Une sculpture de Medardo Rosso pour le Musée Boijmans


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Medardo Rosso (1858-1928)
Femme à la voilette, vers 1919-1923
Cire sur plâtre
La Haye, Musée Boijmans
Photo : Musée Boijmans

11/02/15 - Acquisition - Rotterdam, Musée Boijmans - La cire avait sa préférence, elle lui permettait d’obtenir des effets de lumière et de traduire un instantané. « Ce qui importe en art, c’est de faire oublier la matière. Le sculpteur doit, par un résumé des impressions reçues, communiquer tout ce qui a frappé sa propre sensibilité afin qu’en regardant son œuvre, on éprouve l’émotion qu’il a ressentie lorsqu’il a observé la nature »1 aimait à dire Rosso en réponse à Baudelaire qui jugeait la sculpture inférieure à la peinture.

Né à Turin, Medardo Rosso se forma à Milan, mais c’est à Paris qu’il passa une grande partie de sa carrière ; il y séjourna une première fois en 1884, puis y vécut de 1889 jusqu’au début des années 1920, côtoyant Degas et Carrière, Rodin également dont il fut le rival.
Le Musée Boijmans, qui avait confronté ses œuvres à celles de Brancusi et de Man Ray en 20142, a finalement acquis une des sculptures qui figurait dans l’exposition, Femme à la voilette (1923). Elle faisait partie de la collection Lauder et a été achetée 1,9 millions d’euros3.
Rosso reprend certains motifs et les réinterprète inlassablement, dans la cire mais aussi dans le bronze et dans le plâtre. Il photographie en outre ses propres sculptures et leur donne alors un tout autre visage. Il développa la figure de la femme à la voilette entre 1895 et 1923. Trois autres versions en cire se trouvent au musée de de Brera à Milan, la Cà Pesaro à Venise et la Galleria nazionale d’arte moderna de Rome, tandis qu’un bronze est passé en vente chez Sotheby’s. Enfin, une photographie de Rosso montre un exemplaire dans un intérieur.

Comme il l’explique lui-même, il s’est efforcé de capter l’image fugitive d’une femme le soir, descendant les marches d’une église à Paris, et de traduire une « impression de boulevard », tel est le titre donné à certaines versions de l’œuvre. Comparable au buste de Madame Noblet, ce visage semble émerger d’une matière rugueuse. Comme Rodin, Rosso fait surgir des corps d’une matière brute, donnant une sensation d’inachevé, mais il cherche quant à lui à traduire une émotion. Les traits de cette femme sont d’ailleurs à peine définis, il saisit une vision éphémère, « un éclair puis la nuit, fugitive beauté », dirait Baudelaire, ce que Proust écrit autrement : « Était-ce parce que je ne l’avais qu’entre aperçue que je l’avais trouvée si belle. Peut-être. D’abord l’impossibilité de s’arrêter auprès d’une femme, le risque de ne pas la retrouver un autre jour lui donnent brusquement le même charme. [...] qu’aux jours si ternes qui nous restaient à vivre le combat où nous succomberons sans doute. De sorte que s’il n’y avait pas l’habitude, la vie devrait paraître délicieuse à des êtres qui seraient à chaque heure menacés de mourir, - c’est-à-dire à tous les hommes.  »4


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 11 février 2015


Notes

1Medardo Rosso cité par Edmond Claris, De l’Impressionnisme en sculpture. Lettres et opinions de Rodin, Rosso, 1939.

2« Brancusi, Rosso, Man Ray »Museum Boijmans Van Beuningen, du 8 février au 25 mai 2014.

3Achat réalisé avec l’appui de plusieurs fonds, notamment Mondriaan Fund et Vereniging Rembrandt.

4Marcel Proust, À L’Ombre des jeunes filles en fleurs. Nom de pays, le pays.





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