Galerie Antoine Tarantino. Giovanni Battista Gaulli, dit Baciccio, Portraits des sept petits princes Giustiniani

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9. Giovanni Battista GAULLI, dit “BACICCIO”
(Gènes, 1639 – Rome, 1709)

Portraits des sept petits princes Giustiniani, vers 1685

Plume, encre brune, pierre noire et rehauts de gouache blanche sur papier préparé bistre
Inscription : au verso, à la plume : “Gio : Batta Gaulli detto il Baciccia Genovese / Pittore vivente in Roma 1699 / Ritratti de sette Principi Giustiniani di Roma” ; en bas à droite au verso, cachet et annotation à la plume : “C 2887s.c.a”

280 x 240 mm

Bibliographie : H. Macandrew, D. Graf, Baciccio’s Later Drawings : A re-discovered group acquired by the Ashmolean Museum, in “Master Drawings”, X, 3, autumn 1972, pp. 231-259, in part. pp. 236, 258, note 8 ; F. Petrucci, Baciccio. Giovan Battista Gaulli 1639-1709, Roma 2009, p. 138

Provenance : Collection Giustiniani, dal 1699 ; Collection Mos ; Amsterdam, vente de Vries, 7-8 novembre 1928, lot 267

Parmi la vaste production de portraits de Giovan Battista Gaulli, probablement le plus important spécialiste de genre à Rome au XVIIe siècle, ce dessin, récemment retrouvé, constitue un unicum pour le caractère exceptionnel de son sujet et de sa technique d’exécution.
Il s’agit en effet d’un « portrait de groupe », sans précédent dans la production de Gaulli et étranger à la peinture romaine du XVIIe siècle, en avance sur un genre qui devra en revanche rencontrer une grande fortune au XVIIIe siècle, sous le pinceau de Pier Leone Ghezzi, Ludovico David et Sebastiano Ceccarini.
De plus, il ne s’agit pas d’un tableau mais d’un dessin, extrêmement rare dans les portraits de Gaulli, toutefois parfaitement fini et délimité, sans être préparatoire à une réalisation sur toile en grand format, il manque en effet la mise au carreau, qu’une œuvre aussi soignée que celle-ci devrait montrer s’il s’agissait d’une étude préparatoire.
H. Macandrew e D. Graf, qui le signalèrent dans un article de 1972, sans en publier l’image, le classifièrent comme « dessin de présentation », c’est-à-dire œuvre à montrer aux commanditaires pour obtenir la commande d’un grand portrait. Les chercheurs se basèrent sur la photographie du dessin conservée à la Witt Library, Courtauld Institute, de Londres.

Le caractère autographe, affirmé par l’annotation du XVIIe siècle au verso précisant aussi le lieu et le sujet, c’est-à-dire, Rome et les princes Giustiniani, est confirmé par les caractéristiques stylistiques du dessin, qui le situent sans l’ombre d’un doute dans la pleine maturité du grand artiste génois.
Quant à l’éxécution au trait, purement linéaire, appartenant à cette sorte de « néo-seizièmisme » qui caractérise l’art romain entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle, devient aussi typique du langage de l’artiste.
La composition représente les sept petits frères élégamment vêtus d’habits à la mode du XVIIe s. à la française, dans une loggia ceinte de colonnes ouverte sur un parc. Au premier plan à gauche, l’un d’entre eux, en robe de chambre, tourné vers le spectateur, joue du clavecin, tandis, qu’un frère tourne les pages de la partition tenant de la main gauche un chapeau emplumé. L’aigle de la famille Giustiniani apparait sur le dossier du siège occupé par le joueur de clavecin.
Sur la droite, le plus petit du groupe chevauche un gros chien, en vain tenu en laisse par un autre frère portant une cravate et un chapeau sous le bras. Au centre, le plus grand joue avec un petit chien, tandis qu’un autre petit frère lui pose la main sur l’épaule sous le regard amusé du dernier. Une sorte de conversation pièce, animée de tendresse et de complicité, qui par le charme du sujet, évoque ici à travers l’art du portrait, les jeux d’enfants de la peinture néo-vénitienne du début du XVIIe siècle.
Deux tableaux de Baciccio, figurant dans les inventaires Giustiniani, témoignent de la proximité de l’artiste avec cette famille, l’un représentant “un Santo Frate, con il Crocifisso, e Testa di morto con diversi Angeli” (1793), et un autre un “Ritratto del medico Borri” (S. Danesi Squarzina, La collezione Giustiniani. Inventari II, Torino 2003, pp. 326, 393, 406, 409, 442, 456), connu par un dessin à Windsor Castle [1].
La date figurant au verso, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est celle de l’annotation et non celle du dessin, se rapportant à son auteur : “Pittore vivente in Roma 1699”.

