
1. Michel Dorigny (1617-1665)
La Chasse de Diane
Huile sur toile - 113,9 x 220,4 cm
Londres, Dickinson
Photo : Dickinson
14/3/10 – Marché de l’art – Maastricht, Tefaf – La foire de Maastricht qui vient d’ouvrir sera-t-elle celle de la reprise ? Les mines réjouies des exposants, très satisfaits des transactions réalisées dès le début de l’inauguration le laissent penser. Les acheteurs sont de retour, en particulier les Américains.
Il faut dire que l’édition 2010 est d’un excellent niveau, peut-être encore meilleur que l’année dernière. Certes quelques-unes des œuvres ont été vues lors des précédentes Tefaf ou récemment sur le marché. Mais souvent restaurées, encadrées et mieux mises en valeur, elles brillent d’un nouvel éclat. C’est ainsi qu’un tableau de Michel Dorigny (ill 1), qui fut longtemps proposé à la vente chez Eric Turquin, s’est vu offrir une nouvelle jeunesse par la galerie Dickinson : remis dans ses dimensions d’origine, nettoyé, bien encadré, son aspect a changé du tout au tout [1]. Si les limites de l’artiste - Dorigny n’est pas Vouet - apparaissent dans certaines figures secondaires, la scène centrale est remarquable. Il est regrettable que le Musée du Petit Palais ne s’en soit pas porté acquéreur dans la galerie parisienne, alors qu’il conserve deux autres éléments du même décor sur le thème de Diane [2]. Le peu de moyens des musées français et leur incapacité à retenir le patrimoine de notre pays éclatent d’ailleurs un peu partout dans la foire. Un grand nombre d’œuvres importantes vendues récemment aux enchères en France (ou passées sur le marché français) en témoignent, comme cet admirable Christ portant sa croix de Nicolas Tournier (ill. 2) chez Aaron, encore un élément d’un grand décor dont les autres parties connues appartiennent au Musée des Augustins de Toulouse. Ou ce magnifique Saint Sébastien de Charles Poerson (ill. 3), passé en vente à Drouot chez Piasa le 26 juin 2009 et présenté par Haboldt & Co. Sa provenance probable, l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, et sa qualité devraient le destiner au Musée Carnavalet, mais cela fait bien longtemps que celui-ci, pas davantage que le Petit Palais dont nous parlions plus haut, n’a plus les moyens de faire des acquisitions importantes, tant le patrimoine et les musées ne semblent pas faire partie des préoccupations de la Mairie de Paris.

2. Nicolas Tournier (1590-1639)
Le Christ portant sa Croix, entre 1628 et 1638
Huile sur toile - 220 x 121 cm
Paris, Galerie Didier Aaron
Photo : Galerie Aaron

3. Charles Poerson
Saint Sébastien
Huile sur toile - 137 x 56 cm
Paris, Haboldt & Co
Photo : Haboldt & Co

4. Jacques des Rousseaux (vers 1600-1638)
Un apôtre, peut-être Saint Pierre
Huile sur panneau - 60,8 x 45,3 cm
Londres, Whitfield Fine Art
Photo : Whitfield Fine Art

5. Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770)
Portrait de femme en Flore
Huile sur toile - 88,3 x 69,9 cm
Londres, Jean-Luc Baroni
Photo : Galerie Jean-Luc Baroni
Parmi les tableaux exposés, au moins quinze ou vingt seraient intéressants pour le Louvre, parfois dus à des artistes qui n’y sont pas représentés. On pourrait citer pour la peinture anglaise, l’un des rares domaines hors la France où le Louvre achète encore beaucoup et bien [3], l’extravagant James Ward représentant L’Ignorance, l’Envie et la Jalousie chez French qui l’exposait déjà l’année dernière. Pour la peinture italienne du XVIIe siècle, dont sauf erreur le dernier achat date de 2003 (voir brève du 16/5/03), on ne compte pas les toiles qu’on aimerait voir rejoindre Paris. Les peintures nordique du Siècle d’Or sont un autre secteur du Louvre sinistré pour les acquisitions. A Maastricht, on pourra en voir également beaucoup de très grande qualité. On ne donnera qu’un exemple, Jacques des Rousseaux, un peintre hollandais très proche de Lievens : son Apôtre proposé par Clovis Whitfield (ill. 4) est un véritable chef-d’œuvre.
Parmi les objets très importants, on citera le Baptême du Christ de Nicolas Poussin, toujours chez Dickinson, l’un des plus beaux stands de la foire, et l’exceptionnel Portrait de femme en Flore de Giovanni Battista Tiepolo (ill. 5), passé en vente chez Christie’s Londres en décembre 2008 et subtilement restauré qu’expose la galerie Jean-Luc Baroni (encore une pièce maîtresse sortie de notre pays sans que les musées ne puissent rien faire).

