Un vase de Gallé à l’origine d’une controverse avec l’Ermitage


Emile Gallé (1846-1904)
Urne aux orchidées(Phalaenopsis), détail
Etat après la fêlure apparue le 22 juillet 2009
Cristal à double couche
Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage
Photo : Musée départemental Georges de La Tour

13/8/09 – Accident – Vic-sur-Seille, Musée départemental Georges de La Tour L’Urne aux orchidées (Phalaenopsis) d’Emile Gallé, faisant partie d’une paire offerte par la Ville de Paris à la tsarine Alexandra Fjodorowna en 1896 et appartenant au Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, est à l’origine d’une vive controverse. Actuellement présenté au Musée départemental de Vic-sur-Seille dans la rétrospective consacrée à cet artiste (voir article), ce vase a en effet subi une fêlure dans la vitrine où il était exposé (ill.). Cet accident a été constaté le 22 juillet. Selon une dépêche de l’AFP datée d’aujourd’hui et largement reprise par la presse, le musée russe « est très étonné par l’attitude de la partie française qui a préféré en informer la presse avant le musée de l’Ermitage. Cette attitude met en question la réalisation de plusieurs projets programmés pour 2010, l’Année de la Russie en France ».

Gabriel Diss, conservateur en chef du musée, que nous avons contacté par téléphone, nous a donné les explications suivantes :

« Les œuvres de l’Ermitage sont arrivées deux jours après l’inauguration de l’exposition. Elles étaient accompagnées par Madame Elena Anisimova, spécialiste des verres à l’Ermitage, qui nous a alors expliqué que les deux vases avaient été démontés et nettoyés pour qu’ils soient en parfait état pour l’exposition. Nous n’avions d’ailleurs rien demandé de tel. Ces pièces ont été déballées par la société de transport et ont été manipulées seulement par elle, sous le contrôle de Madame Anisimova. Les vitrines, qui disposent d’un détecteur de choc qui n’a rien signalé, ont été scellées en sa présence et n’ont pas été ouvertes depuis. Nous avons respecté l’éclairage froid. et les relevés de température montrent que celle-ci n’a pas oscillé d’une amplitude supérieure à deux degrés (entre 18 et 22 degrés). »

Toujours d’après Gabriel Diss, lorsque l’incident a été découvert à 10 h 15 le 22 juillet à l’occasion d’une visite-conférence (et alors que le matin même, l’objet était intact), un mail a été envoyé à Madame Anisimova et un constat d’huissier a été diligenté. Puis, le lendemain 23 juillet, un courrier avec accusé-réception a été adressé à la direction de l’Ermitage, signé du directeur des affaires culturelles du Conseil Général de Moselle. Parallèlement, les assurances ont été informées.

Les accusations de l’Ermitage et les menaces de mettre en cause les prochaines expositions organisées notamment dans le cadre de l’année russe en France sont donc étonnantes. Lors de notre visite de l’exposition Gallé, nous avons pu constater à la fois que les œuvres en question se trouvaient dans des vitrines posées contre un mur et qu’elles étaient exposées dans des conditions tout à fait normales d’éclairage et de température. Par ailleurs, nous avons vu le mail envoyé à Madame Simova, qui date du 22 juillet à 19 h 06 et qui prouve que l’Ermitage a été informé immédiatement. On ne comprendrait pas que cet incident regrettable soit l’occasion d’une brouille de celui-ci avec les musées français, d’autant que l’accusation que porte ce musée de ne pas avoir été informé à temps se révèle fausse et que la responsabilité du musée Georges de La Tour dans les dégâts subis par cette œuvre est rien moins que prouvée.

Comment, alors, un vase a-t-il pu se fêler alors qu’il était conservé dans des conditions normales ? Pour le musée lorrain, l’incident vient probablement du démontage effectué par l’Ermitage avant l’exposition. La bague en argent qui cercle le col en cristal a pu exercer, après remontage, une pression un peu trop forte qui, à terme, lui a infligé la fêlure que l’on constate sur la photo. Le fait que celle-ci parte du col pour y revenir pourrait confirmer cette thèse.

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Didier Rykner, jeudi 13 août 2009



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