
1. Paul Delaroche (1797-1856)
Etude de tête de Christ
(Portrait d’Eugène Buttura), vers 1834
Huile sur toile - 38 x 27 cm
Edimbourg, National Gallery of Scotland
Photo : National Gallery of Scotland
5/9/07– Acquisition – Edimbourg, National Gallery of Scotland – La National Gallery of Scotland vient de faire l’acquisition d’une Tête de Christ par Paul Delaroche (ill. 1) qui serait préparatoire au décor de l’église de La Madeleine à Paris. Le musée écossais a identifié le modèle, peut-être sur la foi d’une inscription, avec le paysagiste Eugène Buttura [Note du 10 septembre 2007 : Michael Clarke, directeur de la National Gallery of Scotland, que nous n’avions pu joindre avant d’écrire cette brève, nous a confirmé très aimablement aujourd’hui que la peinture porte une inscription sur le chassis : « Tête d’Eugène Buttura, pour servir de modèle à une tête de Christ par Paul Delaroche ». Elle a été acquise auprès de la galerie Elstir, à Paris]. Faire poser des proches, famille ou amis, pour de grandes compositions était une pratique fréquente au XIXe siècle. On songe, par exemple, à Hippolyte Flandrin dans sa théorie de saints de l’église Saint-Vincent-de-Paul.
Eugène-Ferdinand Buttura (1812-1852), avait été l’élève de Jean-Victor Bertin avant d’apprendre à peindre les figures dans l’atelier de Paul Delaroche [1]. On connaît un portrait gravé de Delaroche par Buttura, et un autre de Buttura par Delaroche (ill. 2).
Le projet inabouti de ce dernier pour La Madeleine est aujourd’hui bien documenté, notamment grâce à la réapparition de plusieurs études peintes [2]. Si la peinture acquise par Edimbourg devait effectivement être utilisée pour ce décor, elle préparait probablement la tête du Christ dans la Conversion de la Madeleine dont une esquisse est conservée à la Wallace Collection. Il s’agit en effet de la seule scène où l’attitude de Jésus corresponde à un tel profil.
En admettant qu’il s’agisse bien d’une étude pour l’église parisienne, elle daterait des environs de 1834, et Buttura aurait alors 22 ans ce qui est cohérent avec l’âge apparent du modèle. Ayant obtenu le Prix de Rome en 1837, il fut portraituré également par Jean Murat lors de son séjour dans la Ville éternelle (Rome, Villa Médicis) [3]. Si la physionomie farouche de ce dernier portrait correspond bien à celle qu’on voit sur la gravure dessinée d’après Delaroche (ill. 2), il faut reconnaître que la ressemblance avec le personnage du tableau acquis par la National Gallery of Scotland n’est pas frappante, même s’il est toujours difficile de comparer des portraits, surtout lorsque l’un est de profil, et l’autre de face.
La National Gallery of Scotland se distingue depuis une vingtaine d’années en achetant régulièrement des tableaux d’histoire français du XIXe siècle, de Fabre à Guillaume Dubufe (voir brève du 25/6/04). Delaroche a illustré à maintes reprises des épisodes de l’histoire britannique. Ce pays, et particulièrement les institutions londoniennes, lui ont bien rendu cet intérêt en collectionnant ses œuvres. Il sera désormais également présent dans le musée écossais, la seconde pinacothèque de Grande-Bretagne.

