Le Louvre : une armée mexicaine

Didier Rykner 3 3 commentaires
Visiteurs du Louvre devant la galerie d’Apollon fermée. Il suffit pourtant de deux gardiens pour ouvrir ces salles.
On préfère recruter des administrateurs.
Photo : La Tribune de l’Art
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Alors qu’à son arrivée à la tête du musée du Louvre, Jean-Luc Martinez avait déjà fortement renforcé l’équipe dirigeante avec les résultats que l’on sait, deux nominations, dont nous avions été informé depuis plusieurs semaines par diverses sources, ont été officialisées dans un communiqué du Louvre il y a trois jours. Savoir que Vincent Pomarède, qui était jusque-là directeur de la médiation et de la programmation culturelle, ou Anne-Laure Béatrix qui occupait le poste de directeur des Relations extérieures seront désormais administrateurs généraux adjoints n’a sur le fond aucun intérêt pour le public, pas davantage que la nomination d’Adel Ziane, jusque-là sous-directeur Communication et adjoint à la direction des Relations extérieures, en remplacement d’Anne-Laure Béatrix. Seule la nomination de Dominique de Font-Réaulx à la place de Vincent Pomarède mérite d’être notée car elle laisse vacante pour l’instant le poste de directeur du Musée Delacroix. Deux recrutements ont d’ailleurs été lancés pour la remplacer, elle et Adel Ziane.

Ce qui est en revanche d’intérêt public, c’est de s’interroger sur la création au Louvre de deux nouveaux postes d’administrateurs généraux adjoints, lorsque l’on sait qu’il y a déjà, aux côtés de Jean-Luc Martinez, un directeur de cabinet (Benoît de Saint-Chamas), un administrateur général (Maxence Langlois-Berthelot) et un administrateur général adjoint (Valérie Faurey-Jaurégui). En quoi consisteront exactement les missions de ces nouveaux administrateurs ? Le communiqué reste imprécis, indiquant qu’ils « aideront Jean-Luc Martinez dans le suivi de projets transversaux prioritaires ». Bien que le Louvre soit resté muet sur les questions que nous lui avons adressées, nous pouvons donner les deux missions principales d’Anne-Laure Béatrix : elle aura en charge la mise en place d’une nocturne supplémentaire le samedi soir et d’organiser les trente ans de la Pyramide qui seront célébrés l’année prochaine. Il y avait bien besoin pour cela d’un administrateur supplémentaire !

L’information serait déjà problématique en temps ordinaire, car il s’agit d’un établissement public, et donc d’argent public. Elle est profondément choquante dans le contexte actuel où les dotations du Louvre ne cessent de diminuer sans que Jean-Luc Martinez se batte pied à pied pour les conserver, ce qui entraîne des diminutions de poste de gardiennage et donc des fermetures de salles toujours plus importantes, bien loin des 90% de salles ouvertes promises mais à près de 30% de salles fermées (la situation s’est encore dégradée depuis notre constat récent), situation inédite depuis la fin des années 90. De surcroît, il est de plus en plus difficile de prévoir à l’avance leurs fermetures et la plupart des visiteurs découvrent que les salles qu’ils souhaitaient visiter sont fermées, y compris les plus populaires comme les antiquités égyptiennes.

Mais il y a pire. Car cette réorganisation n’est pas la première que met en place Jean-Luc Martinez. Du temps d’Henri Loyrette, l’organigramme était le suivant. La direction se limitait à trois personnes : le président-directeur-général, l’administrateur général, et l’administrateur général adjoint.
Dans un premier temps, Jean-Luc Martinez s’est rajouté un directeur de cabinet (avec dans son cabinet un « conseiller international »), et désormais donc deux administrateurs adjoints supplémentaires. Soit sept personnes là où il y en avait trois.
On pourrait en revanche penser qu’il a diminué le nombre de directeurs opérationnels : il y en avait onze sous Loyrette, il a réduit le nombre à sept. Mais en réalité, le nombre de directeurs a explosé puisqu’il a créé un nombre considérable de sous-directeurs, en moyenne quatre ou cinq dans chaque direction, à l’exception de la direction de la recherche et des collections, une direction qu’il a créé de toutes pièces et qui n’a aucun sous-directeur. Prenons deux exemples, celles qui sont aujourd’hui dotées de nouveaux directeurs. La direction de la médiation et de la programmation culturelle qu’occupait encore récemment Vincent Pomarède a cinq sous-directions : la sous-direction administrative et financière (une sous-direction de ce type se trouve dans toutes les autres directions, sauf la direction de la recherche et des collections), la sous-direction de la présentation des collections, la sous-direction de la médiation dans les salles, la sous-direction de l’édition et de la production et la sous-direction de l’auditorium. La direction des relations extérieures, occupée jusqu’à aujourd’hui par Anne-Laure Béatrix, a quatre sous-directeurs, en charge respectivement de la sous direction administrative et financière, de la sous-direction du mécénat, de la sous-direction de la communication et de la sous-direction en charge des relations avec les enseignants.

On aimerait savoir quelle masse salariale représentent tous ces postes supplémentaires de cadres supérieurs créés par Jean-Luc Martinez. Nous avons demandé au Louvre le salaire de ces nouveaux postes, ainsi qu’à combien de postes de gardiens cela correspond, mais le musée n’a pas daigné nous répondre. On se doute qu’un administrateur général n’est pas payé comme un agent de surveillance ! Selon nos informations (qui n’ont pas été confirmées par le Louvre) le musée devra rendre en 2019 pas moins de 17 postes, et l’on en crée encore deux supplémentaires aux plus hauts niveaux de salaire du musée ! Le Louvre, c’est véritablement l’armée mexicaine. Tout cela n’a rien d’étonnant et ne fait que poursuivre jusqu’à l’absurde la politique que nous jugeons désastreuse du Louvre ces dernières années, dans tous les domaines. Dans n’importe quelle entreprise privée, le président aurait été remercié. Il serait temps que le ministre s’en rende compte. Cela sera peut-être le cas de Franck Riester auquel nous conseillons la lecture de notre bilan. Ceux qui aiment le Louvre ne peuvent que le souhaiter. Ce musée mérite mieux.

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