Mobilier et objets d’art récemment acquis par Versailles

Julie Demarle

26/10/18 - Acquisitions - Versailles, Musée national du château - Le château de Versailles s’est porté acquéreur de deux pièces de la collection Juan de Beistegui dispersée en vente par Christie’s le 10 septembre dernier.

1. Jean-Henri Riesener (1734-1806)
Commode, 1776
Placage de bois d’amarante, marqueterie de satiné, Saint-Martin jaune, houx, érable, épine-vinette et poirier ; bronze ciselé et doré ; marbre Sarrancolin
90,7 × 135 × 57 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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La première, la commode de Jean-Henri Riesener commandée en 1776 pour Madame Adélaïde (ill. 1), fille de Louis XV et tante de Louis XVI, a été achetée 3,5 millions d’euros aux héritiers de Juan de Beistegui en amont de la vente publique par l’intermédiaire de Christie’s. Cette acquisition exceptionnelle a été financée par la Société des Amis de Versailles - grâce aux legs de Mesdames Simone Baraille, Micheline Cavallo et Monique Gennero - qui réalise ici son plus important mécénat depuis sa création en 1907. Cette commode de marqueterie ouvrant par cinq tiroirs est garnie de bronzes dorés ciselés et recouverte d’un marbre de Sarrancolin. Sa façade est ornée d’une marqueterie formant un treillage de losanges, ceints par des ovales et au centre desquels apparaissent des fleurs de tournesol, qui encadre un panneau central orné d’une marqueterie à décor de vase de fleurs. Elle fut commandée pour le cabinet intérieur de Madame Adélaïde installée avec ses sœurs au rez-de chaussée du corps central du château à partir de 1752. Emportée au château de Bellevue, dont Louis XVI dote ses tantes à partir de 1774, saisie à la Révolution, vendue en 1795, acheminée en Angleterre à une date inconnue, possédée par Lord Carnarvon (1866-1923) puis par Juan de Beistegui, elle a, depuis le 13 septembre dernier, retrouvé son exact emplacement d’origine à Versailles.


2. Jean-Henri Riesener (1734-1806)
Commode, 1778
Placage satiné, amarante, houx ; bronze doré ; marbre Sainte-Anne
92,5 × 83,2 × 52,5 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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3. Claude-Jean Pitoin (1757-avant 1806)
Paire de chenets, 1778
Bronze doré et ciselé - 46,5 × 46,5 × 16 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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Les appartements des filles de Louis XV, appartements de Mesdames, ont fait l’objet d’une longue campagne de restauration et de remeublement initiée dans les années 1980 et couronnée par une ouverture au public en 2013. Si une autre commode de Riesener y est présentée, dans la seconde antichambre de Madame Victoire, elle provient, elle, initialement du Salon des Nobles de la Comtesse d’Artois dans l’aile du midi. D’autres acquisitions dont nous n’avons pas parlé ont été récemment réalisées pour ces appartements. Une commode de Riesener (ill. 2), justement, commandée pour la pièce des bains de Madame Elisabeth en 1779 a pu être achetée 56 250 euros (frais inclus) lors de la vente Sotheby’s du 11 avril 2018 grâce à la Société des Amis de Versailles. Une paire de chenets (ill. 3) en bronze très finement ciselé et doré attribué à Claude-Jean Pitoin, livrée pour le grand cabinet de l’appartement de Madame Elisabeth à Versailles en 1778, avant d’orner sa chambre à coucher de Fontainebleau, a été préemptée, toujours avec le soutien de la Société des Amis de Versailles, pour 112 500 euros (frais inclus) lors de la vente Sotheby’s du 14 septembre 2017.

