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L’affaire de la Bataille d’Anghiari

Stéphane Toussaint
1. Pierre-Paul Rubens (1577-1640)
Copie d’après des dessins de Léonard de Vinci
pour la Bataille d’Anghiari
Pierre noire, plume, encre brune et grise, lavis gris,
rehauts de blanc et de couleur - 45,3 x 63,6 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN
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« Monsieur le maire… »

« Monsieur le maire, prenez garde à ce que vous faites au Palazzo Vecchio dans le Salon des Cinq-Cents !... » C’est en ces termes que le 28 mars dernier, lors de la très mondaine présentation de la Sainte Anne restaurée au Louvre, la restauratrice romaine Cinzia Pasquali aurait apostrophé Matteo Renzi, le fringant maire de Florence [1]. Que se passe-t-il donc dans le Salone dei Cinquecento de Vasari ? De l’extraordinaire à en croire les média. La Bataille d’Anghiari de Léonard – perdue depuis la deuxième moitié du XVIe siècle (ill. 1) – serait sur le point de reparaître après cinq siècles. Avec quelle certitude ? Et à quel prix ? C’est ce que cette chronique propose au lecteur de La Tribune de l’Art de découvrir.

L’hypothèse du Léonard perdu

En 1968, dans son Leonardo inedito, Carlo Pedretti avait émis l’hypothèse que la Bataille d’Anghiari de 1503 (fruit avorté des expériences de Léonard sur la peinture à l’encaustique) n’avait pu complètement disparaître sous le pinceau de Vasari. Se basant sur l’exemple de la Trinité de Masaccio, perdu et retrouvé en 1860, Pedretti imaginait en 1968 que Vasari, « qui ne détruisait jamais rien », avait cherché à préserver coûte que coûte la Bataille d’Anghiari, déjà très compromise, quand il rénovait le Palazzo Vecchio. On ne trouve pourtant aucune trace de Léonard dans ses Ragionamenti di Palazzo Vecchio, maintenant traduits en français [2]. Mais pendant près de quarante ans un ingénieur italien de grande expérience basé au Center of Interdisciplinary Science for Art, Architecture and Archaeology de l’Université de Californie à San Diego, Maurizio Seracini, a recherché avec acharnement la peinture perdue. Depuis 1976, il a cru en identifier la présence à l’ouest [3] puis à l’est du Salon des Cinq-Cents. Ce n’est toutefois qu’à partir des années 2000 que Seracini a trouvé suffisamment d’audience auprès des institutions et des mécènes pour entreprendre des sondages. Ainsi Loel Guinness et son Kalpa Group, l’université et la ville de Florence, le Polo Museale de Florence, l’Opificio delle Pietre Dure, la Fondation Renato Giunti, le Defense of CISA3 de l’Université de San Diego, l’association Friends of Florence et enfin le National Geographic ont-ils contribué financièrement ou techniquement aux recherches de Seracini. Si en 2007 l’alors ministre des Biens Culturels, Francesco Rutelli, annonçait que 2008 serait l’année de la révélation du Léonard perdu, ce n’est qu’en 2012 que le maire de Florence Matteo Renzi a proclamé urbi et orbi que la Bataille d’Anghiari était enfin retrouvée. Comment ? Grâce à des sondes optiques enfilées sous une fresque de Vasari, la Bataille de Scannagallo, (ill. 2) à travers la couche…

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