Contenu abonnés
Interview de Jean-Jacques Aillagon, président de l’Etablissement public du Domaine national de Versailles
Versailles est sous les feux de l’actualité : reconstitution de la « Grillle Royale », exposition controversée de Jeff Koons, restauration du Petit Trianon,... Nous avions consacré en 2006 un article très critique sur la gestion du Domaine, qui avait provoqué beaucoup de réactions. Il nous semblait intéressant, un an et demi plus tard et suite à la nomination de Jean-Jacques Aillagon à la tête de l’Etablissement Public, de faire le point avec celui-ci sur les projets en cours et à venir. Une interview longue comme Internet peut le permettre, où nous abordons un grand nombre de sujets (voir aussi notre éditorial, un article sur les restaurations et les moulages des sculptures du parc et une brève sur la restauration du Petit Trianon).
Quel est le budget de l’exposition Jeff Koons ?
La production de l’exposition a coûté 1,9 millions euros dont 800 000 pour le seul Split Rocker qui est, dans les jardins, une sorte de clin d’œil à Le Nôtre. Ce budget a été réuni en mobilisant la somme que l’établissement consacre d’habitude à Versailles Off, environ 300 000 euros, auquel on a rajouté 1 600 000 euros de contributions extérieures.
Mais ces 300 000 euros auraient pu servir à autre chose.
Si cet argent venait de subventions publiques, ça pourrait poser un problème, encore que… Mais le château de Versailles ne reçoit pas de subvention de fonctionnement de l’Etat et n’affecte donc à ses activités que les recettes qu’il suscite.
Oui, mais c’est tout de même de l’argent qui pourrait servir à restaurer certaines choses.
Les restaurations et les acquisitions sont notre priorité. Rien que cette année, ce sont déjà 18 millions d’euros de mécénat que j’ai mobilisés à cet effet. L’établissement n’est en rien lésé dans ses intérêts fondamentaux. Si, à Versailles, on dépouillait la conservation et la mise en valeur du patrimoine pour faire des expositions d’art contemporain, ce serait, d’une part, absurde et, d’autre part, contestable, car notre première mission, c’est, je le répète d’assumer notre responsabilité à l’égard du patrimoine dont nous avons la charge. Compte tenu des efforts déployés pour cet objectif, j’estime accomplir mon devoir. Prenons seulement l’exemple des acquisitions. Jamais elles n’auront été aussi riches que cette année, avec l’acquisition de la console de Saulnier pour le dauphin, des chaises pour l’appartement de Mme du Barry que l’on présentera dans quelques temps, le tapis de la chapelle de Louis XV pour lequel la procédure administrative d’acquisition est en cours…
Le tapis est acquis ?
Pas tout à fait encore. La procédure prend toujours beaucoup de temps. Il faut que la commission ad hoc évalue la justesse du prix puisque celui-ci donne lieu à une remise fiscale de la part de l’Etat. Cela donne lieu à des échanges entre le Budget et la Culture. Entre le moment où l’on engage la procédure et son aboutissement, il se passe facilement six mois. Mais cette procédure conduit à l’enrichissement des collections publiques par de…
