
1. Une restauratrice au travail sur
La Rencontre de saint Paul et de saint Antoine,
panneau sur lequel la restauration « n’a pas commencé »
Image issue du reportage de
France 2 au journal de 20 h le 5/8/11
Contrairement à ce qu’affirme le Musée d’Unterlinden dans le communiqué de presse que nous avons diffusé ici et qui se trouve sur son site Internet, contrairement à ce que prétend sa conservatrice, Pantxika de Paepe, dans une interview publiée dans L’Alsace, où elle explique que seule une fenêtre a été réalisée, la restauration sur le deuxième panneau, La Rencontre de Saint Antoine et de saint Paul a bel et bien été commencée, et pas uniquement sur une fenêtre.
La preuve en est apportée, sans ambiguïté, par le reportage diffusé par France 2 dans le journal de 20 h du vendredi où l’on voit Carole Juillet intervenir sur ce tableau à deux endroits bien différents1 (ill. 1).
Profitons de cet article pour répondre précisément à quelques arguments utilisés par le musée alsacien dans les médias :
dans l’interview publiée de L’Alsace, Pantxika de Paepe explique à propos de la restauration qui n’a duré que quelques jours : « Les restauratrices ont choisi un solvant qu’elles ont passé très, très rapidement afin qu’il ne pénètre pas et qu’il ne touche pas les couches qu’on ne voulait pas toucher. Elles devaient faire un geste très ample pour ne toucher qu’aux couches superficielles. Ceux qui nous reprochent cela n’y connaissent rien ». Elle confirmait ainsi ce que disait déjà le communiqué de presse : « cette intervention devait être très rapide afin que le solvant n’agisse pas en profondeur pour enlever juste les couches superficielles ».
Puisque « nous n’y connaissons rien », nous avons demandé à un spécialiste de la restauration au ministère de la Culture si cette technique d’allègement des vernis, dont nous n’avions jamais entendu parler jusqu’à présent, était habituellement pratiquée. Celui-ci nous a fait la réponse suivante : « Cela se faisait comme ça il y a quarante ans. On ne restaure plus comme cela aujourd’hui parce que c’est dangereux et que cela demande une sûreté du geste qui n’est pas contrôlable. Aujourd’hui, on préfère des solvants plus légers et un travail plus lent, afin de contrôler exactement ce que l’on fait. La technique évoquée n’est plus pratiquée, et certainement pas dans les ateliers du C2RMF. »
Toujours dans L’Alsace, la conservatrice affirme : « Si le comité nous avait demandé d’arrêter tout, on arrêtait tout. » avant de révéler plus loin que sur les trois représentants du C2RMF au comité : « deux étaient contre et le troisième ne s’est pas exprimé ». On découvre ainsi que le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France était très tôt opposé à cette intervention, ce que nous avions déjà dit, et que cette opposition avait été signifiée au musée de l’aveu même de celui-ci. A part ce léger détail, « le comité a donné son accord ».
Dans un article du Figaro paru aujourd’hui, la restauratrice Carole Juillet explique que : « le C2RMF [...] n’a pas [...] étudié le vernis, ni sa composition » avant de laisser entendre que celui-ci n’a aucune compétence en la matière (« Si seulement cela permettait au C2RMF de faire des analyses sur les vernis, mais la France ne s’en est jamais donné les moyens, contrairement aux États-Unis, des as en la matière »).
Si le C2RMF n’a pas analysé les vernis, c’est qu’on ne le lui a évidemment pas demandé. Et prétendre qu’il en serait incapable est tout simplement absurde. Il y a des spécialistes des vernis au C2RMF qui peuvent parfaitement analyser leur nature. Et ce laboratoire vient même de mettre au point une technique tout à fait nouvelle, expérimentée récemment sur Les Pélerins d’Emmaüs de Rembrandt et Sainte Anne et la Vierge de Léonard de Vinci, permettant de mesurer précisément leur épaisseur.
Comment donc ont travaillé les restauratrices en l’absence d’analyse des vernis ? « Nous sommes guidées par notre sensibilité, notre main et notre expérience. » Nous laisserons le lecteur juge2.
Mise à jour le 6 août 2011 :
Voici deux nouvelles preuves que la restauration a été largement entamée sur le deuxième panneau.

2. Le retable après intervention des restauratrices.
On voit très nettement que le volet de gauche, mais aussi une
grande partie de la partie droite du volet de droite
ont été dévernis
Photo : La Tribune de l’Art
Une photo du retable (ill. 2) prise il y a quelques jours montre sans discussion aucune que les restauratrices sont intervenues sur toute la moitié droite de la Rencontre de saint Antoine et saint Paul.. Tout le ciel à droite apparaît débarrassé d’une partie de ses vernis. Ceci semble moins évident pour la partie basse, mais le reportage de France 2 ne laisse aucun doute sur le fait que là aussi il y a eu début de dévernissage.

4. Placard d’information sur la restauration du retable
On y lit : « Aujourd’hui, le visiteur peut constater
sur la partie gauche non encore restaurée du panneau de la
Rencontre de saint Antoine et de saint Paul l’ermite que la
couche picturale est jaune, sombre et très encrassée. »
On peut lire sur le placard d’information (ill. 3) : « Aujourd’hui, le visiteur peut constater sur la partie gauche non encore restaurée du panneau de la Rencontre de saint Antoine et de saint Paul l’ermite que la couche picturale est jaune, sombre et très encrassée. » Qui peut encore croire que seule La Tentation de saint Antoine ait été restaurée ?
