L’auditorium du Louvre était plein ce matin pour la réunion des syndicats qui devait confirmer la grève qui commence aujourd’hui. Le plus frappant était la présence de toutes les catégories du Louvre, de la surveillance aux cadres de services support, en passant par les conservateurs. Parmi les raisons qui président à ce mouvement social, figure la demande que le Louvre consacre ses investissements, enfin, aux vraies priorités : l’entretien et la restauration, et non à un projet « Nouvelle Renaissance » dont le volet « Grande Colonnade » est à la fois inutile, pas suffisamment étudié et non financé.
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- 1. Schéma du périmètre concerné par le projet « Grande Colonnade »...
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Une note de présentation du budget initial 2026, présentée au Conseil d’administration du musée le 27 novembre 2025, démontre que les revendications plus que légitimes du personnel du Louvre sont bien loin d’avoir été entendue.
C’est ainsi que, pour rendre le projet « Grande Colonnade » irréversible, il est prévu de lui affecter 100,8 millions d’autorisation d’engagement et 22,4 millions de crédits de paiement rien que pour l’année 2026. Il s’agit, dans un premier temps, d’engager des « conventions d’études et de travaux pour les travaux préparatoires sous maîtrise d’œuvre ACMH et sous maîtrise d’œuvre du lauréat du concours d’architecture ». Ces sommes s’ajoutent à celles déjà dépensées pour rémunérer le travail des cinq équipes d’architectes retenues qui planchent actuellement sur leur projet.
À ces chiffres, il faut opposer ceux prévus pour le schéma directeur de rénovation (qui inclut la sécurité) : seulement 17,5 millions d’euros d’autorisation d’engagement et 15,4 millions d’euros de crédits de paiement. Et si l’on détache de ce schéma directeur de rénovation la partie sécurité, on arrive au chiffre dérisoire de 1,8 millions d’euros en autorisation d’engagement et de 2,8 millions d’euros en crédits de paiement. Oui, vous avez bien lu : 1,8 millions d’autorisation de paiement pour la sécurité contre 100,8 millions pour le projet colonnade (qui, au total, est prévu pour coûter 666 millions).
Après le rapport de la Cour des comptes, après celui de l’Inspection générale des affaires culturelles, après le vol des bijoux, la fermeture de la galerie Campana et l’inondation dans la bibliothèque du département des Antiquités égyptiennes, après les innombrables articles de presse (encore tout récemment Libération et Médiapart), on constate donc que rien ne change, et que le superflu, l’inutile, voire le nuisible restent au cœur des préoccupations du Louvre et de sa présidente, Laurence des Cars.
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- 2. La vasque olympique en 2024
Photo : DarDarCH (CC 0) - Voir l´image dans sa page
Nous pouvons y ajouter deux choses qui démontrent que cela va encore bien au-delà du projet Louvre Renaissance. La première, l’année prochaine, est la « vasque olympique » (il faudrait dire à Emmanuel Macron et à Laurence des Cars que les Jeux Olympiques sont terminés), qui reviendra aux Tuileries [1] pour un prix que l’on peut qualifier de totalement déraisonnable. Celui-ci est donné par le même document : sa réinstallation coûtera 3,5 millions d’euros [2] ! En 2026, le Louvre dépensera donc 3,5 millions pour la vasque, et 2,8 millions (crédits de paiement) pour la sécurité.
Nous y ajouterons une œuvre que l’on peut déjà voir au Louvre, porte des Lions, à l’entrée du nouveau « Pavillon des Cinq Continents » (sur lequel nous reviendrons dans un prochain article). Il s’agit d’une installation (une série de neuf peintures) de Marlène Dumas, artiste sud-africaine, qui a coûté au musée la bagatelle de 470 000 €. Sachant que sa cote se monte habituellement à plusieurs millions d’euros, cela nous est presque présenté comme un cadeau qu’aurait reçu le Louvre ! Un « cadeau » qui lui coûte près d’un demi million d’euros. Soit à peu près le montant qui était consacré à la sécurité en 2023 et 2024 !
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- 3. L’œuvre de Marlène Dumas acquise par le Louvre
à l’entrée du Pavillon des « Cinq Continents »
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
La sécurité est décidément l’« urgence absolue » de Laurence des Cars...