4. François-Gaspard Teuné (1726- ?)
Rafraîchissoir, 1775
Placage en bois de rose, bronze ciselé et doré - 82,5 x 41 x 58,5 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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Fidèle à sa volonté de remeubler le château dans son état historique de 1789 - avant qu’il ne soit intégralement vidé à la Révolution - Versailles a acheté pour 62 500 euros, cette fois au cours de la vente Beistegui, un rafraîchissoir (ill. 4) estampillé François-Gaspard Teuné livré en 1775 pour la salle à manger du comte d’Artois, futur Charles X. En placage de bois de rose, il est constitué d’un plateau présentant trois rafraîchissoirs amovibles en bronze doré et un dessus de marbre blanc qui repose sur trois pieds courbés réunis par deux tablettes d’entretoise et terminés par des roulettes. Le plateau et les deux tablettes sont ceints d’une frise ajourée en bronze doré. La table rafraîchissoir répond à l’évolution de l’art de vivre français au XVIIIe siècle. Elle offre une plus grande autonomie pour un service à table que l’on préfère intime et sans domestique. On ne connaît qu’une soixantaine d’œuvres portant l’estampille de l’ébéniste qui s’est spécialisé dans la production de bureaux à cylindre dont le Louvre et le musée des arts décoratifs conservent deux beaux exemplaires.

Outre ces belles acquisitions, d’autres lots à l’origine royale avérée figuraient dans la collection Beistegui et auraient également pu intéresser Versailles tels que la table à écrire de Marie-Antoinette pour La Muette (adjugée 137 500 euros), la paire de ployants du Salon des jeux de Marie-Antoinette à Compiègne (adjugée 247 500 euros) ou, plus encore, la paire de bergères d’origine versaillaise (pour l’appartement du baron de Breteuil) (adjugée 283 500 euros). Nous avons contacté le château de Versailles a ce sujet qui nous a répondu très précisément quant à sa politique d’acquisition. Son directeur, Laurent Salomé, nous indique ainsi que Versailles est aujourd’hui dans une phase de maturité de remeublement du château. Face à des espaces qui ne souffrent plus d’une sévère pénurie de mobilier, il n’y a plus urgence à combler les vides. Il s’agit désormais moins de meubler par équivalence que de rechercher « l’objet précis pouvant retrouver une place historique ». Il est donc logique que la table de La Muette et les ployants de Compiègne équivalents pertinents du mobilier versaillais mais sans lien initial avec le château n’aient pas été retenus. Les bergères de Boucault, elles, bel et bien versaillaises, n’ont pu être acquises pour des raisons budgétaires - budget fortement mobilisé par le bureau et le rafraîchissoir (ill. 1 et 4) - mais aussi parce que leur destination initiale, l’appartement du baron de Breteuil dans l’aile des ministres, a totalement disparu. Les replacer à propos ailleurs n’aurait rien eu d’évident.

5. Anonyme, Chine XVIIe siècle
Verseuse, vers 1680
Argent ciselé et partiellement doré
16 × 18,2 × 8,5 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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Versailles a, cette année, également fait l’acquisition, particulièrement médiatisée, d’une verseuse en argent (ill. 5), classée trésor national, offerte à Louis XIV par les ambassadeurs du Siam lors de leur célèbre visite diplomatique du 1er septembre 1686. En février dernier, elle fut, grâce au mécénat de LVMH, acquise de gré à gré, par l’intermédiaire de la maison Beaussant-Lefèvre, pour un montant d’un million d’euros.
D’origine chinoise, son anse et son bec imitent le bois et le bambou et son décor, en relief sur la panse et le couvercle, aux motifs de branches fleuries, d’oiseaux, de papillons, de biches et de pagodes, ciselé sur le col, est par endroit rehaussé d’or. Elle est exceptionnelle à plusieurs titres. Elle est à ce jour la seule pièce d’orfèvrerie connue du foisonnant présent diplomatique siamois et l’une des très rares pièces d’orfèvrerie des collections de Louis XIV à ne pas avoir été détruite lors des nombreuses fontes dictées par le roi en 1689 puis en 1709 pour financer la Couronne puis lors des fontes révolutionnaires de 1793. Elle fut vendue en 1797 lors des dernières ventes révolutionnaires avant d’apparaître pour la première moitié du XIXe siècle dans la famille Terray de Morel-Vindé. Ce n’est que très récemment qu’elle a été redécouverte, oxydée, par les commissaires-priseurs Eric  Beaussant  et  Pierre-Yves  Lefèvre lors d’un inventaire de succession. Après étude, elle a été rapprochée des inventaires du Garde-Meuble du XVIIIe siècle où elle figure aux côtés d’une deuxième verseuse identique aujourd’hui inconnue. Avant d’être achetée par Versailles et présentée - depuis le 15 septembre - dans la galerie des glaces, là même où elle fut offerte à Louis XIV en 1686, elle lui fut prêtée pour l’exposition Visiteurs de Versailles 1682-1789 qui s’est déroulée d’octobre 2017 à février 2018.

