long : le déploiement devait commencer à « mi-2023 » et se prolonger sur une durée qui devait encore être précisée, l’estimation étant de cinq ou six ans. Si ce planning avait été suivi, peut-être toutes les caméras n’auraient-elles pas été déployées, mais nul doute qu’une direction qui aurait fait de la sécurité une « urgence absolue », aurait pu, en deux ans, mettre en place la surveillance périmétrique qui était bien prévue dans le schéma directeur.
Tout était suffisamment avancé donc, au moment de la prise de fonction de Laurence des Cars, pour permettre au Louvre de hausser très sérieusement son niveau de sûreté. Oui mais voilà : il fallait tout reporter pour vendre le projet « Louvre Nouvelle Renaissance ». Et l’investissement dans la sécurité, comme l’a montré le rapport de la Cour des Comptes, a été réduit à sa plus faible expression puisque, entre 2018 et 2024, seuls 26,7 millions lui ont été consacrés. Et sur la période 2020-2024, seulement 2 millions d’euros de dépense ont été faites, soit à peine 500 000 € par an. Cela confirme que les investissements de sécurité se sont écroulés après l’arrivée de Laurence des Cars [1].
Le projet « Nouvelle Renaissance » est bien le problème, pas la solution. Quant aux responsabilités écrasantes de la présidence du Louvre, elles semblent ne plus être à démontrer.