
1. William Bouguereau (1825-1905)
Le Combat des Centaures et des Lapithes, 1853
Huile sur toile - 124,5 x 174,3 cm
Richmond, Virginia Museum of Fine Arts
Photo : Virginia Museum of Fine Arts
29/5/09– Acquisition – Richmond, Virginia Museum of Fine Arts – William Bouguereau est l’un des peintres « académiques » français les plus connus et appréciés aux Etats-Unis. Il est aussi parmi ceux qui s’attirent les critiques les plus acerbes des partisans d’une histoire de l’art qui ne jurent que par la modernité.
Le Virginia Museum of Fine Arts de Richmond a acquis, à la fin de l’année dernière, auprès du cabinet Bréton-Blondeau, l’une des toiles les plus remarquables de l’artiste [1] (ill. 1). Il s’agit d’un tableau de jeunesse, un envoi de la Villa Médicis où Bouguereau séjournait après avoir gagné le Prix de Rome en 1850. On sait que chaque année les lauréats devaient réaliser une œuvre qui était exposée à Paris pour être jugée par l’Académie des Beaux-Arts. Les sujets étaient libres mais soumis à un programme. En 1853, Bouguereau présenta deux envois, ce qui était plutôt inhabituel. Il est vrai que, n’ayant obtenu qu’un second Grand Prix (le gagnant du Grand Prix était Paul Baudry), la séjour à Rome ne devait durer que trois ans au lieu des cinq ans règlementaires. Ces deux toiles étaient une copie [2] de la Galatée de Raphaël (œuvre dont il se souviendra lorsqu’il peindra en 1879 La Naissance de Vénus du Musée d’Orsay) et ce Combat des Centaures et des Lapithes que vient d’acheter le musée américain.

2. William Bouguereau (1825-1905)
Dante et Virgile aux Enfers, 1850
Huile sur toile - 281 x 225 cm
Collection particulière
Photo : Wikimedia Commons
Si Bouguereau est surtout connu pour ses scènes de genre doucereuses, parfois même un peu mièvres comme on en trouve dans de nombreux musées des Etats-Unis, qui lui valent cette réputation mitigée que nous évoquions au début de l’article, il ne faut pas négliger son autre manière, romantique et sombre, qu’il pratiqua dans plusieurs tableaux tout au long de sa vie. Dès 1848 avec Egalité où un ange couvre d’un drap le corps d’un homme mort, allégorie des événements révolutionnaires qui venaient de se dérouler, puis en 1850 avec un Dante et Virgile aux Enfers (ill. 2) admiré par Théophile Gautier, le peintre montrait son goût pour des sujets bien éloignés de La Cruche brisée de La Tricoteuse ou de Tentation. Les Remords d’Oreste (Norfolk, Chrysler Museum) en 1862 ou Premier deuil en 1888 (Buenos Aires, Museo Nacional de Bellas Artes) en 1888 montrent qu’il ne renonça jamais complètement à cette veine.
Ce Combat des Centaures et des Lapithes témoigne d’une étude attentive des anatomies, notamment pour le personnage du premier plan, que l’on retrouve dans la plupart des tableaux que nous venons de citer (ainsi l’ange d’Egalité présente-t-il ce même développement musculaire, rare chez une créature supposée asexuée). L’atmosphère de tempête et l’animation presque baroque de cette œuvre peut être rapprochée du romantisme tardif d’artistes tels que François Chifflart ou Gustave Doré.
