La Barben : le préfet soutient Rocher Mistral et est désavoué par le Conseil d’État

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1. Le chemin interdit aux voitures, au fond le parking illégal, utilisé malgré les obstacles (les voitures sont passées par le parking du zoo), le mercredi 8 mai 2024
Photo : La Tribune de l’Art
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Jusqu’où iront les pouvoirs publics pour défendre l’indéfendable, dans le dossier interminable du château de La Barben transformé en parc d’attraction sous le nom de Rocher Mistral ? Après le ministre délégué au tourisme Jean-Baptiste Lemoyne qui était venu faire un discours dithyrambique à l’inauguration du parc (voir l’article), après le soutien financier considérable apporté au projet par le département des Bouches-du-Rhône et la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (voir l’article), c’est désormais le préfet Christophe Mirmand qui tente de voler au secours de la société dont ses propres services ont pourtant à maintes reprises dénoncé les pratiques. Quant au soutien à Vianney d’Alançon du sous-préfet de l’arrondissement d’Aix-en-Provence, Bruno Cassette, ce n’est plus une surprise : les deux hommes se tutoient et s’appellent par leur prénom.

Rocher Mistral a été condamné en première instance pour un grand nombre d’infractions (voir l’article). Même s’il a fait appel, ce qui suspend les condamnations, cela rend le comportement du préfet encore plus incompréhensible, surtout lorsque celui-ci vient demander la réouverture d’un chemin qui conduit au parking interdit par les services de la préfecture et pour l’aménagement duquel Rocher Mistral a été condamné (ill. 1) ! Le 6 juillet 2023, le maire avait en effet pris un arrêté interdisant la circulation des véhicules sur ce chemin. Cela n’empêchait évidemment pas Rocher Mistral de ne pas en tenir compte et de maintenir son parking non autorisé accessible par un chemin interdit. C’est la règle désormais : peu importent les décisions administratives ou judiciaires, Vianney d’Alançon s’en moque. Le 18 mars néanmoins, le parking illégal étant toujours en service, le maire avait installé des barrières sur le chemin pour en interdire l’accès aux véhicules motorisés. Que fit alors Rocher Mistral ? Il s’empressa évidemment d’aménager un autre parking, pas davantage autorisé, à un des endroits prévus pour l’extension de son parc à thème.
Un autre arrêté municipal datant du 23 avril 2024, lui interdisait par ailleurs fort logiquement de recevoir du public dans le jardin « dit Le Nôtre » (qui n’a rien à voir avec Le Nôtre), sur la terrasse et dans les « ruines » se trouvant à côté du château de La Barben. Les infrastructures étaient en effet tout aussi irrégulières que le parking. Il s’est bien sûr assis sur cet arrêté et les spectacle s’y sont poursuivi.

2. Les rochers et barrières empêchant l’accès au chemin menant au parking illégal, utilisé le 8 mai 2024 devant l’affluence, les voitures étant passées par le parking du zoo
Photo : La Tribune de l’Art
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Mais entre-temps le sous-préfet Bruno Cassette avait envoyé, le 26 mars 2024, un recours gracieux pour demander d’enlever les « plots », « barrières » et autres rochers qui entravaient la circulation et empêchaient d’accéder au parking illégal (ill. 2). Il prétextait pour cela diverses raisons, notamment de sécurité. Le maire, par la voie de son avocat, lui répondait le 9 avril de manière détaillée pour démonter un par un ses arguments et refuser sa demande.
Le 7 mai dernier, c’était donc au tour du préfet Christophe Mirmand de venir au secours de Rocher Mistral, en faisant une demande de suspension en déféré de l’arrêté municipal auprès du tribunal administratif de Marseille. Nous ne discuterons pas ici de tous les arguments avancés par le préfet car cela risquerait de lasser le lecteur. L’un d’entre eux mérite néanmoins que l’on s’y arrête, car il est ahurissant, venant du représentant de l’État.

Celui-ci explique en effet que l’arrêté du maire porte « atteinte à la liberté du commerce et de l’industrie ainsi qu’à la liberté de circulation ». En effet : « l’interdiction de la circulation sur le chemin de La Baou ne permet donc plus d’accéder au parking de la société "Rocher Mistral". Ce parking permet aux clients de stationner afin de se rendre au parc de loisir et de spectacles "Le Rocher Mistral", exploité par la même société. »
Empêcher une société condamnée (même si elle a fait appel), dont les installations sont irrégulières sur un nombre considérable de points, et dont le parking est illégal, d’utiliser ce parking, c’est donc pour le préfet une « atteinte à la liberté du commerce et de l’industrie ». Il faut vraiment se pincer pour le croire, et on se demande comment il sera possible de défendre cela devant le tribunal administratif de Marseille le 3 juin prochain. Nous avons interrogé le préfet sur son soutien étonnant à un projet violant manifestement un grand nombre de codes (urbanisme, environnement, patrimoine…), et celui-ci nous a répondu... qu’il ne nous répondrait pas, s’agissant d’une procédure en cours.

