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Caillebotte, produit de luxe chez Louis Vuitton
Les visiteurs de musées sont des consommateurs comme les autres : après avoir contemplé des œuvres d’art, ils éprouvent, et c’est normal, le besoin d’acheter des chaussettes, des parapluies, carnets, crayons et autres porte-clefs. Aussi, la plupart des institutions culturelles ont-elles développé des boutiques en leur sein, qui permettent non seulement de répondre aux aspirations de leurs clients, mais aussi de remplir leurs caisses.
Le phénomène inverse s’observe dans les magasins : les consommateurs étant des visiteurs de musées comme les autres, ils éprouvent, entre deux achats, le besoin de contempler des œuvres d’art, le temps de laisser refroidir leur carte bleue et d’apaiser leur fièvre acheteuse. Le meilleur moyen pour reposer leurs yeux sollicités par tant d’objets de convoitise n’est-il pas de les fixer sur une beauté qui n’a pas (n’a plus) de prix ?
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- 1. Le tableau Partie de Bateau de Gustave Caillebotte
exposé chez Louis Vuitton à New York
Photo : P. Rho/Louis Vuitton - Voir l´image dans sa page
Quel autre argument pourrait légitimer l’exposition chez Louis Vuitton, à New York, de deux peintures de Gustave Caillebotte (ill. 1 à 3) ? L’une, Jeune Homme à sa fenêtre, est prêtée par le Getty, l’autre provient du Musée d’Orsay et s’intitule Canotier au chapeau haut de forme ou La Partie de Bateau. Et justement, il va falloir ramer pour expliquer une telle opération de communication. Certes, ce fut grâce à LVMH que La Partie de bateau, classée Trésor national par l’État français et vendue 43 millions d’euros, a pu rejoindre les collections publiques en 2022 (voir la brève). Un mécène peut donc exposer une toile dans une boutique parce qu’il a participé à son achat ? C’est un peu court, jeune homme.
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- 2. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Partie de bateau, dit Canotier au chapeau haut de forme, vers 1877-1878
Huile sur toile - 90 x 117 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay - Voir l´image dans sa page
Le projet est…