Un tableau de Paulus Bor pour les Offices


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Paulus Bor (vers 1601-1669)
Scène de sacrifice, vers 1635-1640
Huile sur toile - 87 x 66,7 cm
Florence, Galerie des Offices
Photo : Les Offices

15/6/15 - Acquisition - Florence, Galleria degli Uffizi - Une femme aux cheveux longs se tient debout, de profil, devant un autel décoré de lierre et d’un crâne de bélier. Elle est vêtue d’une robe fleurie - des tulipes ? -, porte sur son épaule une guirlande de feuillage et de fruits ou de fleurs, sur le front une couronne de feuilles également. Sur l’autel, un oiseau - une colombe ? - git sur un lit de branchages. À droite de la femme, face au spectateur, se tient un jeune homme au torse nu, couronné de lierre, qui souffle sur des braises avec l’aide d’un roseau, pour embraser le lit de la colombe.
Cette étrange scène de sacrifice peinte par Paulus Bor a été offerte aux Offices de Florence par la Société des Amis du Musée. Elle a été acquise tout récemment auprès de la Galleria Pasti Bencini qui l’avait exposée sur son stand lors de la Biennale internationale des antiquaires au Palazzo Corsini en 2011.

Le corpus de ce peintre néerlandais né à Amersfoort est restreint puisqu’il comporte moins de trente œuvres. On explique cette production réduite par l’aisance financière de Bor, qui n’avait pas besoin de peindre pour gagner sa vie et jouissait ainsi d’une certaine liberté. On sait peu de choses sur sa formation si ce n’est qu’il séjourna en Italie entre 1620 et 1626, à Rome surtout, où il fut l’un des membres fondateurs des Bentvueghels (récemment mis en valeur par l’exposition du Petit Palais) et prit le surnom d’Orlando. Influencé par Orazio Gentileschi, il fut l’une des figures du caravagisme utrechtois, tout en regardant les artistes rembranesques de Leyde et d’Amsterdam.

Cette peinture est représentative de son art, par son sujet érudit, ses figures monumentales, la douceur de leur modelé, leur traitement réaliste, les couleurs claires où le gris argenté domine, et son atmosphère poétique. La figure féminine, avec son visage plein, son menton rond, son cou très court, ses cheveux dénoués et son air rêveur, se retrouve dans d’autres œuvres de Paulus Bor : L’Allégorie présumée de la Logique au Musée des Beaux-arts de Rouen, La Désillusion de Médée au Metropolitan, ou encore Cydippe et la pomme au Rijksmusuem. Le musée d’Amsterdam conserve aussi Moïse sauvé des eaux , peint en collaboration avec Cornelis Vroom, dont le paysage est proche de celui qui apparait en arrière-plan de toile des Offices.
Cette scène de sacrifice était signalée dans une vente chez Christie’s le 5 juin 2013, mais elle n’a apparemment pas été vendue. Quoi qu’il en soit, la notice du catalogue proposait une interprétation du tableau que les Offices ne semblent pas avoir retenue : il pourrait faire allusion à un passage de L’Eunuque, pièce du poète latin Térence où il est écrit « Sine Cerere et Libero Friget Venus » (« Sans Cérès et Bacchus, Venus prend froid ») (IV : 732 ). Vénus étant la déesse de l’amour, Cérès celle de l’agriculture, et Bacchus le dieu du vin, cette locution célèbre fut simplifiée dans le langage populaire et devint « Sans pain ni vin, il n’y a pas d’amour ». Rubens, Goltzius, et Hans von Aachen, notamment, ont traité ce thème, prétexte à une certaine sensualité grâce à la possibilité de placer un nu au centre de leur composition.
Si c’est bien ce sujet qu’a choisi Paulus Bor, il en propose une interprétation peu conventionnelle et très littérale : Vénus serait incarnée par la colombe posée sur le brasier qu’allume Bacchus, tandis que Cérès serait cette femme parée de fleurs et de feuillages. Le réchauffement de Vénus devant un paysage verdoyant peut également évoquer l’émergence du printemps - et le réveil de l’amour -, après la froideur de l’hiver.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 15 juin 2015





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