L’état exact de la Couronne d’Eugénie caché par le Musée du Louvre

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Alexandre-Gabriel Lemonnier
(vers 1808-1884)
Couronne de l’impératrice Eugénie, 1855
Or, diamant, émeraude - 13 x 16,5 x 15 cm
Paris, Musée du Louvre (abîmé pendant le vol du 19 octobre 2025)
Photo : RMN-GP/S. Maréchalle
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Lors du vol des bijoux de la Couronne au Louvre, le 30 octobre 2025, les malfrats avaient laissé échapper dans leur fuite la Couronne d’Eugénie, retrouvée très abîmée. Les seules informations qui ont filtré ont été données par Olivier Gabet, le directeur du département des Objets d’art du Louvre, qui précisait dans Le Monde le 28 octobre : « Aucun des diamants de taille importante et aucune émeraude ne manquent. Le globe surmonté de la croix, au sommet de la couronne, est également intact. Elle est donc tout à fait restaurable », et par Laurence des Cars au micro de France Info le 7 novembre : « Les premières constatations faites par l’équipe du département des Objets d’art confirment que la couronne a été endommagée […]. Les pièces les plus importantes, les diamants et les émeraudes, sont intactes. Il manque toutefois quelques petites pièces de diamants et un aigle d’or sur les huit qui étaient présents sur la couronne ».

Il s’agit d’un objet appartenant aux collections publiques, donc un peu à chacun, et il est légitime de demander à en savoir davantage sur l’état exact de cette couronne et sur ce qu’il sera nécessaire de faire pour la restaurer. Comme l’explique Julien Lacaze, président de Sites & Monuments (voir cet article) : « il est important que l’état de la couronne d’Eugénie soit précisément connu (manques, enfoncements, etc.) afin qu’elle ne soit pas abusivement restaurée, chacun ayant intérêt à effacer les conséquences d’un cambriolage qui aurait dû ne jamais se produire ». C’est pourquoi l’association, le 30 octobre 2025, a demandé au Musée du Louvre « communication du rapport d’état nécessairement dressé après la tentative de vol de la couronne de l’impératrice Eugénie ».
Manifestement, même cela semble classé « confidentiel défense » au Louvre, puisqu’elle n’a eu droit qu’à une absence de réponse du musée. Au bout d’un mois de silence, ce qui constitue ainsi un refus tacite de communication de ce document administratif (que la loi oblige pourtant à transmettre à tout demandeur), l’association a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) pour l’obtenir.

On ne dira jamais assez à quel point, particulièrement dans les domaines relevant du ministère de la Culture, l’absence de réponses aux demandes légitimes de documents administratifs porte un frein à l’information légitime du public. Non seulement il faut passer par la CADA, ce qui occasionne de longs délais mais, dans bien des cas, lorsque la réponse de celle-ci est positive, l’administration persiste dans son refus, obligeant dans un premier temps à porter l’affaire devant le Tribunal administratif, et parfois même devant le Conseil d’état, ce qui entraîne un coût prohibitif. La loi qui s’applique au simple citoyen, n’est manifestement plus la même dès qu’il s’agit du ministère de la Culture.
Ajoutons que certains - parfois aimablement, parfois avec une bêtise confondante - ont, sur X, affirmé avec plus ou moins de certitude que ce rapport d’état était couvert par le secret de l’instruction, ce qui, si l’on y réfléchit, ne tient pas une seconde. Nous avons donc interrogé le Parquet de Paris qui nous a répondu que : « l’objet volé [ayant] été restitué. Il n’est désormais plus un scellé dans la procédure », nous renvoyant au Louvre pour obtenir plus d’informations…

Voici une nouvelle preuve que la présidente-directrice du Louvre, qui veut ainsi cacher des éléments qu’elle devrait communiquer, n’a vraiment plus sa place à la tête de ce musée. Pourtant, alors que commence l’année 2026, elle demeure encore à son poste, poursuivant ainsi le projet « Nouvelle Renaissance » dont nous avons démontré qu’il est en grande partie la raison de la situation actuelle.

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