Vandalisme ordinaire à Amiens


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Attribué à Jean Herbault (1807-1880)
Maison de Gédéon de Forceville à Amiens,
en cours de démolition le 9/7/12
Photo : S. G.

12/7/12 - Patrimoine - Amiens - Il faudrait, hélas, une chronique régulière, sans doute quotidienne, pour dénoncer le vandalisme ambiant qui sévit un peu partout en France malgré les « journées du patrimoine » qui se déroulent chaque année dans l’euphorie générale comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Voici, par exemple, une destruction intervenue il y a trois jours à Amiens, ville qui a pourtant tant souffert pendant les deux conflits mondiaux. Cet hôtel particulier, construit vers 1840, était intéressant au moins à deux titres. Sur le plan historique, puisqu’il s’agissait de la maison du sculpteur amiénois Gédéon de Forceville (1799-1866), auteur, entre autre, de la statue de Pierre l’Ermite à côté de la cathédrale ; pour son architecture, probablement due à Jean Herbault (1807-1880), qui a notamment édifié le Palais de Justice de la ville.
Ce pavillon romantique n’était ni inscrit (ce qu’il aurait mérité), ni a fortiori classé monument historique, ce qui n’étonne pas quand on considère la sous-protection manifeste du patrimoine français. Cela justifiait-il pour autant la délivrance du permis de démolir par la mairie d’Amiens aux Frères des écoles chrétiennes, propriétaires du bâtiment ?

A ce sujet, la mairie nous a répondu que la ville n’avait pas de motivation juridique pour s’y opposer, car « le permis n’est pas obligatoire : le Code de l’urbanisme ne prévoit pas qu’un tel permis doive être délivré lorsque les bâtiments concernés ne sont ni situés dans un périmètre de protection des monuments historiques, ni protégés au titre de ces mêmes monuments. [...] Si elle avait opposé un refus, le demandeur aurait de toute façon pu retirer le permis et réaliser malgré tout les travaux. ». Ceci est vrai sauf... si la ville « a institué le permis de démolir par délibération du conseil municipal1 ». Est-il normal que l’on puisse démolir n’importe quel bâtiment dans une ville comme Amiens sans permis2 ? La municipalité ajoute que pour s’y opposer « il eut fallu pour cela qu’une demande de protection ait été déposée ». Personne n’empêchait la ville, si elle avait voulu interdire cette démolition, de demander la protection à la DRAC. Bref, la mairie avait de nombreux moyens de s’opposer à cette destruction. Elle ne l’a tout simplement pas souhaité.
Comme le rappelle ironiquement Stéphane Grodée, qui nous a communiqué cette information et cette photo : « Amiens est Ville d’Art et d’Histoire ». Vraiment ?

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Didier Rykner, jeudi 12 juillet 2012


Notes

1Voir ici.

2Note du 13/7/12 : Nous avions écrit : « est-il normal que l’on puisse démolir en à peine trois semaines » car le permis avait été déposé le 16 juin. Or, il s’agissait en réalité du 16 juin 2011, et il donc a fallu un an et trois mois. Ceci ne change sur le fonds rien à l’affaire, au contraire presque puisque dans ces délais rien n’aurait empêché la mairie de demander l’inscription.





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