Effectivement, le dessin, datable quant à lui, vers 1685, représente les sept fils de Carlo Benedetto Giustiniani (1649-1679) et de Caterina Gonzaga, a partir de l’aîné Vincenzo (1673-1754), correspondant probablement au garçon debout au centre, plus élégant et plus mûr, déjà armé d’un épée, à l’époque chef de famille et duc de Bassano depuis la mort prématurée du père.
Suivent les frères Andrea (1674-41), qui deviendra ecclésiastique, peut-être le joueur de clavecin, Giovan Battista (1675-1751), Gerolamo (1676), Alessandro (1677-1756), Carlo (1678-1758) e Alfonso (1680), certainement le plus petit chevauchant le chien et dont l’âge d’environ cinq ans justifie la datation proposée pour le dessin [2].
Ce fut précisément Vincenzo Giustiniani à initier le démantèlement de la prestigieuse collection familiale, avec la vente des sculptures antiques aux Albani e aux ducs de Pembroke, avant leur totale dispersion entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe s .. Il s’agissait comme on sait de l’une des plus importantes collections italiennes de peinture et de sculpture, avec des chefs d’œuvre de Raphael, Michelange, Annibal Carrache, Caravage, Poussin, Perrier, Testa et tant d’autres [3].
Giovan Battista Gaulli fut un artiste multi-facettes, apprécié par Bernin et protégé par les papes qui se livra à tous les genres de peinture avec un égal talent. Son influence sut fondamentale pour le développement de la peinture du XVIIIe s.. Il se distingua comme un important portraitiste, parmi les plus significatifs de de son temps, ayant peint tous les papes d’Alexandre VII à Clement XI, de très nombreux cardinaux et princes, réussissant à conférer à ses modèles un rare sens de vérité et une psychologie approfondie.
Il fut un fresquiste raffiné, ayant fixé avec la décoration du Gesù et des Santi Apostoli à Rome des schémas qu seront repris dans toute l’Europe, de Venise à l’Autriche et en France.
Il peignit d’admirables tableaux d’autel et fut un prolifique peintre de chevalet, avec des œuvres conservées dans les majeures collections patriciennes (Chigi, Altieri, Ottoboni, Rospigliosi, Spinola, Louis XIV, etc.).
Sur le peintre, avec une vaste bibliographie supplémentaire, cfr. R. Enggass, The painting of Baciccio – Giovan Battista Gaulli, 1639 – 1709, Pennsylvania University 1964 ; Giovan Battista Gaulli Il Baciccio 1639-1709, catalogue de l’exposition, sous la direction de M. Fagiolo dell’Arco, D. Graf, F. Petrucci, Ariccia, Palazzo Chigi, 11 décembre 1999 – 12 mars 2000, Milano 1999 ; F. Petrucci, Baciccio. Giovan Battista Gaulli 1639-1709, Roma 2009).

Notice écrite par Francesco Petrucci (febbraio 2020).

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Notes

[1F. Petrucci, Baciccio. Giovan Battista Gaulli 1639-1709, Roma 2009, p. 646.

[2S. Danesi Squarzina, La collezione Giustiniani. Documenti, Torino 2003, tav. 2.

[3Caravaggio e i Giustiniani, toccar per mano una collezione del Seicento, catalogo della mostra, a cura di S. Danesi Squarzina, Roma, Palazzo Giustiniani, Milano 2001.

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