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Le démantèlement des grandes demeures : de La Roche-Guyon à Dampierre (1987-2013)
Le choc du démembrement de La Roche-Guyon (1987)
Val d’Oise, vu depuis son potager, dos à la Seine.
Classé MH le 6 janvier 1943.
Photo : JH Mora
Creative Commons
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L’annonce de la vente des collections du château de La Roche-Guyon (Val d’Oise) (ill. 1) les 6, 7, 8 et 9 décembre 1987 fit l’effet d’un coup de tonnerre. Ce château, appartenant aux ducs de La Rochefoucauld, avait conservé - fait exceptionnel - l’intégralité de ses collections de l’Ancien Régime et notamment une bibliothèque fameuse, aux ouvrages revêtus des chevrons familiaux (ill. 2). Elle était liée à l’auteur des Maximes, comme au mouvement physiocrate. Aujourd’hui garnie de livres factices, elle a perdu son âme (ill. 4 et 5). Un Inspecteur général des monuments historiques écrivait peu après la vente : « Le château de La Roche-Guyon, dans une situation exceptionnelle, est l’une des demeures les plus imposantes et les plus chargées d’histoire de notre pays. Jusqu’en 1987, il avait miraculeusement conservé la plus grande partie du mobilier somptueux qu’y avaient accumulé depuis trois siècles ses propriétaires successifs, y compris onze mille volumes de sa bibliothèque, une des plus importantes bibliothèques privées de France […] » Le rapport, après avoir évoqué l’arrachage de décors muraux, se terminait par un : « notre administration, dont la naïveté et l’irresponsabilité étonnent » [1]… Ajoutons cependant, à sa décharge, qu’elle était désarmée, on va le voir.
des La Rochefoucauld à La Roche-Guyon, dispersés en 1987.
Photo : Sotheby’s
de duc et pair des ouvrages
des Luynes à Dampierre, dispersés en 2013.
Photo : Sotheby’s.
Vente Chayette-Calmels, 22 novembre 1991, lot 108 (boiseries).
Les deux globes disposés aux angles de la galerie ont été
offerts à la BnF en 2010.
Photo : D. R.
après repose des boiseries
et installation de livres factices.
Photo D. R.
peu avant 1987 avec la tenture d’Ester (MH),
le mobilier de Heurtaut (H) et l’une des consoles de Jumel.
Photo tirée de Les anciens châteaux de France, 1924, pl. 11.
Sur les 239 lots que comportait la vente mobilière, huit objets avaient heureusement été classés monument historique le 10 avril 1945. On pense notamment à la tenture de l’histoire d’Ester tissée aux Gobelins aux mesures exactes du Grand Salon, ainsi qu’aux sièges novateurs de Nicolas…