Le Louvre se satisfait, décidément, de conserver des œuvres en réserves, loin de la vue du public. Sur Linkedin en effet, le directeur du département des peintures du Louvre, Sébastien Allard, s’est réjoui, photos à l’appui (ill. 1), que, le tableau de David Les Sabines, ayant quitté la salle Daru pour être présenté dans la rétrospective à venir : « un immense miroir [ait] déjà été installé devant le Sacre ».
Plutôt que de présenter un ou deux tableaux de grande taille rarement, voire jamais montrés, dont certains sont roulés dans ses réserves - ce qui aurait été une occasion de les restaurer - le Louvre préfère ainsi exposer un grand miroir, en quatre parties (ill. 2 à 4).
Non seulement cela donne une curieuse idée de la mission des musées qui, jusqu’à plus ample informé, est bien d’exposer leurs collections, mais le Louvre, qui ne cesse de se targuer d’être un musée vertueux sur le plan écologique, fait ainsi construire un miroir de grande taille, pour un coût forcément élevé (qui aurait été bien plus utile par exemple dans une acquisition) et avec un bilan carbone fort peu vertueux [1].
Le Louvre aime-t-il ses collections ? On peut réellement se poser la question.

Photo : Didier Rykner
Sur son compte Facebook, celui-ci explique la chose ainsi : « En lien avec notre prochaine exposition consacrée à Jacques-Louis David et en hommage au goût du peintre pour la théâtralité, un grand miroir a été installé face au "Sacre de Napoléon". David l’avait en effet exposé de cette manière, afin d’immerger un peu plus les spectateurs dans la toile […] Une installation immersive permettant de redécouvrir également d’autres toiles du maître à l’image du "Léonidas aux Thermopyles" ». Outre que le caractère « immersif » de l’installation peut faire sourire, penchons-nous un peu sur la réalité d’une installation voulue par David.
Sur le site du Louvre, l’existence d’un miroir est signalée : « le tableau est achevé à l’automne 1799 et présenté devant un vaste miroir dans l’ancienne salle de réunion de l’Académie d’Architecture ». Manque de chance : il s’agit du tableau des Sabines, celui-là même qui est parti pour l’exposition.
Néanmoins, il est exact que dans son atelier, recevant l’Impératrice le 28 novembre 1807, un miroir se trouvait devant le tableau comme le rapporte le journal Affiches, annonces et avis divers ou Journal général de France du 7 décembre 1807 [2]. Ce procédé est parfois employé par les peintres pour mieux se rendre compte de l’effet de leur tableau.
Mais, d’une part, absolument rien ne démontre que cela ait été le cas lors de l’exposition particulière de l’œuvre au public du 7 février au 21 mars 1808, et sûrement pas, quoi qu’il en soit, au Salon qui a suivi. Et dans l’hypothèse où un miroir aurait été placé dans le Salon carré où il était présenté pour son exposition particulière, il s’agissait, justement, d’un accrochage du tableau seul, et il y avait peu de chance que le miroir ait été comparable à celui installé aujourd’hui dans la salle Daru, qui n’a par ailleurs rien d’un miroir ancien, ni dans sa facture, ni dans sa taille.
Même si cela reconstituait un dispositif utilisé par David, ce qui, on vient de le voir, est loin d’être le cas, rien ne justifierait une telle installation. Le Louvre aurait dû profiter de cette occasion pour montrer d’autres œuvres de sa collection. Tout cela n’a, en réalité, aucune justification et aucun sens, si ce n’est de transformer le Louvre en un vaste terrain de jeu.
Pour terminer, voici quelques-uns des tableaux qui auraient pu être exposés pendant la rétrospective David, à la place des Sabines, sachant qu’il ne s’agit que d’un petit échantillon des œuvres possibles. Mais encore faut-il connaître et aimer ses collections.
Jean-Pierre Franque, Allégorie sur l’état de la France avant le retour d’Égypte, un superbe tableau que l’on avait eu la chance de voir au Louvre (voir la brève du 4/3/06).
Sauf erreur, nous pensons n’avoir jamais vu les tableaux suivants (ce qui est un scandale en soi, comme pour les œuvres du XVIIe siècle - voir l’article) :

Un guerrier mourant
Huile sur toile - 173 x 225 cm
Paris, Musée du Louvre (en réserves)
Photo : RMN-GP/F. Raux
– Louis Lafitte, Un guerrier mourant (ill. 5).

La Justice, 1815
Huile sur toile - 140 x 122 cm
Paris, Musée du Louvre (en réserves)
Photo : RMN-GP/F. Raux
– Charles Meynier, La Justice (ill. 6).

Le Départ de Régulus pour Carthage, 1793
Huile sur toile - 112 x 151 cm
Paris, Musée du Louvre (en réserves)
Photo : RMN-GP/T. Ollivier
– Jacques-Augustin Pajou, Le Départ de Régulus pour Carthage (ill. 7).

Cyrus condamné à périr par l’ordre d’Astiages, troisième roi des Mèdes, 1801
Huile sur toile - 292 x 374 cm
Paris, Musée du Louvre (en réserves)
Photo : RMN-GP/M. Urtado
– Jean-Charles-Nicaise Perrin, Cyrus condamné à périr par l’ordre d’Astiages, troisième roi des Mèdes (ill. 8).

Entrevue de Napoléon Ier et de François II d’Autriche, 4 décembre 1805, 1809
Huile sur toile - 389 x 256 cm
Paris, Musée du Louvre (en réserves)
Photo : RMN-GP/M. Urtado
– Pierre-Paul Prud’hon, Entrevue de Napoléon Ier et de François II d’Autriche, 4 décembre 1805 (ill. 9).

L’Anneau de l’empereur Charles Quint, 1810
Huile sur toile - 133 x 167 cm
Paris, Musée du Louvre (en réserves)
Photo : RMN-GP/S. Maréchalle
– Pierre Revoil, L’Anneau de l’empereur Charles Quint (ill. 10).
Et parmi les œuvres qui devraient être restaurées, nous pourrions citer par exemple :

Méléagre supplié par sa famille de prendre les armes pour défendre la ville de Calydon, 1788-1789
Huile sur toile - 330 x 437 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/J.-G. Berizzi
– François-Guillaume Ménageot, Méléagre supplié par sa famille de prendre les armes pour défendre la ville de Calydon (ill. 11).

La France victorieuse, 1805
Huile sur toile - 460 x 900 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/C. Fouin
– Jean-Baptiste Regnault, La France victorieuse (ill. 12).


