Un tableau de Kirchner retourne à Dresde


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Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938)
Scène de rue chez le barbier, 1926
Huile sur toile - 120 x 100 cm
Dresde, Albertinum
Photo : SKD

23/1/15 - Acquisitions - Dresde, Staatliche Kunstsammlungen Dresden - Quand Kirchner s’installa à Davos, dans les Alpes suisses, en 1917, sa peinture changea radicalement, de sujets et de style : il ne puisa plus son inspiration dans la modernité des villes, mais représenta la vie paysanne ; il abandonna le dessin nerveux des années berlinoises pour des images plus sereines, composées de taches de couleurs plus claires, des formes planes et simplifiées. Mais en 1925-1926, il entreprit un voyage en Allemagne, retournant à Francfort, Dresde, Berlin, Chemnitz après plusieurs années d’absence. Puis de retour en Suisse, il peignit une série de scènes de rue à partir de ses souvenirs et des esquisses exécutées sur place ; c’était un thème qu’il avait travaillé dans les années 1913-1914 avec le succès que l’on sait.

L’une des neuf peintures de cette série tardive a été achetée par la SKD (Staatliche Kunstsammlungen Dresden) pour la Galerie Neue Meister de l’Albertinum. Elle était passée dans une vente de Christie’s le 4 février 2008 à Londres et acquise par la galerie Henze & Ketterer qui l’avait présentée à l’Art Cologne Fair. Son entrée dans les collections de l’Albertinum est d’autant plus intéressante qu’elle avait été achetée au peintre par la Ville de Dresde en 1926 et déposée à la Gemaldegalerie jusqu’en 1933, date à laquelle elle rejoignit « l’art dégénéré ». Elle fut confisquée en 1937, puis vendue en 1939 ou 1940.

Des passants devant la vitrine d’un coiffeur lorgnent des bustes de femmes alignés. Les hommes coiffés d’un chapeau melon, sont restés dans l’ombre ; ils ont le teint verdâtre et regardent ces mannequins plutôt que les passantes. Une femme, vêtue d’une robe orange, s’avance dans un halo lumineux, vers la vitrine, elle semble hypnotisée. Tous les personnages ont des airs de somnambules. Le peintre traduit ici la solitude des villes. Il n’y a plus la connotation sexuelle des peintures de 1914, ni la fièvre des foules dans des compositions distordues, anguleuses : les habitants de la villes sont ici plongés dans une léthargie.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, samedi 23 janvier 2016





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