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Carl Schuch et la France
Francfort, Städel Museum, du 24 septembre 2025 au 1er février 2026.
Quel malheur de ne pas être assez moderne ! Impitoyable, la postérité aime surtout les grands noms, si possible à l’aura sulfureuse, ou bien alors les très spectaculaires réhabilitations. Rien de tel avec Carl Schuch, ce peintre de la fin du XIXe siècle, dont le nom est - c’est peu de le dire - méconnu mais les œuvres bien présentes dans les musées d’outre-Rhin. Découverte assurée pour la plupart des visiteurs, l’artiste né à Vienne mais à l’existence cosmopolite s’illustra (essentiellement) dans le paysage et la nature morte sans ressentir le besoin de vendre ou d’exposer. Né dans une famille aisée, il fut libre de mener l’existence qu’il souhaitait et voyagea à son aise, résidant tantôt à Venise (1876-1882), tantôt à Paris (1882-1894), après être passé par Munich où il fit la connaissance de ses amis peintres Wilhelm Trübner et Wilhelm Leibl (ill. 1).
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- 1. Wilhelm Leibl (1844–1900)
Le peintre Carl Schuch, 1876
Huile sur toile, 58,6 x 50,5 cm
Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Neue Pinakothek
Photo : Bayerische Staatsgemäldesammlungen - Voir l´image dans sa page
Le Städel Museum de Francfort ne propose pas pour autant une vraie rétrospective, comme le fit le Belvédère de Vienne en 2012, mais s’attache à replacer ses tableaux parmi ceux de ses contemporains, singulièrement français. L’objectif est louable, le peintre ayant regardé l’art de notre pays tout au long de sa vie, ce qui permet au parcours d’alterner ses toiles avec celles de ses « modèles », mais le résultat reste contrasté. Il y a un risque évident dans la pratique de ces juxtapositions (ill. 2 et 3) : que le public de Francfort regarde davantage Chardin et Manet que Carl Schuch ! Cet exercice est délicat et ce n’est pas faire injure au talent de ce dernier que de rappeler combien ses asperges peinent à resplendir entre celles de Coorte et celles de Manet. L’exposition, très réussie, égrène ainsi des prêts prestigieux : la National Gallery of Art américaine a envoyé deux de…