Une exposition de préfiguration de la Chancellerie d’Orléans


16/9/15 - Patrimoine - Chancellerie d’Orléans - Plus de quatre ans après la signature, entre le ministère de la Culture et le World Monument Fund, d’une convention pour le remontage des décors de la Chancellerie d’Orléans dans l’hôtel de Rohan-Strasbourg, les travaux vont enfin commencer. Cela peut paraître long, mais ce n’est finalement rien après le siècle ou presque qui s’est écoulé depuis la destruction par la Banque de France en 1923. Nous avions rappelé cette histoire triste et édifiante dans une brève du 14/7/11.


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1. Pièce du rez-de-chaussée de
l’hôtel de Rohan-Strasbourg où
sera remontée le grand Salon
État actuel
Photo : Didier Rykner

Pour marquer cette nouvelle étape, les Archives nationales présentent à l’hôtel de Soubise, dans la salle des Gardes, une exposition petite mais à ne pas manquer où sont montrés quelques éléments de ce décor, certains ayant déjà fait l’objet d’une restauration. Cette présentation est courte (puisqu’elle se terminera dans quatre jours, le 20 septembre), mais une partie des œuvres sera encore à nouveau montrée dans une pièce adjacente, la salle d’Assemblée. Ceux qui ne pourront pas s’y rendre d’ici dimanche auront donc l’occasion de se rattraper ensuite, l’inauguration des décors remontés étant prévue dans un peu moins de trois ans, au premier semestre 2018.


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2. Louis Jean-Jacques Durameau (1733-1796)
Le Lever de l’Aurore, fragment de décor pour la
Chambre à coucher de la Chancellerie d’Orléans, 1769
Huile sur plâtre
Photo : Didier Rykner
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3. Augustin Pajou (1730-1809)
L’Air ou Borée enlevant Orythie, 1767
Plâtre stuqué et doré
Décor du grand Salon de la Chancellerie d’Orléans
Photo : Didier Rykner

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4. Augustin Pajou (1730-1809)
Groupe de Putti pour la Salle à Manger
de la Chancellerie d’Orléans
Plâtre doré
Photo : Didier Rykner

Quatre pièces sont concernées. Fort heureusement, la disposition du rez-de-chaussée de l’hôtel de Rohan-Strasbourg, qui ne conserve plus aucun décor (à la différence du premier étage), permettra de reconstituer l’intérieur de la Chancellerie d’Orléans sans que cela touche de manière significative l’architecture. La seule difficulté tenait à une différence de 67 cm entre la hauteur du grand Salon de l’hôtel Voyer d’Argenson1 et la pièce de l’hôtel de Rohan-Strasbourg dans laquelle ses décors seront réinstallés. 37 cm ont pu être gagnés en épaisseur en assemblant le plafond d’Antoine Coypel sur une coque de métal fine. Il reste donc 30 cm qui devront être creusés dans le sol, ce qui occasionnera, de l’intérieur, une différence de niveau équivalente à une marche. Ce compromis, compte-tenu de l’absence totale de décor subsistant au rez-de-chaussée de l’hôtel de Rohan-Strasbourg (ill. 1) et de l’intérêt de l’opération, a été validé par la Commission nationale des monuments historiques.
L’ordonnancement d’origine ne pourra pas être entièrement respecté : la succession des pièces sera différente, et l’antichambre sera remontée dans un espace lui même remodelé dans les années 30, dont les dimensions ne correspondent pas. On sera donc, pour cette pièce, plus proche d’une « period room ». Tout cela n’est pas très gênant et le projet nous paraît dans l’ensemble excellent.


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5. France, vers 1767
Masque féminin, casque
Élément de décor du grand Salon de la Chancellerie d’Orléans
Plâtre doré
Photo : Didier Rykner
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6. Cour des Chevaux du Soleil
Relief de Robert Le Lorrain
État actuel
Photo : Didier Rykner

Si aucun fragment du plafond d’Antoine Coypel pour le grand Salon n’a pu être montré dans cette exposition (leur taille est trop importante), on peut y voir deux morceaux de celui de Louis Jean-Jacques Durameau (ill. 2) pour la chambre à coucher, et dans sa totalité celui de l’antichambre2 qui hélas ne sera visible que jusqu’au 20 septembre.
On peut également admirer quatre dessus-de-portes d’Augustin Pajou (ill. 3) qui avaient été déposés au Louvre après la rétrospective consacrée à cet artiste, mais aussi des éléments sculptés par lui (ill. 4) qui n’avaient jamais été montrés depuis la démolition de l’hôtel. Signalons une très belle porte qui vient d’être restaurée, et d’autres éléments sculptés d’une qualité remarquable (ill. 5). Nul doute que l’inauguration de ces décors restaurés et réinstallés constituera un événement majeur pour l’histoire de l’art et le patrimoine français. Espérons qu’à cette occasion la cour d’honneur de l’hôtel de Rohan-Strasbourg et la cour des chevaux du Soleil de Robert Le Lorrain (ill. 6), mal restaurées il y a plusieurs décennies, auront pu aussi être rénovées. Le financement de ces travaux n’est pour l’instant pas assuré : nous pourrions suggérer ce mécénat à la Banque de France. Celle-ci, qui a détruit la Chancellerie d’Orléans et jeté les pierres alors qu’elle s’était engagée à le reconstruire entièrement à ses frais, a encore beaucoup à se faire pardonner, même s’il faut se réjouir que ses dirigeants actuels aient soutenu sans faillir le projet en cours.


Didier Rykner, mercredi 16 septembre 2015


Notes

1La Chancellerie d’Orléans est également connue sous ce nom.

2Il est dû à trois peintres : Gabriel Briard, Jean-Baptiste Guilliet et Pierre-Hyacinthe Deleuze.





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