Réouverture du Musée de Lodève avec une exposition Picasso

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1. Paul Dardé (1888-1963)
Vénus à la coquille
Pierre
Lodève, Musée
Photo : bbsg
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D’une salle à l’autre, on peut observer les excréments fossilisés d’une hyène et la naissance de Vénus dans la pierre (ill. 1). Le Musée de Lodève conserve des collections pour le moins hétéroclites constituées à partir du don de l’archéologue Jacques Audibert en 1957 [1], enrichies en 1972 par l’achat du fonds d’atelier du sculpteur Paul Dardé.
Ivonne Papin et son équipe ont su pourtant les mettre en valeur. Après quatre ans de travaux, le musée a rouvert ses portes en juillet dernier. Sa surface totale a doublé, au profit de la conservation et de la présentation des œuvres, l’espace d’exposition permanente étant passé de 350 à 1150 m2 et les réserves [2] de 25 à 196 m2.

Le musée occupe trois bâtiments reliés entre eux : l’hôtel du cardinal Fleury, dans lequel il est installé depuis 1987, la médiathèque et une extension moderne confiée au cabinet d’architecture Projectiles. L’hôtel Fleury, tout d’abord, est un monument historique du XVIIe siècle, remanié au XVIIIe, qui a été restauré pour l’occasion et dont les visiteurs pourront admirer l’escalier ajouré d’arcs rampants, la cour caladée et les balustres en fer forgé. La façade est maintenant largement visible depuis la rue, grâce à la destruction d’un mur des années 1980 qui la cachait en partie (ill. 2 et 3). Désormais, une vaste place - très minérale - introduit le musée. Il est regrettable cependant que la fontaine qui se trouvait devant l’hôtel et qui était également classée, ait été déplacée et adossée à la façade du côté de la rue de la République.
Juste à côté, la Médiathèque accueille désormais les bureaux et les espaces techniques du musée. Entre ces deux bâtiments se trouvait l’hôtel Teisserenc, adjacent à l’hôtel Fleury, qui a été acheté et détruit pour permettre de construire une extension. Si cette nouvelle architecture moderne, en béton brut, s’harmonise par sa sobriété avec le monument historique, on peut s’interroger sur la qualité de l’édifice disparu. Ivonne Papin nous a affirmé que hôtel Teisserenc avait été largement remanié et n’était pas protégé. Son intérêt historique, dit-elle, consistait essentiellement dans sa façade du côté de la rue du Cardinal Fleury et celle-ci été conservée par les architectes du projet.
Il reste qu’il s’agit clairement d’une opération de façadisme, même s’il nous est impossible de savoir ce qui a exactement disparu faute d’avoir trouvé des descriptions et/ou photographies de l’ancien bâtiment. Nous ne pouvons donc porter un jugement sur cette opération.


2. Vue du musée avant les travaux
Photo : Googlemaps
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3. Vue du musée après les travaux
L’hôtel de Fleury, la médiathèque à droite et entre les deux l’entrée et l’extension
Photo : Vincent Fillon
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Les collections sont organisées en trois grandes parties, annoncées dans le hall d’accueil par des intitulés un peu trop sibyllins : « Traces du vivant »,« Empreintes de l’homme » et « Mémoires de pierres ». Les « traces du vivant » sont les fossiles prélevés dans la région, le Lodévois et le Larzac bénéficiant d’un héritage géologique exceptionnel. Cette section consacrée aux sciences de la terre évoque les animaux et les plantes disparus, et même la pluie, dont on peut voir des traces de gouttes fossilisées il y a 290 millions d’années. Les« empreintes de l’homme » sont plus spécifiquement celles des chasseurs-cueilleurs devenus éleveurs et agriculteurs. Cette partie archéologique aborde la préhistoire et plus particulièrement le néolithique [3]. Pour passer du néolithique au XXe siècle il suffit de descendre quelques marches, les « mémoires de pierres » étant celles des sculptures de Paul Dardé. Après avoir acheté le fonds d’atelier, le musée a complété l’ensemble par des acquisitions au fur et à mesure, et possède aujourd’hui environ 600 sculptures et 3000 dessins de sa main.
La muséographie s’adapte à chacun de ces trois thèmes. Les sections des sciences de la terre et de la préhistoire proposent un parcours en immersion totale, ponctué de projections, de vitrines lumineuses, de dessins animés également, qui permettent de comprendre l’apparence de certains animaux disparus ou la manière dont étaient façonnés certains objets. Une fois n’est pas coutume, les supports multimédias sont ici des outils pédagogiques précieux compte-tenu du côté fragmentaire des vestiges présentés.


