Une tapisserie préemptée pour Le Mans


JPEG - 217 ko
1. La dépouille de saint Julien ramenée au Mans
et le passage mircauleux de la Sarthe

Tenture de La Vie de saint Julien, début du XVIe siècle
Laine et soie - 258 x 203 cm
Le Mans, Cathédrale, Saint-Julien
Photo : Le Mans
Voir l'image dans sa page

12/4/17 - Acquisition - Le Mans, cathédrale Saint-Julien - Même après sa mort, saint Julien, premier évêque du Mans, continua à faire des miracles. Ainsi, lorsque les habitants, et à leur tête le gouverneur de la cité appelé defensor civitatis, voulurent ramener dans la ville la dépouille du saint sur un char, ils furent bloqués par la Sarthe, dont la pluie avait grossi les flots. Mais les chevaux marchèrent sur l’eau comme sur la terre ferme. C’est ce passage qu’illustre une tapisserie fragmentaire passée en vente chez Sotheby’s à Paris le 30 mars dernier lors de la vente Bacri et préemptée par l’État pour 22 100 euros (ill. 1). Présentée dans le catalogue comme une « tapisserie des Pays-Bas méridionaux » illustrant un « cortège triomphal », elle a finalement été identifiée et rejoindra la cathédrale du Mans pour laquelle elle avait été commandée.

Cette pièce faisait en effet partie d’une tenture sur la vie de saint Julien qui se composait probablement de douze tapisseries et fut exécutée à Paris ou en Flandres au début du XVIe siècle. Elle fut pour moitié offerte par le chanoine Baudouin de Crépy dont on peut voir les armes sur certaines pièces. Les échevins de la ville du Mans financèrent sans doute le reste. C’est sans doute à la Révolution que l’ensemble fut dispersé.
Six tapisseries se trouvent encore dans la cathédrale, la plupart sont lacunaires. La première représente le moment où saint Julien, noble Romain, fut envoyé dans le Maine par le pape Clément et fit alors jaillir une fontaine d’eau vive avec son bâton devant la ville. Sa prédication est ensuite mise en scène dans une autre composition, ainsi que l’un de ses nombreux miracles : la guérison d’un premier aveugle, puis d’un deuxième. C’est un prodige que l’on retrouve sur les vitraux de la cathédrale, et dont le sujet est parfois interprété comme le refus de Pilate de se prononcer sur le sort de Jésus, parce que l’aveugle recouvra la vue en se passant de l’eau que le saint venait d’utiliser pour se laver les mains. Puis Julien convertit et baptisa le Defensor, sujet d’une autre tapisserie. Il partit ensuite évangéliser la région, notamment les Gaulois. Enfin, une pièce montre sa sépulture. Une septième se trouve au Louvre et met en scène saint Julien ressuscitant un enfant mort. Deux œuvres de cet ensemble ne sont pas localisées, mais leurs sujets sont connus : l’une, peut-être dans une collection particulière américaine, représente saint Julien guérissant un enfant et un boiteux, sur la deuxième il est reçu par le Defensor (cette tapisserie fut volée entre 1905 et 1907).

JPEG - 147.5 ko
2. Saint Jean-Baptiste devant les prêtres et les lévites, 1516
Laine et soie - 175 x 178 cm
Angers, Château
Photo : château d’Angers
Voir l'image dans sa page

Rappelons que dans la même vente avait été également préemptée un autre fragment de tapisserie pour la cathédrale d’Orléans (voir l’article) et profitons en pour signaler qu’une autre tapisserie du XVIe siècle avait été préemptée par l’État il y a un an et demi, illustrant cette fois un épisode de la vie de saint Jean-Baptiste, plus précisément le moment où il prêche devant les prêtres et les lévites. Passée dans la vente de la collection Servier organisée par Fraysse le 18 novembre 2015 à Drouot, elle avait été adjugée 100 000 euros (ill. 2). Elle a rejoint les collections du château d’Angers où se trouvait déjà une grande tapisserie appartenant au même cycle, illustrant quant à elle L’Annonce à Zacharie et la Visitation. Comme le précise Audrey Nassieu Maupas1, la tenture de La Vie de saint Jean-Baptiste fut commandée en 1516 à Guillaume de Rasse, tapissier de haute lisse à Paris, pour l’église Saint-Jean-Baptiste à Angers. Une troisième pièce localisée dans la Burrell Collection de Glasgow montre le saint s’adressant à la foule, aux publicains et aux soldats. Sur chacune de ces trois œuvres, des citations en latin tirées de l’Évangile précisent le sujet.
Une exposition qui débutera le 19 mai au château d’Angers est justement consacrée au « Trésors de tapisserie, Jean le Baptiste. Une histoire, des représentations (XVIe-XVIIIe siècle) ».


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 12 avril 2017


Notes

1Audrey Nassieu Maupas, « La Vie de saint Jean-Baptiste d’Angers et la production de tapisseries à Paris dans la première moitié du XVIe siècle », Revue de l’Art 145, 3 (2004) : 41-53.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Un portrait de Wellington par Lawrence acquis par la National Portrait Gallery

Article suivant dans Brèves : Un dessin de Félicien Rops acquis pour le musée de Namur