Nous signalerons également sous la forme d’une liste succincte d’autres récentes acquisitions de Versailles en matière de mobilier et d’objets d’art dont nous n’avons pas parlé  (nous traiterons des peintures, dessins et sculptures dans un prochain article) :


6. Manufacture de Meissen
Pot à lait du nécessaire à thé et à chocolat de Marie Leszczynska, 1737
Porcelaine dure peinte et dorée, vermeil
17,5 × 14 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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- Un pot à lait (ill. 6) du Nécessaire à thé et à chocolat de Marie Leszczynska en porcelaine de Meissen, présent diplomatique qui lui a été offert en mars 1737 par Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe. Il comprenait à l’origine cinquante-six pièces. Il a été préempté lors de la vente Binoche et Giquello du 6 juin 2018 pour 36 064 euros (frais inclus). Il s’ajoute à la chocolatière, aux trois bols à thé avec soucoupes et à la soucoupe isolée achetés par Versailles lors de la vente Christie’s du 13 avril 2017 pour un montant global de 140 000 euros (frais inclus). Ils rejoignent le bol à rincer acheté en 2014 et la tasse à chocolat offerte en 2017.


7. Jean-Baptiste Boulard (1725-1789)
Suite de quatre fauteuils, vers 1780-85
Bois mouluré sculpté et peint, velours gaufré - 88 × 60 × 49,5 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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- Quatre fauteuils d’époque Louis XVI (ill. 7), issus d’une série de huit, estampillés JB Boulard. Ils ont été préemptés lors de la vente Daguerre du 17 mai 2018 pour 17 920 euros (frais inclus).


8. Manufacture de Jingdezhen (Chine)
Plat du service de table aux armes de France, vers 1738-40
Porcelaine de chine - 6 × 38 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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- Un plat du Service de table aux armes de France (ill. 8) commandé par Louis XV en 1738 à la manufacture chinoise Jingdezhen par l’intermédiaire de la Compagnie française des Indes orientales. Il a été acheté 22 312,50 euros (frais inclus) lors de la vente Rob Michiels Auctions à Bruges le 28 avril 2018 puis donné à Versailles par Messieurs Édouard de Royère et Olivier de Rohan, par l’intermédiaire de la Société des Amis de Versailles.


9. Manufacture de Sèvres
Paire de statuettes, Vestale et Vestale Tucia
Biscuit de porcelaine dure - 36,2 × 13,5 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles-RMN/ Christophe Fouin
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- Une paire de vestales en porcelaine de Sèvres (ill. 9), biscuits en première grandeur réalisés d’après un modèle de 1787 attribué à Boizot. Ceux-ci ont été acquis lors de la vente Pescheteau-Badin des 7 et 8 novembre 2017 pour 6552 euros (frais inclus) grâce à la Société des Amis de Versailles. Elles rejoignent une autre statuette de vestale, biscuit en deuxième grandeur acquis en 2005, et poursuivent la volonté de Versailles de reconstituer la collection de biscuits de Louis XVI.

- Nous évoquerons enfin plusieurs dons venus enrichir les collections de porcelaine du château en 2017 : plusieurs pièces de la Manufacture de Saint-Cloud ou de la faïencerie de Rouen du service des communs du château, un plat en porcelaine de Sèvres du service de l’office du Grand Trianon, une assiette creuse du service des princes du Grand Trianon et plusieurs pièces du service à l’usage des officiers au Grand Trianon, toujours en porcelaine de Sèvres.

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