Vive les publications sur papier


Il peut paraître paradoxal de clamer les vertus des revues et des livres publiés de manière classique lorsque l’on édite un site Internet qui n’a même pas de version imprimée.
Ce paradoxe n’est qu’apparent. Internet ne s’oppose pas toujours au papier. Il le complète même souvent.

Les études parues sur La Tribune de l’Art peuvent être classées en deux catégories. La première est constituée de textes déjà édités sous forme papier, mais sur des supports connaissant une diffusion restreinte. Celui de Dominique Lobstein, L’image de Charles Quint dans les Salons en France au XIXe siècle en est un parfait exemple. Cet essai, qui intéressera tous les spécialistes ou amateurs de peinture d’histoire au XIXe siècle, aurait été absolument introuvable. Le Bulletin de la Société Franco-japonaise d’Art et d’Archéologie, dans lequel il a paru, n’est en effet pas diffusé dans notre pays. D’autres revues françaises ou francophones, souvent locales, sont très confidentielles : nous mettrons en ligne prochainement un article paru dans Les Annales du Chesnay. Enfin, des études concernant l’histoire de l’art peuvent être publiées sur des supports non dédiés à cette discipline et échapper ainsi à l’attention des spécialistes (c’est le cas de celui de Stéphane Guégan sur le sculpteur Christophe, paru précédemment dans les actes d’un colloque Baudelaire).

Deuxième catégorie : des textes inédits. Le musée de Saintes organise actuellement une exposition Les portraits d’enfants de Carolus Duran. Or, le musée n’a pu faire paraître de catalogue papier. Seul un CR-Rom a été édité.. Catherine Duffault, commissaire de l’exposition, a proposé qu’il soit publié sur La Tribune de l’Art (cela sera chose faite dans moins d’une semaine). Ainsi, ces essais qui complètent utilement le catalogue de l’exposition de Lille et de Toulouse pourront connaître une réelle diffusion (la fréquentation de notre site, qui progresse tous les jours, est actuellement de plus de 350 visites quotidiennes). Et rien n’empêche ceux qui le voudraient de les imprimer.
Ce cas est bien différent du précédent et ne peut nous satisfaire pleinement : nous défendrons toujours la parution d’un livre ou d’un catalogue papier face à une publication virtuelle. A ce titre, l’échec de l’e-book, qui prétendait remplacer les ouvrages imprimés, nous a particulièrement réjoui. Rien ne remplace le contact direct, presque sensuel, avec un livre, et quelqu’un a pu dire que l’échec (définitif ?) du livre électronique pouvait s’expliquer par le fait que le livre imprimé constituait la forme optimum d’évolution du support écrit.

En ce qui concerne l’actualité, nous pensons qu’Internet donne de nombreuses possibilités que n’offrent pas les journaux sur papier. Dans un monde idéal et utopique tel que nous le souhaiterions, il existerait un quotidien, tout en couleur, consacré à l’actualité de l’histoire de l’art. Ce journal serait disponible partout, et pour un coût modique.
Ce monde idéal n’existe pas. La rentabilité économique d’un tel projet serait nulle.
Seul Internet le rend, d’une certaine façon, possible. Une information peut-être mise immédiatement en ligne (après, bien évidemment, les vérifications indispensables) et être disponible de n’importe quel ordinateur, n’importe où dans le monde. La puissance de cet outil est exceptionnelle et il serait absurde de s’en priver.

Reste la question de la pérennité du support. Nous avons été contactés par la Bibliographie d’Histoire de l’Art (co-dirigée par le Getty Institute et le CNRS) qui désire indexer les articles de fond publiés dans La Tribune de l’Art, à condition que cette pérennité soit assurée. Elle le sera le jour où le dépôt légal sera possible. Une réflexion est en cours, du côté de la Bibliothèque Nationale comme de l’Institut National de l’Audiovisuel. Des tests sont actuellement menés afin d’examiner les conditions techniques d’un tel dépôt. Il faut espérer que cela aboutisse bientôt. Le jour où La Tribune de l’Art et tous les journaux électroniques à paraître pourront, après leur disparition, continuer à être facilement disponibles, l’un des principaux et justifiés reproches faits à Internet disparaîtra.

Cessons donc d’opposer les deux supports. Ils sont complémentaires. Vive le papier… et vive Internet !


Didier Rykner, lundi 10 novembre 2003





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