Contenu abonnés
La liturgie, prétexte à une nouvelle dénaturation de Notre-Dame
Depuis quelques jours, un article publié dans The Telegraph et plusieurs autres dans la presse française [1] font craindre que le réaménagement prévu par le diocèse ne dénature l’intérieur de Notre-Dame de Paris. Si quelques informations distillées par ces articles sont erronées, ce projet qui sera présenté pour avis consultatif à la commission nationale du patrimoine et de l’architecture le 9 décembre prochain est effectivement mauvais, indigne de Notre-Dame et il doit être fermement combattu par les amoureux du patrimoine. Il est peu probable par ailleurs, même si nous ne nous plaçons jamais sur un plan qui n’est pas le nôtre, qu’il satisfasse les catholiques pratiquants, et encore moins une grande partie du clergé parisien dont nous savons déjà qu’il y et fermement opposé. Il est dommage que ces prêtres ne s’expriment pas davantage : la grande muette, c’est encore plus l’Église que l’Armée…
-
- 1. Victor Geoffroy-Dechaume (1816-1892)
Saint Vincent de Paul
Paris, cathédrale Notre-Dame
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Contrairement à ce qu’on a pu lire dans le Telegraph donc, il n’est pas question d’enlever les autels des chapelles. En revanche, ces autels de Viollet-le-Duc seront entièrement dépouillés (ill. 1) : non seulement de leurs garnitures (ostensoirs, candélabres…), mais aussi des sculptures dessinées par l’architecte et sculptées par ses collaborateurs Geoffroy-Dechaume et Corbin. Quant aux confessionnaux, eux aussi dessinés par Viollet-le-Duc, ils seront enlevés de toutes les chapelles des bas-côtés : quatre d’entre eux étant déplacés dans des chapelles du déambulatoire. La DRAC ayant demandé que toutes les œuvres conservées dans la cathédrale y restent, les autres déambulatoires y resteront... mais seront installés dans les tribunes, ce qui les rendra totalement invisibles. Comment respecter une consigne à la lettre en en détournant complètement l’esprit.
-
- 2. Placide Poussielgue-Rusand (1824-1889) d’après Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879)
Couronne de lumières
D. 350 cm
Paris, cathédrale Notre-Dame, déposé à la basilique de Saint-Denis
Photo : J. Gourbeix/Médiathèque de l’architecture et du patrimoine - Voir l´image dans sa page
Cette éradication progressive de Viollet-le-Duc n’est jamais que la poursuite d’un mouvement qui avait commencé dans les années 1960 et qui s’est poursuivi jusqu’à l’époque du cardinal Lustiger. Comme nous l’avons déjà écrit (voir l’article), les peintures murales de la plupart des chapelles de la nef avaient été « nettoyées », supprimant ainsi un des plus beaux ajouts de Viollet-le-Duc, un vandalisme dû au ministère de la Culture de l’époque, parfaitement scandaleux car tous ces décors étaient, comme toute la cathédrale, classés monuments historiques. Le cardinal Lustiger avait poursuivi cet effacement de l’œuvre du grand architecte en envoyant en dépôt la couronne de lumière (ill. 2) qui ornait la croisée du transept (et qui a depuis été récupérée par la…