Une miniature de Nicholas Hilliard acquise par le National Museum de Stockholm


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Nicholas Hilliard (1547-1619)
Portrait de la reine Elisabeth Ière, vers 1586-1587
Aquarelle sur vélin
Stockholm, National Museum
Photo : National Museum

24/8/11 - Acquisition - Stockholm, National Museum - Le National Museum de Stockholm possède une fameuse collection de portraits miniatures, riche de quelque 5300 pièces, qu’il a dignement complétée en s’offrant une nouvelle tête couronnée : la reine Elisabeth Ière d’Angleterre représentée par Nicholas Hilliard vers 1586-1587 a en effet été acquise chez Bonhams à Londres le 23 novembre 2010 (ill.) pour 40 800 £. Une œuvre que regrette peut-être le Victoria and Albert Museum, où se trouvent la plupart des créations de l’artiste.
Orfèvre et enlumineur, Hilliard fut surtout un célèbre miniaturiste de l’époque élisabéthaine, loué par John Donne dans son poème The Storm, très vite choisi comme portraitiste attitré de la reine et plus tard de Jacques Ier. Auteur – contesté par certains - d’un traité sur la peinture en miniature intitulé The art of Limming qui ne fut jamais publié1, il clame son admiration pour Holbein dont il subit peut-être l’influence ainsi que celle des artistes de la cour de France où il se rendit vers 1577.

Le corps de la reine présenté de trois-quarts, en mi-buste, dans un cadrage circulaire très serré, se détache sur un fond bleu ; cette formule se retrouve dans d’autres effigies comme celle de cette jeune femme inconnue. La somptuosité minutieuse du costume permet à Hilliard dans d’autres portraits d’illustrer la gloire de la reine ; ici il semble accorder moins d’importance aux brocarts, aux soies et aux parures, mais choisit de faire sortir les manches du cadre pour exprimer la puissance du modèle et accorde toute son attention à la fraise, éthérée, vaporeuse, semblable à un halo qui fait ressortir le visage de la reine, impassible et pâle, lisse, peu modelé, offert comme une icône, sans que ses 50 ans passés ne soient trahis. L’artiste ne fait qu’obéir à la reine, précisant dans son traité qu’il vaut mieux selon elle « se montrer en pleine lumière plutôt qu’avec des ombres ici ou là. » Hilliard a toutefois le bon goût de ne pas voir ce qu’une pleine lumière peut révéler, choisissant plutôt de retranscrire l’éclat de la gloire et de la jeunesse. Car Elisabeth n’ayant pas d’héritier doit paraître sans âge.

Ce motif de la fraise majestueuse se retrouve dans d’autres miniatures mais elle est traitée avec moins de légèreté. Certains portraits comportent des devises écrites en or qui traduisent l’humeur, la personnalité ou l’identité du modèle, d’autres plus tardifs se présentent sur un fond de rideau rouge à la place du bleu uni, comme on le voit sur le portrait de Jacques Ier par exemple. Parfois insérées dans un médaillon pour former un bijou, ces miniatures étaient souvent un gage de loyauté ou d’amour, la princesse de Clèves peut en témoigner.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 24 août 2011


Notes

1Il est conservé à la Bodleian Library.





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