Une partie du Domaine National de Versailles en pré-vente au Salon de l’Immobilier d’Entreprise !


JPEG - 81.3 ko
1. Vue du stand « Versailles Grand Parc »
au Salon de l’Immobilier d’entreprise
On remarque à l’arrière le plan des terrains à lotir (ill. 3)
Mercredi 30 novembre 2011
Photo : La Tribune de l’Art

2/12/11 - Patrimoine - Versailles, Domaine National - Nous avons consacré un précédent article aux menaces que la révision du PLU de Versailles et que le « Grand Paris » font peser sur le parc du château, resté propriété de l’État depuis Louis XIV (voir l’article). Les derniers développements dans cette affaire sont particulièrement inquiétants et témoignent de ce qui ressemble à une véritable fuite en avant.

C’est ainsi avec stupeur que l’on constate la présence de « Versailles Grand Parc », communauté d’agglomération présidée par le maire de Versailles, au Salon de l’immobilier d’entreprise (SIMI1) (ill. 1) qui se termine aujourd’hui 2 décembre au Palais des Congrès de la Porte Maillot. Comme l’explique le site Internet de « Versailles Grand Parc » : « Ce salon permet de promouvoir le foncier disponible [sic] […] et de rencontrer […] investisseurs, promoteurs, entreprises, agents immobiliers. » ! Les terrains concernés se situent à la fois dans l’enceinte du Grand Canal, objet de notre première étude (terrains de Pion et de Satory), mais aussi dans l’ancien parc de chasse du château (terrain de Santos-Dumont par exemple).


JPEG - 252.9 ko
2. Vue aérienne des terrains de Pion et de Santos-Dumont.
En jaune : espace non protégé compris entre le Site classé
de la plaine de Versailles et la partie classée au titre
des monuments historiques du « Grand Parc ».
En rouge : mur du parc édifié en 1685 tel qu’il subsiste
aujourd’hui ; en vert : tracé des anciennes allées
de Fontenay et de Saint-Cyr.
D’après une vue Google Earth, octobre 2007.
JPEG - 174.1 ko
3. Plan des zones à lotir sur le territoire de Versailles Grand Parc.
En vert : « projet à développer » ;
en bleu : « projet en cours » ;
en rose : « zone d’activité ».
Ce plan était affiché sur le stand (ill. 1) au SIMI.

Ceux dont l’urbanisation devrait être impérativement rejetée, puisqu’ils obstruent la grande perspective versaillaise (ill. 2), sont malheureusement offerts aux promoteurs à Pion et à Santos-Dumont (ill. 3). Profitant d’une lacune incompréhensible2 dans la protection du domaine (ill. 2, en jaune), « Versailles Grand Parc » compromet ainsi aujourd’hui les vestiges du mur original du parc édifié en 1685 (ill. 2, en rouge) et la renaissance des avenues de l’Etoile Royale3, véritable « main du roi » qui parcourait jadis le parc de chasse du château. La restitution des allées d’arbres de Fontenay et de Saint-Cyr (ill. 2, en vert) au sein de la future zone d’activité de Pion-Santos-Dumont deviendrait en effet bien dérisoire, mais serait évidement profitable aux commerces qui y seraient implantés, directement reliés au château... Il y a d’ailleurs fort à parier que l’urbanisation des terrains de Pion et de Santos-Dumont entraînera celle de l’aérodrome contigu malgré son classement avec la plaine de Versailles4. L’obstination à vouloir construire à Santos-Dumont est d’autant moins compréhensible que les prévisions du Plan Local d’Urbanisme de Saint-Cyr les concernant ont été annulées par le Tribunal Administratif le 16 décembre 2010 comme incompatibles avec les servitudes aéronautiques imposées par l’aérodrome mitoyen ; servitudes qui protègent et rendent également peu commode l’urbanisation de la moitié supérieure des terrains de Pion, nous l’avons dit.
Il est inutile d’insister sur l’absurdité du projet de « Versailles Grand Parc » qui ne trouve pas de meilleure utilisation aux espaces continuant l’Etoile Royale que d’y créer une zone commerciale. Ce projet est d’autant plus injustifié que la municipalité de Saint-Cyr n’est pas en manque d’espaces à urbaniser : elle prévoit ainsi de commercialiser les 25 hectares de la ZAC Charles Renard (ill. 3) (contre 9 à Santos-Dumont) et devrait s’en satisfaire. Que souhaiter en effet de mieux à Pion et à Santos-Dumont que de ne pas y construire et d’y replanter les allées de Saint-Cyr et de Fontenay, offrant ainsi à la population des ces deux communes un accès privilégié au château ? Que dire aussi du champ de manœuvres aujourd’hui préservé de Satory que l’on projette de lotir intégralement (ill. 3) ? Est-ce cela le « développement durable » ?

Le site des Matelots-Mortemets ne figure pas (encore) sur le plan des zones à lotir (ill. 3) car son urbanisation nécessite l’accord de l’Etablissement Public de Versailles qui en sera bientôt affectataire. Attendons…


JPEG - 63.1 ko
4. Plan des dessertes du Grand Parc de Versailles
élaboré par la communauté
d’agglomération pour les « investisseurs ».

Plus stupéfiant encore, la communauté d’agglomération de « Versailles Grand Parc » diffuse un schéma rappelant aux « investisseurs » combien le Grand Parc du château est bien desservi par le réseau autoroutier et ferroviaire (ill. 4), sans y représenter toutefois les trois nouvelles gares que l’on se promet d’y créer (station de Pion, des Matelots et de Satory). L’environnement fragile du Domaine résistera-t-il à ce traitement ? Nous ne le pensons pas.

On le constate, « Versailles Grand Parc » est très peu respectueux de son riche patrimoine, ce qui ne l’empêche pas de se prévaloir d’un nom doublement historique : celui désignant aujourd’hui l’enceinte du Grand Canal (ill. 2, en bleu) et celui que portait autrefois le parc de chasse du château (ill. 2, en rouge)5… Se réclamer du patrimoine tout en le détruisant nous semble pour le moins paradoxal.


, vendredi 2 décembre 2011


Notes

1Le SIMI est organisé par le « Groupe Moniteur », « partenaire fondateur », avec « Bouygues Immobilier », de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

2L’absence de classement des terrains de Pion ne résulte pas d’un intérêt patrimonial qui serait moindre, mais de contingences administratives : le reclassement du « Grand Parc » du château par un arrêté du 31 octobre 1906 est en effet intervenu 10 mois trop tard, puisque Pion a été affecté à l’armée le 6 janvier 1906, affectation qui impliquait un consentement des militaires - jamais donné - à la servitude de classement.

3Voir la remarquable étude pour la mise en valeur de la plaine classée de Versailles menée par DAT Conseils pour le compte de la DIREN IF.

4On prévoit bien de bâtir, dans l’emprise de ce même classement, une cinquantaine de logements sociaux à Chèvreloup.

5Le château était à l’origine doté de trois enceintes : celle du Jardin (renommé Petit Parc après 1900), celle du Petit Parc protégeant le Grand Canal (renommé Grand Parc vers 1900) et celle du Grand Parc, ou parc de chasse, qui avait sombré dans l’oubli.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Le Nationalmuseum de Stockholm découvre une terre cuite de Clodion

Article suivant dans Brèves : Le Portrait de Madame Brunet par Manet acquis par le Getty