4. Paul Dardé (1888-1963)
L’Éternelle douleur, 1913
Pierre - 49,5 x 44,0 x 38,2 cm
Lodève, Musée
© RMN-GP/ Hervé Lewandowski
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5. Paul Dardé (1888-1963)
Faune, 1921
Pierre - 4m
Lodève, Musée
Photo : Musée de Lodève
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La mise en scène des sculptures de Paul Dardé est plus sobre, évoquant un atelier d’artiste où Tolstoï et Macbeth se côtoient, l’un sculpté, l’autre dessinée. Il s’agit de montrer le processus créatif de l’artiste qui a travaillé aussi bien la terre crue et le plâtre que la pierre ou le bronze ; il a en outre conçu des œuvres de dimensions très variées, souvent monumentales dont on peut voir les esquisses, par exemple un Laocoon commandé par la Ville de Paris ou bien de nombreux monuments funéraires. L’ensemble a été restauré pour la réouverture du musée.
Né à 1888 à Olmet, près de Lodève, Dardé entra à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, fit un passage éclair par l’atelier de Rodin et voyagea en Italie. Il connut la gloire à Paris en 1920 en exposant au Salon des artistes français l’Éternelle douleur réalisée plus tôt en 1913 (ill. 4), et un grand Faune qui trône désormais dans l’entrée du musée (ill.5 ). Celui-ci remporta un franc succès au point que l’artiste obtint le Grand Prix national des Arts. Il revint travailler par la suite dans sa région natale. Outre ses sculptures, on peut admirer de nombreux dessins de grands formats qui illustrent Shakespeare, ou encore La Chanson de Roland.


6. Anton van Dyck (1599-1641)
Jupiter et Antiope
Huile sur toile - 150 x 206 cm
Gand, Musée dee Beaux-arts
Photo : Museum voor Schone Kuneten, Gand
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7. Pablo Picasso (1881-1973)
Faune musicien et danseuse,1945
Crayon de type pierre noire et gouache
blanche - 25 x 33,5 cm
Paris, Musée national Picasso
Photo : Succession Picasso 2018
RMN-GP / Mathieu Rabeau
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Enfin, la réouverture du musée s’accompagne d’une exposition temporaire consacrée à la figure du faune dans l’art, de l’Antiquité jusqu’à Picasso (ill. 6 et 7 ). Elle fait partie des multiples événements organisés dans le cadre du projet « Picasso-Méditerranée ».
Estampes, dessins et céramiques du maître sont dispersées dans le parcours thématique qui mélange donc des œuvres d’époques différentes. Faunes et satyres sont d’abord présentés comme des êtres lubriques qui poursuivent de leurs ardeurs les nymphes, ménades et autres dames mythologiques. Elles résistent ou consentent. Le satyre se penche sur Antiope endormie et la dévoile dans un tableau de Van Dyck, une eau-forte de Rembrandt, une estampe de Picasso. Les dieux s’en mêlent parfois, Diane le pourchasse dans une toile attribuée à Chaperon, tandis que Pan - lui aussi, mi-homme mi-bouc - voit la belle Syrinx lui échapper dans une peinture de Michel Dorigny. Lorsque la nymphe résiste, le satyre l’enlève, tout simplement, à l’aide d’un filet ou de ses bras nus, selon qu’il est sculpté par Jules Desbois, ou peint par Cabanel. Mais il lui arrive aussi d’accepte de jouer avec lui chez Gervex, et même de se laisser lutiner, chez Injalabert.
C’est un personnage plus complexe qu’on ne le pense, qui passe de l’excès des plaisirs au doute philosophique. Une deuxième section rappelle que le faune et le satyre sont les acteurs exubérants des bacchanales et les joyeux compagnons de Silène. Le sujet est prétexte à montrer des bedaines rondes comme des outres pleines et à se gausser des excès de l’ivresse, voire à en dénoncer les dangers, comme le fait Noël Hallé en 1759. Mais le faune est aussi celui qui, étonnamment, se méfie des gens doubles. L’’histoire du satyre et du paysan souvent représentée, raconte comment un satyre s’étonna de voir un paysan souffler sur ses main pour les réchauffer puis sur sa soupe pour la refroidir. « Je ne veux point de commerce avec un homme qui souffle de la même bouche le chaud et le froid. »
Enfin la troisième partie s’arrête sur le lien du faune avec les arts, il danse, joue de la flûte de Pan. Il inspira lui-même les poètes et les compositeurs, réunissant Mallarmé, Debussy et Nijinsky le temps d’un après-midi.

« Faune, fais-moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso », du 7 juillet au 7 octobre 2018.

Sous la direction de Ivonne Papin-Drastik, Faune, fais-moi peur ! Images du faune de l’Antiquité à Picasso, Silvana Editoriale 2018, 336 p. 39 €. ISBN : 9788836638659.

Musée de Lodève, square Georges Auric, 34700 Lodève. Tél : +33 (0)4 67 88 86 10. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h. Tarif : 10 € (réduit : 7 €).

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

Notes

[1Le Museum régional d’Histoire naturelle de Lodève fut officiellement créé en 1957 et inauguré en 1962 dans la chapelle des Carmes.

[2Comme nous l’a expliqué Ivonne Papin, Les oeuvres jusqu’à ce jour étaient entassées dans de minuscules locaux, ou bien cohabitaient avec des réserves ayant d’autres usages (stock de la librairie notamment).

[3Le musée fut créé en 1957, suite à un don important de l’archéologue montpelliérain Jacques Audibert.

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