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Damien Tellas, Michel Dorigny (1616-1656). Vouet en héritage
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Simon Vouet fait partie de ces artistes français dont la réputation a survécu à deux périls : le passage des siècles, où son nom s’est parfois perdu [1], et la disparition de trop nombreux décors. Tout au long du XXe siècle, des découvertes d’archives à Paris comme à Rome [2], et celle de certains tableaux, ont donné lieu à une série de publications [3] qui ont trouvé un splendide aboutissement avec la rétrospective organisée par Jacques Thuillier [4] en 1990 au Grand Palais (et en format réduit à Rome), avec la collaboration de Barbara Brejon de Lavergnée, à qui Dorigny doit beaucoup, pour les dessins, et de Denis Lavalle, pour les tapisseries. Un colloque fut alors organisé au musée du Louvre [5] qui comportait lui aussi son lot de découvertes et d’attributions. Depuis cette date, les redécouvertes ont continué que ce soit parmi les tableaux [6] ou parmi les dessins [7] et quelques expositions ont permis d’aborder certains aspects de sa carrière (la période italienne [8]) ou ont cherché à éclairer le fonctionnement de son atelier [9]. A Rome, celui-ci réunissait surtout des compagnons tandis qu’à Paris, moment où la peinture décorative devient une partie essentielle de son activité, collaborateurs et spécialistes se mêlent à de véritables élèves dont le passage chez Vouet fut fertile sinon formateur. Certains ont vite pris leur envol (Eustache Le Sueur, Charles Le Brun) et d’autres ont parfois intégré le clan familial (Michel Corneille, François Tortebat. Plusieurs des membres de cet atelier ont eu droit, à leur tour, à une exposition dédiée permettant souvent de mieux saisir leur manière [10]. Le marché et, dans une moindre mesure, les musées ont suivi. On peut sans doute regretter que l’exposition de 1990 n’ait pas comporté une salle ou deux pour montrer certaines peintures à problème ou en quête d’auteur. Mais ce sera justement le sujet d’une exposition, prochainement organisée par Guillaume Kazerouni à Rennes sur l’atelier de Vouet.
Il manquait celui qu’on pourrait appeler « le gendre préféré », Michel Dorigny, dont la place fut particulièrement importante par sa collaboration à de nombreux cycles décoratifs, et par la diffusion de l’œuvre du Maître par ses estampes ou par des reprises de ses compositions [11]. L’enthousiasme et la ténacité de Damien Tellas, qui lui avait consacré un mémoire universitaire et un Cahier du Dessin Français [12](2019), nous permettent désormais disposer de ce superbe ouvrage publié avec le soin qui caractérise les éditions Arthena [13], notamment pour les illustrations.
Comme le rappelle Damien Tellas, l’art de Michel Dorigny n’est pas né avec son entrée dans l’atelier puis dans le cercle familial de Vouet, dont il épouse une des filles, même s’il en a été profondément marqué. Il montre bien qu’il y a eu un Dorigny avant Vouet et un Dorigny après Vouet.
Celui d’avant, passé de Saint-Quentin à Paris, se forme auprès de Georges Lallemant (v. 1575-1636), dont l’atelier est presque incontournable à cette…