Une peinture d’Audubon perdue pour l’Ecosse gagnée par les Etats-Unis


2/11/15 - Acquisitions - Bentonville (Arkansas), Crystal Bridges Museum of American Art - L’inaliénabilité des collections publiques n’est pas une évidence dans tous les pays. En 2011, la Royal Scottish Academy avait déclenché une polémique lorsqu’elle avait annoncé son souhait de vendre une peinture, Dindon sauvage, dinde et dindonneaux (ill. 1) qui lui avait été donnée par le peintre lui-même, Jean-Jacques Audubon. Cette œuvre se retrouve désormais dans un musée américain, le Crystal Briges, qui a annoncé son acquisition à l’occasion de l’exposition qu’il consacrait à l’artiste du 27 septembre 2014 au 5 janvier 2015.


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1. Jean-Jacques Audubon (1785-1851)
Dindon sauvage, dinde et dindonneaux, 1826
Huile sur lin - 120 × 150 cm
Bentonville, Crystal Bridges
Photo : Crystal Bridges
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2. Thomas Hill (1829 - 1908)
Les chutes de Yosemite, 1884
Huile sur toile - 135 × 89 cm
Bentonville, Crystal Bridges
Photo : Crystal Bridges

L’histoire de cette peinture est pourtant liée à l’Écosse puisqu’elle a été peinte et exposée à Édimbourg en 1826. En effet, Audubon, artiste et ornithologue franco-américain, réalisa de nombreuses études à l’aquarelle détaillant dans leur milieu naturel différentes espèces de volatiles. A partir de ce travail, il souhaita publier un ouvrage sur les oiseaux d’Amérique. Il se heurta à l’hostilité de plusieurs rivaux aux États-Unis, aussi se rendit-il au Royaume-Uni. Il visita Édimbourg, exposa avec succès à la Royal Scottish Academy plusieurs peintures réalisées à partir de ses aquarelles, dont celle-ci, dans l’espoir de promouvoir et de financer son projet, et d’obtenir des souscriptions. Il rencontra William Home Lizars et lui confia les premières gravures confectionnées à partir de ses aquarelles. Robert Havell prit la suite à Londres et créa de grandes aquatintes. L’ouvrage intitulé Les Oiseaux d’Amérique parut en quatre volumes à Londres entre 1827 et 1838, illustré de plus de 400 planches immenses et superbes afin de représenter les animaux grandeur nature ou presque. On en conserve peu d’exemplaires aujourd’hui. L’un d’eux est passé en vente chez Sotheby’s Londres, le 6 décembre 2010 et fut adjugé plusieurs millions.
Afin de remercier la Royal Academy, Audubon lui offrit ce Dindon dont elle s’est séparée. On en connaît d’autres versions postérieures, l’une peinte vers 1828-1829 se trouve au Fogg Museum, l’autre réalisée vers 1845 montre le dindon seul, elle est aujourd’hui en dépôt au Gilcrease Museum.

Autre acquisition récente, en vente privée, du Crystal Briges, une peinture de Thomas Hill qui célèbre elle aussi mais d’une autre manière les trésors de la nature américaine (ill. 2). Proche de l’école de l’Hudson River, il multiplia les vues de la vallée de Yosemite et de ses chutes si spectaculaires. Cette toile de grand format peinte en 1884, offre à l’admiration la majesté du paysage. L’ajout du pêcheur, silhouette minuscule au bord du cours d’eau, donne une idée de l’échelle et renforce cette impression d’immensité.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 2 novembre 2015





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