Laurence des Cars devant l’Assemblée nationale : faux, trois fois faux !

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Laurence des Cars devant la Commission
culturelle de l’Assemblée nationale
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Dans son audition devant la Commission culturelle de l’Assemblée nationale, le 19 novembre, Laurence des Cars, présidente-directrice du Musée du Louvre, a réitéré les mêmes mensonges, et fait preuve de la même assurance que devant celle du Sénat (voir l’article). Puisque certains députés (pas tous néanmoins) ont semblé écouter et croire à toutes ses balivernes, il est nécessaire que nous reprenions ici, point par point, ses explications. Nous nous concentrerons, dans cet article, sur son discours liminaire, mais celui-ci faisant allusion à son précédent passage devant cette commission en avril 2024, nous rappellerons également ce qu’elle avait dit à cette occasion.

Le 19 novembre, Laurence des Cars a en effet déclaré : « il y a près d’un an et demi, en avril 2024, je partageais devant vous, ici même, en toute transparence, les défis qui se présentaient au Louvre. Je déplorais que notre musée soit resté à l’écart du grand mouvement de modernisation des institutions internationales et j’alertais sur la dégradation et l’obsolescence des infrastructures techniques du bâtiment. Permettez-moi de vous rappeler mes propos. Nous devons prendre conscience de l’urgence. Trente années après l’achèvement du Grand Louvre, nous nous trouvons à la croisée des chemins. Le statu quo n’est plus possible. Cette phrase résonne douloureusement aujourd’hui, un mois jour pour jour après le vol qui a eu lieu au musée du Louvre. Depuis 2022, je n’ai cessé d’insister sur la nécessité de rénover le Louvre pour l’adapter aux enjeux de notre temps, qu’ils soient sécuritaires, climatiques ou numériques, au risque de voir notre musée subir un continuel déclassement ».

Nous avons écouté et retranscrit cette audition, qui se déroule en tout sur une heure et demie. L’introduction de Laurence des Cars dure un peu plus de 23 minutes. Sur cette heure et demie, pas une seule fois les mots « sécurité » ou « sûreté » (pas davantage qu’« incendie ») ne sont prononcés. Pendant les 23 minutes, Laurence des Cars aborde 1 minute et 15 secondes les questions de schémas directeurs techniques, préférant clairement s’étendre sur de multiples sujets, de l’ouverture du musée à tous les publics à la « politique volontaire en matière d’action territoriale » en passant par « la résidence de plusieurs mois que [le Louvre a offert] au groupe de musique actuelle Feu ! Chatterton et qui s’est conclue par une série de concerts très populaires », la création d’un neuvième département ou le « réaménagement du département des Arts de l’Islam ».
Elle a aussi, le rappeler est savoureux aujourd’hui, évoqué pour s’en vanter la réouverture de la galerie Campana « il y a quelques mois après une importante et très belle rénovation ».

Surtout, bien entendu, elle en a profité pour amener le sujet du « Louvre Nouvelle Renaissance » (qui n’était pas encore nommé) afin d’insister sur son caractère obligatoire. C’est ainsi qu’elle « plaide pour la création d’une seconde grande entrée pour le Louvre ». En effet, « trente ans après le Grand Louvre, elle est une étape indispensable de la métamorphose du musée », et même, car elle n’a pas peur des mots, une « question vitale, absolument nécessaire pour décontracter le Louvre, le faire respirer différemment, et le rendre réellement plus accessible ». Elle évoque également les salles d’exposition temporaire qu’elle veut créer sous la Cour carrée : « il manque toujours un grand espace d’exposition temporaire, absent du cahier des charges du Grand Louvre ». Celui-ci était absent du cahier des charges du Grand Louvre pour une raison évidente : il y avait les salles d’exposition du Grand Palais, qui existent toujours et qui viennent d’être refaites à grand frais.
Enfin, la troisième partie du projet « Grande Colonnade », nom récemment donné à ce projet intégré dans « Nouvelle Renaissance », la salle pour la Joconde, est également évoquée.

Voilà donc ce que disait Laurence des Cars il y a un an et demi à l’Assemblée nationale : rien sur la sécurité, tout sur la partie « Grande Colonnade » en l’associant aux schémas directeurs dont elle avait retardé l’application pour en faire un « package » qui pouvait être vendu comme le grand projet indispensable pour le Louvre.
Elle l’a répété devant la Commission le 19 novembre : « La création de nouveaux accès au musée et de nouveaux espaces d’exposition […] permettront de résoudre les problèmes structurels auxquels notre musée fait face quotidiennement. » Répétons-le : une grande entrée non ; de nouvelles entrées de taille raisonnable, oui ; une nouvelle salle souterraine pour la Joconde, non ; étudier une solution pour exposer la Joconde ailleurs, oui ; de nouvelles salles d’exposition, non ; utiliser celles du Grand Palais, oui.

