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- 1. Jean Beausire (1651-1743)
Fontaine Boucherat, 1697-1699
Paris, croisement rue
de Turenne et rue Charlot
Le samedi 19 juillet 2025 à 15 h 46
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Que certains hommes politiques mentent, c’est une évidence. Qu’ils s’attaquent aux journalistes, mettant en cause leur éthique, en mentant, cela arrive aussi. Mais qu’ils le fassent aussi bêtement qu’Ariel Weil, maire de Paris Centre, l’a fait, ce n’est pas forcément courant.
Bêtement, car Ariel Weil nous connaît mal : nous ne sommes pas du genre à tendre l’autre joue. Et bêtement, car son mensonge grossier est d’une facilité déconcertante à prouver.
Revenons sur les faits. Depuis plusieurs semaines, nous parcourons Paris pour examiner, une par une, toutes les fontaines décoratives dépendant de la mairie de Paris, afin de mettre à jour notre article de 2017 : « La grande misère des fontaines parisiennes ».
C’est dans ce cadre que nous sommes allé, samedi dernier, 19 juillet, voir la fontaine Boucherat, due à l’architecte Jean Beausire, datant de 1697-1699, et inscrite monument historique (ill. 1). Un monument insigne donc, qui, comme en 2017, était lourdement vandalisé par des tags (moins gravement néanmoins qu’en 2017), avec au premier plan une immonde poubelle de rue transparente [1] venant exhiber ses déchets devant le monument, et un jet d’eau sortant du trottoir sur laquelle nous ironisions en vantant l’imagination d’Ariel Weil, dans un tweet (ill. 2) publié le 19 juillet à 15 h 48, où l’on pouvait voir la photo de cette composition urbaine.
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- 2. Tweet de La Tribune de l’Art du
samedi 19 juillet 2025 à 15 h 48 - Voir l´image dans sa page
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- 3. Tweet de Karen Taieb, adjointe au patrimoine à la mairie de Paris,
le dimanche 20 juillet à 19 h 26 - Voir l´image dans sa page
Le lendemain, dimanche 20 juillet, à 19 h 26, Karen Taieb, adjointe au patrimoine de la mairie de Paris, l’une des rares élues respectables de cette municipalité, qui fait ce qu’elle peut pour sauver le patrimoine parisien, nous répondait avec un autre tweet (ill. 3) accompagné d’une photo : « La fontaine a été nettoyée ». L’annonce était étonnante : il était donc possible de réagir rapidement, un dimanche même, pour nettoyer un monument parisien ?
Pendant ce temps, le tweet d’origine a suivi son bonhomme de chemin, atteignant presque 50 000 vues en quatre jours, les internautes s’indignant notamment du tag. Ce qui n’a, semble-t-il, pas plu à Ariel Weil. Celui-ci a en effet osé publier aujourd’hui, mardi 22 juillet, à 13 h 07, un tweet (ill. 4) reprenant celui de Karen Taieb et disant ceci : « 50,000 vues pour la photo de la fontaine taguée, publiée alors que celle-ci avait DÉJÀ été nettoyée à notre demande (comme le reste de ce quartier à proximité de la République). Cela pose des questions d’éthique et d’intention : s’agit-il vraiment de souci du patrimoine ? »
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- 4. Tweet diffamatoire d’Ariel Weil,
maire de Paris Centre,
le mardi 22 juillet 2025 à 13 h 07 - Voir l´image dans sa page
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- 5. Métadonnées de la photo publiée en ill. 1
qui donnent clairement
le lieu, la date et l’heure - Voir l´image dans sa page
L’élu, mettant en doute notre éthique de journaliste, prétend que la fontaine avait été nettoyée avant que nous tweetions. Il nous accuse donc de publier une photo ancienne en la faisant passer pour actuelle, et de tromper sciemment ceux qui nous suivent, pour des raisons qui n’auraient rien à voir avec le patrimoine.
Ariel Weil sait bien que c’est notre signalement qui a déclenché le nettoyage, en catastrophe, le dimanche. Il ment et il nous diffame, ce qui fait beaucoup pour un seul tweet.
Manque de chance pour lui : la photo, prise avec notre iPhone, porte évidemment toutes les métadonnées qui prouvent la date, l’heure et le lieu auxquels elle a été prise, et dont nous donnons la copie ici [2] (ill. 5).
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- 6. Les tags supérieurs tels qu’ils apparaissaient le 19 juillet 2025 à 15 h 46
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 7. Les tags supérieurs après qu’ils ont été effacés, tels qu’ils apparaissaient encore le 22 juillet 2025 à 20 h 07
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Non seulement le nettoyage a eu lieu (probablement dans la journée de dimanche) après notre signalement, mais il a été mal fait, comme la photo que nous avons prise aujourd’hui à 20 h 07 le prouve. On voit encore largement la trace des tags du haut, qui ont été effacés à la va-vite et un peu n’importe comment (ill. 6 et 7).
Rassurons-nous tout de même : la poubelle est toujours là et le ravissant jet d’eau sur le trottoir a été réparé, en le recouvrant d’un cône orange, avec une espèce de polystyrène en dessous (ill. 8 et 9) : vite fait, mal fait, la marque de fabrique de Paris Centre, et plus largement de cette municipalité.
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- 8. Le cône qui est venu recouvrir pudiquement le jet venant du trottoir (photo prise le 22 juillet à 20 h 14)
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 9. Détail de la réparation très fine menée par la mairie de Paris Centre
(photo prise le 22 juillet à 20 h 14)
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
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- 10. Ce qui était naguère une fontaine, place de l’Hôtel de Ville
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Terminons sur les fontaines de Paris Centre qui dépendent de la mairie [3]. Seules neuf sur vingt-sept étaient en eau lors de notre passage, soit exactement 33 %, ce qui est bien en dessous de la moyenne parisienne, déjà pas très brillante [4]. On comprend qu’Ariel Weil soit énervé : il est l’un des maires dont les fontaines sont les moins fonctionnelles. Il est vrai que nous comptons dans les fontaines hors d’eau celles de la place de l’Hôtel de Ville, définitivement sacrifiées à la « végétalisation » (ill. 10), et la fontaine Stravinsky, récemment restaurée, et qui ne fonctionne pourtant déjà plus, c’est trop bête. Si nous ne comptions pas les fontaines de l’Hôtel de Ville (qui ne sont donc plus vraiment des fontaines), le score de Paris Centre remonterait à 36 %.
Oui, cela n’est pas très bon non plus…