Une Pietà de Botticini restaurée


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1. Francesco Botticini (1446-1498)
Pietà, vers 1488
Huile sur bois - 196 x 156 cm
Paris, Musée Jacquemart André
Photo : Musée Jacquemart-André/Studio Sébert.

17/11/16 - Restauration - Paris, Musée Jacquemart-André - C’est une très belle Pietà de Francesco Botticini qui vient d’être restaurée par le C2RMF avec l’aide financière de la Fondation BNP Paribas (ill. 1) ; elle a retrouvé les cimaises du Musée Jacquemart-André où elle est conservée avec deux autres œuvres de l’artiste, un Conversation sacrée et une Vierge à l’Enfant entourée d’anges.

Lorsque cette peinture fut achetée par Nélie Jacquemart et Édouard André en 1887, auprès de l’antiquaire italien Pacifico Capponi, elle était attribuée à Domenico Ghirlandaio (1449-1494) qui l’aurait réalisée pour l’une des chapelles de l’église d’Ognissanti à Florence. Elle fut finalement rendue à Francesco Botticini par Bernard Berenson en 1906, attribution confirmée par Lisa Venturini en 1994 : en effet, le tableau correspond à un retable payé à Botticini en 1488 par la compagnie de San Domenico, dite del Bechella, pour l’église Santa Maria Novella. En 1567, la compagnie fut déplacée dans l’église d’Ognissanti et investit une chapelle décorée de fresques par Ghirlandaio, ce qui explique la confusion quant à l’auteur du retable, d’autant que Botticini fut influencé par le maître, après avoir regardé Verrochio et Pollaiolo, ainsi que Botticelli.

Francesco Botticini représente, au pied de la croix coupée par le cadre, le Christ mort sur les genoux de sa mère éplorée. Il semble presque en lévitation et la Vierge le contemple plus qu’elle ne le porte. Auprès d’eux se tiennent les saints Louis de Toulouse, Dominique, Jacques et Nicolas. On pourrait croire - à tort - que la composition était plus grande dans sa partie supérieure, notamment à cause de ces bouts de corde qui pendent, soigneusement alignés en hauteur, sur les bras de la croix qu’on devine ; une manière d’évoquer les épisodes qui précèdent la lamentation du Christ mort : la crucifixion et la descente de croix.

L’œuvre souffrait avant tout de soulèvements de sa couche picturale provoqués par les contractions du panneau de bois. Ces soulèvements touchent les deux-tiers inférieurs de la peinture, sans doute parce qu’elle a été partiellement immergée lors des crues de l’Arno, comme d’autres tableaux florentins. Le support en peuplier a bougé avec les variations climatiques. Par ailleurs, un système de quatre traverses coulissantes ajouté au revers au XIXe siècle s’est bloqué et a contraint le bois. Les restaurateurs ont alors adapté ces traverses : chacune a été divisée en deux parties, l’une souple, l’autre rigide, reliées entre elles par un ressort1. En outre, les joints des planches qui forment le panneau étaient partiellement ouverts et avaient été précédemment comblés par un enduit que la nouvelle campagne de restauration a permis d’enlever et de remplacer par de fines baguettes glissées dans les interstices. Le support a ainsi retrouvé une cohésion générale.
La matière picturale a été refixée. Les retouches et repeints des restaurations précédentes ayant bien vieilli, ils ont été en partie gardés ; la peinture en effet, avait été restaurée une première fois en 1960, puis à nouveau entre 1981 et 1983. Le bleu de la robe de la Vierge s’est assombri avec le temps, mais l’on ne peut y remédier. Le résultat de cette campagne est révélateur de l’évolution de la restauration : les joints des planches du côté de la peinture sont visibles, ils n’ont pas été comblés par des repeints.


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2. Vue du tableau avant qu’il soit décroché
pour être restauré
Photo tirée de la vidéo de l’Institut de France
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3. Vue du tableau remis en place
après restauration
photo : bbsg

Enfin il a été décidé de dissocier le tableau de son cadre très imposant, sans que cela ne se devine : le cadre en effet est désormais posé sur une structure métallique, un peu trop visible si l’on compare l’accrochage précédent (ill. 2 et 3), mais c’est une solution nécessaire pour la conservation préventive d’une œuvre particulièrement fragile.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 17 novembre 2016


Notes

1Une vidéo détaille la restauration du support.





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