Dans son introduction, le 19 novembre, Laurence des Cars a commencé par vouloir, soi-disant, démentir de fausses informations : « Je veux aussi profiter de cette audition pour démentir un certain nombre de fausses informations qui ont prospéré à propos du vol et plus largement du Louvre dans son ensemble. ». Or, tout ce qu’elle dit est erroné. Soit parce que les informations dénoncées sont imaginaires, soit parce qu’elles sont exactes. Examinons-les :

 « L’alarme anti-intrusion placée sur la porte-fenêtre de la Galerie d’Apollon aurait été défaillante depuis plusieurs mois et ne se serait pas déclenchée. C’est faux ». Personne n’a jamais prétendu que l’alarme « était défaillante depuis plusieurs mois ». C’est nous qui avions révélé qu’elle était en panne le 17 septembre et que des déclenchements intempestifs se déclenchaient. Ce point a été confirmé par Laurence des Cars elle-même devant le Sénat. Nous avions aussi fait part de rumeurs internes qui expliquaient que depuis cette date (un mois donc, pas plusieurs mois), l’alarme n’avait pas été remise en marche. Une information apparemment fausse, dont nous avions bien précisé que nous n’en avions pas la preuve, et qui n’a depuis jamais été reprise et a été contedite. Elle n’est donc plus d’actualité.

 « Nous aurions choisi de remplacer les anciennes vitrines de la Galerie d’Apollon par des modèles moins sûrs, mais plus esthétiques. C’est faux ». Elle a raison : il est faux de dire que les modèles étaient plus esthétiques, ils étaient nettement plus moches. En revanche, ils étaient moins sûrs, cela a été largement prouvé.

 « Les agents du musée n’auraient pas suivi les protocoles de sûreté et auraient failli dans l’accomplissement de leur mission. C’est faux. Trois fois faux. » Ce qui est faux, trois fois faux, c’est de suggérer que les agents du musée auraient été mis en cause. Celle qui est mise en cause, c’est Laurence des Cars.

 « Nous aurions privilégié des dépenses somptuaires et inutiles, favorisé une politique d’acquisition dispendieuse, rénové des espaces muséographiques au détriment des investissements devant assurer la protection des œuvres. C’est faux. Absolument faux. » Faut-il vraiment revenir sur les « dépenses somptuaires et inutiles » ou la « rénovation des espaces muséographiques » faits « au détriment des investissements devant assurer la protection des œuvres » ? La Cour des comptes, l’Inspection des musées et nous-même diffusons donc de fausses informations ? Quant aux « acquisitions dispendieuses », seule la Cour des comptes en a parlé, à notre avis à tort, même si le Louvre achète souvent mal.


Selon Laurence des Cars : « ces critiques avaient pour seul objectif d’écorner [l’]image [du Louvre], de dénigrer son action et de mépriser l’engagement quotidien des 2200 personnes qui le servent avec fierté ». Mais qui en veut donc ainsi au Musée du Louvre, qui, manifestement, ferait l’objet d’un complot ? Cela permet au moins à la présidente-directrice de « saluer [les agents] devant [les parlementaires] ». Cela doit leur faire tout drôle de la part de quelqu’un qui ne salue jamais les gens qu’elle croise.

Les mesures d’urgence qui, selon Laurence des Cars, doivent être déployées d’ici la fin de l’année sont de trois natures :

 « la création d’un poste de coordonnateur sûreté, directement rattaché à la présidence du musée ». Ce nouveau poste, dont la création avait été annoncée par Rachida Dati, ne semble pas avoir vocation à se substituer à celui de directeur de l’accueil, du public et de la surveillance,
 « l’installation de 100 caméras périmétriques d’ici la fin de l’année 2026 ». Ce qui était difficile à faire devient soudainement possible !
 « l’installation d’équipements de mise à distance aux droits des bâtiments les plus sensibles du domaine du Louvre, d’ici décembre ». Nous l’avons déjà dit : il est possible de mettre en place des mises à distance esthétiques et compatibles avec le caractère de monument historiques du Louvre. Quand on voit ce qui est déjà installé, dans la cour Napoléon, on peut légitimement s’inquiéter…

Enfin, toujours dans ce discours liminaire, Laurence des Cars a expliqué : « en 2022, six mois après ma prise de fonction, un premier projet [de schéma directeur des équipements de sûreté] m’a été présenté. J’ai souhaité l’amender, le renforcer et décider entre autres de généraliser la vidéoprotection périmétrique du Louvre, de moderniser les cinq postes de commandement que compte le musée [et] d’y inclure les enjeux de cybersécurité ».
Nous verrons dans un prochain article que tout cela est faux, trois fois faux : le schéma directeur, qui lui avait été présenté il y a trois ans, incluait déjà le renouvellement des postes de commandement, le nouveau poste de commandement central avec mur d’écran, et, bien sûr, la cybersécurité.

Ajoutons un point, sidérant. En réponse à une question d’un député, Laurence des Cars a osé affirmer que, parmi les objectifs qui lui étaient fixés dans sa lettre de mission, il n’y en avait aucun sur la sécurité ! Comme si, ce sujet, dont elle prétendait qu’il était pour elle « une urgence absolue » (voir l’article), devait être dans les objectifs du président-directeur du Louvre ! Donne-t-on pour objectif à un chirurgien de ne pas tuer ses malades en les opérant ?
Comment peut-elle ajouter ensuite, constatant que ses objectifs ne contenaient rien sur la sécurité, que celle-ci « à ce moment là, n’est pas vue comme une priorité » ? On se pince pour y croire.

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