Une aiguière du XVIe siècle pour le Metropolitan


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Aiguière
Portugal, vers 1530-1550
Vermeil - 45,5 x 29 cm. D. du pied : 14 cm
New York, the Metropolitan Museum
Photo : Galerie Kugel

6/2/14 - Acquisition - New York, The Metropolitan Museum - En guise de bec verseur, une créature fantastique dotée d’une tête d’homme et d’un buste de femme ailée qui repose sur un masque d’homme moustachu à la bouche grande ouverte. L’anse prend la forme d’un être hybride au corps de serpent terminé par une patte de rapace, tandis que sa tête d’oiseau-dragon saisit une lanière dans son bec qui pourrait bien être une trompe...
Le Metropolitan a acheté auprès de la galerie parisienne J. Kugel une aiguière en vermeil du début du XVIe siècle. Passée en vente chez Sotheby’s à Londres le 4 juillet 2012, elle était alors présentée comme une production espagnole ou italienne. Les Kugel proposent d’y voir plutôt un travail portugais, bien qu’on ne connaisse pas le contexte de sa commande, ni l’artisan ni le destinataire. On sait en revanche qu’elle a été un temps conservée au couvent São Vicente de Lisbonne où furent rassemblées nombre d’œuvres après la dissolution des ordres religieux en 1834. Les initiales couronnées de DF pour Dom Fernando, gravées sous le pied, indiquent qu’elle a ensuite appartenu au roi du Portugal Ferdinand II (règne 1837-1853), elle est d’ailleurs signalée dans son inventaire après-décès au Palacio de Necesidades de Lisbonne.

Le Museu Nacional de Arte Antiga conserve une salière (ou une pyxide) en vermeil, très proche stylistiquement de l’aiguière du Metropolitan : on retrouve la même panse ovoïde ornée de femmes de profil dans des médaillons, et, sur le pied, les mêmes feuilles gravées et appliquées ainsi que le motif du sabot. Ces deux pièces ont probablement été produites dans le même atelier sinon pour la même commande.


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Détail de l’aiguière
New York, the Metropolitan Museum
Photo : Galerie Kugel
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Détail de l’aiguière
New York, the Metropolitan Musuem
Photo : Galerie Kugel

On peut en outre rapprocher cette œuvre de quatre aiguières, de fabrication portugaise de la première moitié du XVIe siècle, visibles au Palacio Nacional de Ajuda ; certaines se trouvaient elles aussi dans le Cabinet de travail du roi Ferdinand II au Palacio das Necessidades.
Certes leur forme diffère de celle de l’aiguière du Metropolitan et leurs décors sont plus abondants, rappelant l’exubérance du style manuélin1, mais ils déclinent des motifs comparables : créatures mi-hommes mi-bêtes et dragons se mêlent à des éléments renaissants : masques, putti, grotesques... L’une d’elles est presque entièrement recouverte de végétaux enroulés, et de feuilles de chardons sur son col, tandis que des êtres hybrides habitent son couvercle, sa hanse et son bec. Les trois autres arborent un décor tout aussi couvrant, mais historié et ordonné en trois ou quatre registres. La première a en guise de proue, à la base de son bec, un torse de femme au visage masculin, le reste de son corps est animé de figures mythologiques que toise un dragon sur la hanse. La deuxième comporte des médaillons sur sa partie centrale, dominés sur le bec et l’anse par une chimère et un serpent. La troisième, plus sobre, essentiellement dans un style Renaissance, est animée d’un masque au pied du bec. Ces aiguières sont d’autant plus précieuses qu’elles sont rares, elles sont parfois associés à de grands plats d’apparat tout aussi fastueux.

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Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 6 février 2014


Notes

1Du roi Manuel Ier qui régna de 1495 à 1521.





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