Une Foire de Maastricht de très bonne tenue


1. Nicolas Mignard (1606-1668)
L’Enlèvement de Proserpine, 1651
Huile sur toile - 116 x 141 cm
Galleria Silvano & Lodi
Photo : Galleria Silvano & Lodi

14/3/09 – Marché de l’Art – La Foire de Maastricht a ouvert ses portes jeudi. Une demi-journée est malheureusement insuffisante pour en avoir une vision complète, même en se limitant au champ couvert par La Tribune de l’Art. Nous ne ferons donc ici qu’évoquer ce que l’on peut voir dans cette édition 2009.
Les affaires seront-elles bonnes dans les conditions économiques actuelles ? Le très haut niveau de qualité de cette foire laisse penser que les acheteurs devraient répondre présents. Après la vente Bergé, et avant le Salon du Dessin, elle constitue un test que tout le monde attend avec intérêt.

La Fondation de l’Ordre de la Merci, un imposant tableau de Francesco Zurbaran proposé par Eric Coatalem, constitue sans aucun doute le point d’orgue incontestable de cette TEFAF dans le domaine de la peinture ancienne. Un chef-d’œuvre et une vraie révélation dont tout le monde parle mais pour laquelle nous n’avons malheureusement pas de photographie. Le stand de ce marchand est d’ailleurs, même si l’on exclue ce tableau, un des plus intéressants, avec notamment deux grandes toiles inédites d’Isaac Moillon et de Charles Le Brun.
La peinture française du XVIIe siècle est bien représentée, comme d’habitude. On voit ainsi une belle Conversion de saint Paul de Sébastien Bourdon chez John Mitchell [1] et un Enlèvement de Proserpine de Nicolas Mignard à la Galleria Silvano Lodi (ill. 1).

2. Hendrick Ter Brugghen (1588-1629)
L’Annonciation, vers 1624
Huile sur toile - 104 x 84 cm
Whitfield Fine Art Ltd
Photo : Whitfield Fine Art Ltd



Une Annonciation de Ter Brugghen, dérangeante comme peuvent l’être les œuvres de ce peintre, est exposée par Clovis Whitfield (ill. 2), tandis que Matthiesen propose un stand entièrement dédié à la Florence du XVIIe siècle, dont Les saisons, quatre tableaux peints par Lorenzo Lippi (L’Eté), Jacop Vignali (L’Automne et L’Hiver) et Giovanni Battista Vanni (Le Printemps). L’école florentine est d’ailleurs très bien représentée à Maastricht cette année, de nombreux stands proposant des œuvres de Carlo Dolci ou de Simone Pignoni ; on verra un Cecco Bravo chez Canesso (où l’on remarque aussi deux très beaux Magnasco).


3. Vincent Van Gogh (1853-1890)
Le Parc de l’Hôpital Saint-Paul, 1889
Huile sur toile - 64,5 x 49 cm
Dickinson
Photo : Dickinson

En quelques années sont passées en vente, notamment à l’Hôtel Drouot, au moins deux versions du même tableau par Guido Reni, représentant La Vierge cousant. Elles sont aujourd’hui en vente à Maastricht à quelques mètres de distance, l’une chez Agnew’s, l’autre chez Dickinson. La première est accompagnée de quatre anges, la seconde de trois, mais toutes deux sont peintes sur cuivre et de dimensions sensiblement semblables (environ 25 x 20 cm). Chez Dickinson, accroché au même endroit que l’année dernière, on pourra à nouveau voir un Van Gogh, mais nettement plus beau (ill. 3).
Pour les historiens de l’art, il est toujours passionnant de découvrir des tableaux remarquables par des artistes à peu près inconnus. C’est le cas, par exemple, à la galerie espagnole Caylus qui montre, à côté d’un vrai Ribera, un Martyre de saint Barthélémy qui passa longtemps pour une œuvre de ce peintre et dont l’auteur est en réalité un nommé Pasquale Chiesa, gênois actif à Rome vers 1645-1651.

4. Giovanni Domenico Tiepolo (1727-1804)
Portrait de philosophe au bonnet rouge
Huile sur toile - 60,5 x 51 cm
Åmells
Photo : Åmells



On ne citera que quelques tableaux des XVIIIe et XIXe siècles. Chez Aaron, un tableau de François-André Vincent, le Martyre de saint Barthélémy, prouve une fois encore que cet artiste est fort difficile à reconnaître, puisqu’il peint dans des styles toujours différents. Il s’agist ici d’une copie d’après Mattia Preti qui évoque plutôt Venise au XVIIIe siècle.
A propos de Venise, on remarquera chez Åmells un étonnant Portrait de philosophe au chapeau rouge chez Giovanni Domenico Tiepolo (ill. 4), la tête baissée, ce qui en fait une image étonnante. Chez Jean-François Heim, on pourra apprécier notamment un joli petit panneau de Gustave Moreau (ill. 5), et chez Richard Feigen un triple portrait d’enfants (ill. 6) d’Ary Scheffer. La peinture anglaise, dans le genre fantastique de la suite de Blake ou de Füssli, est représentée par un fascinant tableau de Richard Ward, chez French & Co, représentant L’Ignorance, l’Envie et la Jalousie, signé et daté de 1837.


5. Gustave Moreau (1826-1898)
Hercule et les oiseaux du lac Stymphale, vers 1872
Huile sur panneau - 18 x 29 cm
Galerie Jean-François Heim
Photo : Galerie Jean-François Heim

6. Ary Scheffer (1795-1858)
Portrait de René, Cécile et Louise Franchomme, vers 1855
Huile sur panneau - 75,5 x 62 cm
Richard L. Feigen & Co
Photo : Richard L. Feigen & Co


7. Henri Martin (1860-1943)
Idylle champêtre à l’étang de Thau, 1932
Huile sur toile - 198,1 x 339,6 cm
Richard Green
Photo : Christie’s

Concluons sur une note particulièrement désolante : un des panneaux d’Henri Martin du cycle dépecé l’année dernière par la Chambre de Commerce de Béziers (voir l’article) se retrouve chez Richard Green, pour la somme colossale de 1,2 millions d’euros. Voici la preuve définitive, pour les plus ignares qui ne comprennent que la valeur de l’argent, qu’Henri Martin est un peintre important et que le Ministère de la Culture a commis une faute grave en n’interdisant pas ce vandalisme, ce qu’elle avait toutes les possibilités de faire.

English version


Didier Rykner, samedi 14 mars 2009


Notes

[1] Passé en vente chez Christie’s en décembre, la fissure qui traversait ce panneau de part en part a été remarquablement restaurée.



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