Le musée discriminant

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1. Le Musée du Louvre
Photo : Dennis G. Jarvis (CC BY-SA 2.0)
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Nous n’en ferons pas un nouveau cheval de bataille, car nous en avons déjà suffisamment, sans doute plus importants. Mais l’annonce de l’augmentation de 45 % du tarif du Musée du Louvre (de 22 à 32 €), pour les visiteurs extra-européens, est une mesure détestable, pour de nombreuses raisons.
Certes, les visiteurs étrangers n’ont pas contribué par leurs impôts au fonctionnement de ce musée. Mais le raisonnement est biaisé : va-t-on demander aux visiteurs français non soumis à l’impôt sur le revenu de payer davantage que ceux qui l’acquittent ? Surtout, les ressortissants de notre pays ne contribuent pas aux budgets des musées anglais, suisses ou américains. Et pourtant, ils payent le même prix d’entrée que leurs habitants. Et même, ils entrent gratuitement dans les grands musées londoniens.

Oui, beaucoup de touristes, notamment américains ou japonais, ne sont pas à dix euros près. Mais que dire des visiteurs de pays plus pauvres, pour lesquels une visite à Paris est parfois l’événement d’une vie, et qui se verront appliquer un tarif différencié. Certains habitent même en France depuis longtemps, sont parents d’enfants français, mais sans avoir pris cette nationalité ; ils seront donc condamnés à payer plus cher que les autres. Belle idée de la culture pour tous !
Comment les reconnaîtra-t-on d’ailleurs ? Va-t-on demander à chaque visiteur de montrer une carte d’identité française, dont le port n’est d’ailleurs pas obligatoire ? Il paraît que les contrôles seront aléatoires. Mais comment seront-ils faits ? Au faciès ?


2. État du vestiaire sous la pyramide du Louvre le 27 octobre 2025
Photo : Didier Rykner
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Surtout, ces visiteurs qui paieront désormais 32 € pour entrer au Louvre (contre 17 jusqu’au début de l’année 2024), soit 128 € pour une famille de quatre personnes avec deux enfant au-dessus de dix-huit ans (!), n’auront, en échange, qu’un musée très largement fermé. Nous avons, à de multiples reprises, dénoncé les fermetures des salles qui se multiplient (voir cette brève la plus récente). Le visiteur extra-européen sera désormais une machine à cash, peu considéré, et même pas certain de pouvoir visiter ce qu’il veut voir, alors qu’il aura payé son entrée au prix fort. Par exemple, s’il vient un mercredi - et d’autres jours de la semaine, parfois non annoncés en avance - pour admirer les Vermeer et les Rembrandt, son billet à 32 euros ne le lui permettra même pas. Tout cela est indigne, comme le sont d’ailleurs les conditions d’accueil des visiteurs, de tous les visiteurs, européens ou non (ill. 2 et 3).


3. Toilettes hors-service au Louvre, état le 28 novembre 2025
Photo : Alexandre Lafore
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Quel message fait-on passer ainsi aux pays étrangers ? Celui d’une France accueillante ou d’un pays qui les discrimine ? Les syndicats ont raison de s’opposer à cette mesure en évoquant l’universalisme du musée, un terme souvent utilisé par les responsables du Louvre, qui ont une drôle de manière de le mettre en œuvre. On parle désormais d’étendre cette mesure à d’autres établissements, Versailles ou Chambord. A-t-on vraiment besoin d’entretenir une telle image, alors que le vol des bijoux de la Couronne a déjà jeté sur ce musée un discrédit qui semble devoir durer ?

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