7. François-Joseph Kinson (1770-1839)
Portrait d’une jeune aristocrate
assise avec ses deux enfants, vers 1804
Huile sur toile - 146 x 114 cm
Paris, Galerie Coatalem
Photo : Galerie Coatalem

6. Agostino Tassi (1578-1644)
Loth et ses filles fuyant Sodome
Huile sur toile - 78 x 117 cm
Paris, Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso
Il faut signaler, pour les amateurs qui n’auraient pu se rendre à Rome pour la rétrospective Agostino Tassi de 2008, la petite exposition monographique que constitue, Galerie Canesso, l’accrochage de sept tableaux de ce peintre. Nous reproduisons ici Loth et ses filles fuyant Sodome (ill. 6) à l’illustre provenance Barberini.

8. Agostino Melissi (1616 ?-1683)
Pietà, 1647
Huile sur toile - 93 x 156 cm
Paris, galerie G. Sarti
Photo : Galerie G. Sarti

9. Jean-François Raffaëlli (1850-1924)
Environs de Lyon, 1873
Huile sur panneau - 16 x 22 cm
Londres, Stair Sainty
Photo : Stair Sainty
Les artistes très connus ne sont pas le seuls à peindre des chefs-d’œuvre. On peut aussi signaler quelques tableaux remarquables d’artistes moins célèbres voire totalement ignorés. Jacques des Rousseaux entre dans cette catégorie. Chez Eric Coatalem, plutôt que de nous attarder sur le Jean-Baptiste Oudry, l’un des plus fameux tableaux de ce peintre, ou sur la ravissante Visitation inédite de Laurent de la Hyre (deux toiles vendues dès l’ouverture du salon), nous signalerons le très beau portrait de famille du belge François-Joseph Kinson (ill. 7) qui fut le peintre de Joseph Bonaparte à Cassel.

10. Jean Grandjean (1752-1781)
Etude d’homme, 1780
Huile sur toile - 49,5 x 40 cm
Amsterdam, Schlichte Bergen
Photo : Didier Rykner

11. Attribué à Francesco Mochi (1580-1654)
et Giuseppe Antonio Torricelli (1662-1719)
Florence, XVIIe siècle
Autel en ébène et pierres dures
138 x 136 cm
Milan, Altomani & Sons
Photo : Altomani & Sons
Chez G. Sarti, on mettra en avant la Pietà du peintre florentin Agostino Melissi (ill. 8), tableau très émouvant à la belle provenance Médicis. Chez Stair Sainty, on pourra s’attarder par exemple sur un tout petit Jean-François Raffaëlli (ill. 9) qui prouve une nouvelle fois que ce peintre, qui exposa avec les Impressionnistes, est certainement encore sous-estimé, ou chez Schlichte Bergen sur un Portrait d’homme d’un artiste hollandais portant un nom français [4], descendant probable d’un huguenot émigré, Jean Grandjean (ill. 10). A peu près totalement inconnu, mort jeune, il a fréquenté l’Académie de France à Rome à l’époque où David y était pensionnaire.

12. Giovanni Antonio Fornari (actif de 1760 à 1791)
Bénitier
Argent, lapis lazuli, bronze doré, cuivre, bronze - 82 x 50
Paris, galerie Kugel
Photo : Galerie Kugel

13. Valentin Brousch (1514-1541)
La Création du Monde et l’Expulsion du Paradis, vers 1531-1533
Vitrail - 289,5 x 76,2 cm
Londres, Sam Fogg
Photo : Galerie Sam Fogg
Pour les sculptures, nettement moins nombreuses que les peintures, on ne peut ignorer le stand de Daniel Katz. On y verra notamment deux marbres baroques italiens de Giuseppe Piamontini passés l’année dernière en vente à Drouot et dont on pourra, une nouvelle fois, regretter qu’ils n’aient pu être acquis par le Louvre. On signalera également deux objets baroques sortant de l’ordinaire. Le premier, appartenant à la galerie italienne Altomani & Sons, est un petit autel en ébène et pierres dures, composé à la fin du XVIIe siècle ; les sculptures sont d’époques différentes, les reliefs latéraux étant attribués à Francesco Mochi et le Crucifix à Giuseppe Antonio Torricelli (ill. 11). Le second est un bénitier portatif en argent et bronze doré signé de l’orfèvre Giovanni Antonio Fornari, qui possède encore son écrin en cuir, présenté par la galerie Kugel (ill. 12).
On conclura cet article par une grande verrière, sortie de France au début du XXe siècle et provenant de l’église Saint Firmin de Flavigny sur Moselle en Lorraine (ill. 13). Trois autres vitraux, de plus petite taille et de même provenance, sont conservés au Metropolitan Museum. Cette œuvre, présentée par la galerie Sam Fogg, mériterait de pouvoir bénéficier de la loi sur les trésors nationaux conservés à l’étranger afin qu’un mécène puisse l’acquérir pour un musée français ; pourquoi pas le Musée de la Renaissance à Ecouen ? Compte tenu de son extraordinaire qualité, le prix de 4 millions d’euros ne semble pas exorbitant.
