Claude-Marie, Édouard et Guillaume Dubufe. La peinture en héritage

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Saint-Cloud, Musée des Avelines, du 15 mars au 24 juin 2018.

Le Musée des Avelines à Saint-Cloud poursuit vaillamment une politique d’expositions dont nous rendons compte régulièrement sur La Tribune de l’Art. Compte-tenu de sa taille et de son manque de moyens, cette politique est méritoire. S’intéresser aux artistes ayant eu des liens avec la ville de Saint-Cloud ne l’est pas moins, et refaire trente ans après - nous n’avions pas vue la première qui avait eu lieu en 1988, organisée alors par la délégation à l’action artistique de la Ville de Paris - une rétrospective consacrée à la dynastie des Dubufe est une initiative appréciable.


1. Vue de l’exposition Dubufe au Musée des Avelines
Salle consacrée à Guillaume Dubufe
Photo : Didier Rykner
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2. Édouard Dubufe (1819-1883)
Anges, dessin (Galerie La Nouvelle Athènes)
et Christ au jardin des Oliviers, huile sur carton (Collection particulière)
Photo : Didier Rykner
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Il nous faut néanmoins commencer cette recension en regrettant l’insuffisance du catalogue. Celui-ci, en effet, ne commente que certains tableaux et dessins et pas d’autres, et ne les reproduit bien tous, certains n’étant illustrés qu’avec des vignettes minuscules et à peu près illisibles (comme le sont d’ailleurs les informations techniques). Non seulement certaines œuvres exposées ne bénéficient pas de notices, mais elles ne sont même pas commentées dans les essais. On ne saura rien, par exemple, de la peinture religieuse d’Édouard Dubufe (ill. 2), pourtant représentée par une esquisse et un dessin (ce dernier reproduit en vignette seulement). Il n’y a aucune bibliographie (sauf une « bibliographie sélective » à la fin de l’ouvrage), ce qui interdit d’identifier aisément les inédits. Ce catalogue ne remplace donc pas le livre publié en 1988, qui avait également des limites (il ne s’agissait pas d’un vrai catalogue d’exposition) mais qui donnait beaucoup d’informations absentes de celui-ci. Cela ne doit cependant pas décourager d’aller à Saint-Cloud (très accessible depuis Paris) car l’exposition en elle-même mérite vraiment d’être vue.


2. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Autoportrait, vers 1818
Huile sur toile - 60 x 48 cm
Collection particulière
Photo : Didier Rykner
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4. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Portrait de la famille Dubufe, 1820
Huile sur toile - 64 x 82 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner
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Tout commence donc avec Claude-Marie Dubufe, élève de David, dont l’autoportrait ouvre l’exposition (ill. 3). Il fut essentiellement portraitiste et ses œuvres témoignent de la difficulté à définir un style. Si sa manière de peindre relève encore largement du néoclassicisme, certaines toiles, comme les figures de femmes un peu lasses et tristes dont il s’était presque fait une spécialité, sont proches du sentiment romantique. Dans un portrait peint en 1820 (ill. 4), où l’on peut voir notamment son fils Édouard au centre de la toile, il juxtapose presque sans lien formel entre eux les membres de sa famille, à la manière du David bruxellois, dans un type de composition qui sera notamment repris par les élèves belges de ce dernier comme Navez.


5. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Deux petits Savoyards, 1820
Huile sur toile - 92 x 73 cm
Paris, galerie Talabardon & Gautier
Photo : Didier Rykner
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Comment, en revanche, classer un tableau tel que les Deux petits savoyard (ill. 5) dont le réalisme mélancolique rappelle les peintures de certains artiste lyonnais tel que Jean-Claude Bonnefond ? Il est dommage que, sans doute pour des raisons de coût de transport, la section consacrée à Claude-Marie ne puisse montrer aucune œuvre d’histoire véritablement néoclassique comme l’Apollon et Cyparisse (ill. 6) du Musée Calvet d’Avignon, ni, pour la raison évidente de la taille, les deux gigantesques tableaux récemment acquis par le Musée des Beaux-Arts de Nantes (voir la brève du 20/10/08).


6. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Apollon et Cyparisse, 1821
(tableau non présenté dans l’exposition)
Huile sur toile - 188 x 228 cm
Avignon, Musée Calvet
Photo : Didier Rykner
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On notera aussi que pour Claude-Marie Dubufe le musée aurait pu présenter deux acquisitions récentes de musées français dont nous n’avions pas encore eu l’occasion de parler. La première est le Portrait présumé de Hassan, gardien de la girafe (ill. 7) par le Musée du Louvre acheté à la galerie Colnaghi de Londres. Oui, mais il n’est pas là car le Louvre en a refusé le prêt, et n’est représenté que par une réplique d’une collection particulière sous le simple titre « Tête de grec ». Le modèle représenté n’est pas grec mais sans doute plutôt Hassan el Berberi, égyptien qui vint en France entre octobre 1826 et octobre 1827 comme gardien de la girafe offerte par le vice-roi d’Égypte à Charles X. Ce type de tête d’oriental était relativement fréquent dans la peinture française de ces années là. On peut par exemple comparer ces œuvres avec le portrait de Mustapha, par Girodet, réalisé quelques années plus tôt en 1819 et aujourd’hui au Musée Girodet de Montargis.


7. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Portrait présumé de Hassan, gardien de la girafe de Charles X, 1826-1827
(tableau absent de l’exposition)
Huile sur toile - 56 x 46 cm
Paris, P. Fuzeau/Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
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8. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Vierge à l’enfant, 1844
Huile sur toile - 145 x 104 cm
Amiens, Musée de Picardie
Photo : Musée des Avelines
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La seconde acquisition, une Vierge à l’enfant (ill. 8) est un don au Musée de Picardie d’Amiens par Vincent Foucart, en souvenir de son frère Bruno Foucart récemment disparu. Ce tableau fait l’objet d’une notice du catalogue qui rappelle qu’il ne pratiqua que peu la peinture d’inspiration religieuse et que les rares œuvres documentées sont presque toutes perdues.


9. Édouard Dubufe (1819-1883)
Portrait de la duchesse d’Uzès, 1869
Huile sur toile - 128 x 96 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Didier Rykner
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10. Édouard Dubufe (1819-1883)
Rachel dans le rôle de Camille dans Horace de Corneille, 1850
Huile sur toile - 125 x 101 cm
Paris, Comédie Française
Photo : Didier Rykner
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Le fils de Claude-Marie, Édouard, fut lui aussi essentiellement un portraitiste, très actif sous le Second Empire et qui fut d’ailleurs chargé de peindre à deux reprises l’Empereur et l’Impératrice, tableaux qui furent copiés à de multiples reprises. Ses autres portraits, d’excellentes factures, représentent la bonne société du Second Empire, rappellant parfois Ingres (ill. 9), parfois Chassériau (Portrait de Madame F... du Musée d’Orsay et Portrait de Rachel - ill. 10) même s’ils peut aussi montrer une véritable personnalité dans des tableaux plus intimes et plus réalistes comme ceux de l’écrivain Émile Augier, d’un jeune garçon (Marcel Mathey, petit-fils du marchand Adolphe Goupil - ill. 11) ou de Rosa Bonheur, à côté d’un taureau peint par elle (ill. 12).


11. Édouard Dubufe (1819-1883)
Portrait de Marcel Mathey, 1871
Huile sur toile - 57 x 46 cm
Commune de Saint-Martin aux Chartrains
Photo : Didier Rykner
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12. Édouard Dubufe (1819-1883)
et Rosa Bonheur (1822-1899)
Portrait de Rosa Bonheur, 1857
Huile sur toile - 131 x 98 cm
Versailles, Musées national du Château de Versailles et de Trianon
Photo : Didier Rykner
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Enfin, Guillaume, également portraitiste (ill. 13) fut sans doute l’artiste le plus complet de tous, et le seul à pratiquer la peinture murale. On lui doit notamment des décors pour le restaurant Le Train Bleu de la gare de Lyon, pour l’Hôtel de Ville et pour le foyer de la Comédie Française (ill. 14). Cet aspect est hélas fort peu traité dans le catalogue.


13. Guillaume Dubufe (1853-1909)
Portrait de Mme de Beauchamp et ses enfants, 1895
Huile sur toile - 211,5 x 141 cm
Poitiers, Musée Sainte-Croix
Photo : Didier Rykner
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14. Guillaume Dubufe (1853-1909)
Esquisse pour le plafond de la Comédie Française, 1885
Huile sur toile - 124 x 63 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Didier Rykner
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Son style est proche de celui d’artistes comme Luc-Olivier Merson et, comme lui, il fut illustrateur et un excellent aquarelliste, ce dont témoignent deux scènes pour une illustration du Faust de Gounod (qui était l’oncle de l’artiste) que le Musée des Avelines a opportunément acquis en 2010 et dont nous n’avions pas parlé à l’époque (ill. 15 et 16). Comme Merson également, il est l’auteur de compositions religieuses montrant la Sainte Famille dans un décor orientalisant (ill. 17).


15. Guillaume Dubufe (1853-1909)
Marguerite au jardin, 1887
Aquarelle
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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16. Guillaume Dubufe (1853-1909)
Marguerite à l’église, 1887
Aquarelle
Saint-Cloud, Musée des Avelines
Photo : Musée des Avelines
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17. Guillaume Dubufe (1853-1909)
La Fuite en Égypte, 1892
Aquarelle - 53,5 x 32,5
Moulins, Musée Anne de Beaujeu
Photo : Didier Rykner
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L’exposition permet donc de découvrir trois peintres, le père, le fils, et le petit-fils, qui ont parcouru en trois générations tout le XIXe d’une manière assez représentative de ce siècle, du néoclassicisme de Claude-Marie à l’art officiel de la Troisième République pour Guillaume, en passant par le romantisme ou plutôt le « juste milieu » pour Édouard. Un résumé bien sûr très simplificateur mais qui a le mérite de replacer cette dynastie d’artiste bien dans son temps.

Commissaire : Emmanuelle Le Bail.


Collectif, Claude-Marie, Édouard et Guillaume Dubufe. La peinture en héritage, Ville de Saint-Cloud, 2018, 136 p., 17 €. ISBN : 9782955082591.


Informations pratiques :Musée des Avelines - Musée d’art et d’histoire de Saint-Cloud, 60 rue Gounod, Saint-Cloud. Tél : + 33 (0)1 46 02 67 18. Ouvert du mercredi au samedi de 12 h à 18 h et le dimanche de 14 h à 18 h. Tarifs : entrée gratuite. Site internet.

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