Une Vue de Pirma par Bellotto (1722-1780) en dépôt au Louvre


4/9/04 – Dépôt - Paris, Louvre - En 1961, le Musée du Louvre et le Musée national de Varsovie procédaient à un échange à long terme : quelques dizaines d’objets de fouilles égyptiens et grecs partaient en Pologne alors que Paris recevait Le Christ chassant les marchands du Temple de Bernardo Bellotto et une scène de bataille de Piotr Michalowski. Cet accord a été renégocié en avril dernier ; le Louvre a rendu les deux tableaux et obtenu le dépôt d’une très belle Vue de Pirna1, depuis la forteresse, avec l’Elbe en contrebas, qui représentera désormais Bellotto dans les salles de peintures italiennes2. Ce choix est judicieux car Le Christ et les marchands], malgré ses qualités picturales, était une exception dans l’œuvre du peintre vénitien, pas du tout représentative de ses talents de paysagiste.

Formé dans l’atelier de son oncle Antonio Canaletto, Bernardo Bellotto s’est émancipé peu à peu en séjournant à Vérone, en Lombardie et à Rome. De 1747 à 1758, il vécut à Dresde au service de Frédéric-Auguste II. Il y peignit ses vues les plus célèbres, de la ville et ses environs, caractérisées par un hyperréalisme des détails et une lumière froide bleu-gris. Entre 1753 et 1756, il travailla à plusieurs représentations du faubourg de Pirna. Pour chaque composition, Bellotto exécutait une toile de grand format pour son mécène (environ 135 x 230/240 cm)3, une autre version de dimensions semblables pour le comte Brühl4 et plusieurs répliques réduites (environ 45/45 x 80 cm). Concernant la Vue de Pirna prise depuis le château de Sonnenstein, la première version, datée de 1753/1755, est à la Gemäldegalerie de Dresde ; l’autre grande répétition est au Musée Pouchkine à Moscou, et plusieurs petites répliques sont connues, une au Museum of fine Arts de Sprinfield (Massachusetts) et celle maintenant au Louvre, datée vers 1759/605.
A la fin de sa vie, Bellotto s’installa à Varsovie (car l’électeur de Saxe régnait également sur la Pologne sous le nom d’Auguste III) où il réalisa plusieurs grandes vedute de la ville6. Dix-huit d’entre-elles seront exposées au Louvre du 7 octobre 2004 au 10 janvier 2005, dans le cadre de l’année de la Pologne. Les toiles si précises de Bellotto ont servi de documents indispensables, après-guerre, pour la reconstruction de Dresde et de Varsovie.


Michel de Piles, samedi 4 septembre 2004


Notes

1. Huile sur toile, 55,5 x 75,5 cm. Ettore Camesasca, L’Opera completa del Bellotto, Milano, Rizzoli, 1974, n° 133. Le tableau est accroché salle 23, dans la salle dite « des fêtes vénitiennes », mais qui n’en a que le nom tant les murs sont tristes (qu’on pense aux velours et brocards des murs des salles équivalentes à la National Gallery de Londres).

2. Absence due au fait que les collectionneurs français ont toujours préféré Guardi à Canaletto et Bellotto, artistes dont de toute façon les prix étaient bien au-dessus de leurs moyens. C’est souvent par hasard, ou entrés sous une mauvaise attribution, que quelques musées français possède des Bellotto (Lyon, Musée des Beaux-Arts ; Paris, Musée des Arts Décoratifs ; chef-d’œuvre à Troyes, Musée des Beaux-Arts, Dresde en ruines).

3. Conservée aujourd’hui à la Gemäldegalerie de Dresde.

4. Cette série acquise par Catherine II est partagée entre Saint Petersbourg (Ermitage) et Moscou (Musée Pouchkine).

5. Cette réplique appartenait vers 1820 au prince Kaunitz à Vienne, puis en collection privée à Cracovie, avant d’entrer au Musée national en 1945. Elle ne provient pas de la spectaculaire série des collections princières du XVIIIe siècle, ce qui explique pourquoi Varsovie peut s’en démunir. Le retour du Christ chassant les marchands, qui vient des collections historiques, est aussi heureux puisque cela permet de le réunir à son pendant.

6. A la différence des vues de Dresde, il n’existe généralement qu’un seul original des vues de Varsovie et pas de réplique.



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