Mais le préfet va encore au-delà : il ose dire que le maire se rendrait coupable d’un détournement de pouvoir et d’un détournement de procédure « la multiplication des interdictions et arrêtés adoptés par le maire de La Barben présentant des conséquences sur l’activité du Rocher Mistral […] ». Activités, rappelons-le une nouvelle fois, dont une grande partie est irrégulière, pour ne pas dire davantage. Décidément, le préfet Christophe Mirmand est bien digne de son sous-préfet. Comment peut-il oser défendre ainsi Rocher Mistral ? De quel sorte de protection cette société bénéficie-t-elle ? On peut tout de même se poser la question.

Mais l’affaire, évidemment, n’est pas finie, et les péripéties se multiplient. Ainsi, le 10 mai, le Conseil d’État s’est à son tour prononcé sur un référé demandant, lui aussi, l’autorisation de circulation sur ce chemin. Et s’il a décidé de demander l’enlèvement des obstacles installés à l’entrée du chemin, c’est uniquement pour permettre l’accès à un autre riverain, mais en aucun cas à Rocher Mistral [1]. Le Conseil d’État constate en effet, contredisant ainsi le préfet, que « s’agissant de la situation de la société Rocher Mistral, celle-ci a pris la décision en 2021 d’implanter un parking d’accès à son site sur une parcelle desservie par un chemin communal dont elle ne pouvait ignorer qu’il était, dans son intégralité, interdit à la circulation des véhicules à moteur depuis 2011 ». Il rappelle que la société a été d’ailleurs condamnée à remettre en état cette parcelle (même si l’appel ne rend pas cette condamnation exécutoire). En conséquence, l’interdiction d’accès au parking par le chemin est maintenu par le Conseil d’État.

Enfin, le dernier jugement date de ce jour et, là encore, a été rendu par le Conseil d’État suite à une audience qui a eu lieu le 24 avril 2024 à laquelle nous avions assisté. Rocher Mistral demandait en référé d’annuler une décision de la commune, le « sursis à statuer pour une durée de deux ans sur trois demandes de permis d’aménager ». Ces permis d’aménager devraient permettre à Rocher Mistral de s’étendre encore. Nous avions expliqué dans cet article comment cela aggraverait encore la catastrophe patrimoniale et écologique.
Fort heureusement, le pourvoi de Rocher Mistral a été rejeté par le Conseil d’État et celui-ci doit verser 3 000 euros à la commune de La Barben .

3. Cars parked on the castle road on 8 May 2024
Photo : La Tribune de l’Art
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Cette affaire devient de plus en plus grotesque. Et les dangers que fait courir ce projet à l’environnement du château a pu se constater 8 mai, jour où la fréquentation, dopée par une communication agressive de Rocher Mistral, a été pour une fois très importante. Comme l’a dénoncé un communiqué de l’association « Bien vivre à La Barben », ce sont de véritables scènes de chaos auxquels ont pu assister les visiteurs : « le quartier du château a connu des embouteillages monstres et des files d’attentes interminables, au risque de mettre en danger la sécurité des piétons, dont de nombreuses familles avec des enfants. Les véhicules se sont garés n’importe où, souvent des deux côtés de la chaussée, y compris sur la route départementale reliant La Barben à Saint-Cannat. Les riverains se sont retrouvés confinés chez eux, les touristes étaient particulièrement énervés. Le pire a toutefois été évité, du moins pour cette fois. » Les photos en témoignent (ill. 1 à 3). Ce jour là d’ailleurs, devant l’afflux de voitures, le parking illégal dont l’accès avait été condamné par la mairie a été réinvesti, les voitures y parvenant en traversant le parking du zoo. Cela donne une idée de la surfréquentation que connaîtraient les lieux (rappelons qu’il s’agit d’un site Natura 2000) si le projet devait être mené jusqu’à son terme. Sans compter qu’il s’agit ici d’une zone « aléa incendie fort ».

On se félicite que le Conseil d’État mette un coup d’arrêt aux demandes de Rocher Mistral, et on se scandalise que le préfet ose soutenir cette société. Une information donnée par l’avocat de cette dernière, lors de l’audience du 24 avril, laisse néanmoins un espoir que le combat cesse un jour faute de combattants. Celui-ci a en effet expliqué que l’impossibilité d’aménager les environs comme elle le souhaite mettait Rocher Mistral en péril financièrement. Il est probable d’ailleurs que celle-ci aurait déjà cessé son activité si elle n’était pas soutenue par plusieurs investisseurs, dont Vincent Montagne et la famille Dassault. La confirmation en appel du jugement de première instance pourrait également, on l’espère en tout cas, mettre un terme à cette lamentable affaire.

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