Un tableau de Jan Victors acquis par un musée canadien


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Jan Victors (1619-1676)
Ruth et Naomi, 1653
Huile sur toile - 108,6 x 137,2 cm
Kingston, Agnes Etherington Art Centre
Photo : Sotheby’s

2/9/15 - Acquisition - Ontario, Kingston, Agnes Etherington Art Centre - Fuyant la famine, les époux Naomi et Elimélech quittèrent la Judée pour s’installer au pays de Moab. Or, Naomi perdit son mari, puis ses deux fils, et décida de retourner à Bethléem. Elle dit à ses belles-filles moabites, Orpa et Ruth, de rentrer chez leur mère. Orpa s’en alla, mais Ruth refusant de la laisser, l’accompagna dans son pays et se convertit au judaïsme : « Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu  ». L’histoire est tirée du Livre de Ruth dans l’Ancien Testament (Ruth 1 : 15-16). Elle offre un prétexte aux peintres pour jouer sur le contraste entre la vieillesse de Naomi et la jeunesse de Ruth, ou pour décrire deux attitudes différentes à travers les deux belles-filles : l’une reste, l’autre s’en va en pleurant.

L’Agnes Etherington Art Centre, au Canada, a récemment acquis une œuvre de Jan Victors, un peintre amstellodamois qui fut probablement l’élève de Rembrandt autour de 1640, avant de partir pour les Indes néerlandaises. Mis en dépôt par un collectionneur privé au Metropolitan Museum en 1985, passé en vente le 5 juin 2015 chez Sotheby’s à New York et adjugé 187 500 dollars (frais inclus), le tableau met en scène, dans des tons ocres, Ruth et Naomi présentées à mi-corps au premier plan, tandis que la silhouette minuscule d’Opra s’éloigne dans le paysage qui ouvre la composition à gauche. L’éloquence de leurs gestes traduit bien l’invitation lancée à Ruth de s’en aller, et l’insistance de celle-ci pour rester.
Le peintre a décrit d’autres épisodes de la vie de Ruth qui, à Bethléem, glane dans les champs et rencontre Boaz (ou Booz), qu’elle épouse et qui fera d’elle l’arrière-grand-mère de David. Un tableau conservé au Stadël de Francfort montre Boaz rachetant l’héritage d’Elimélech, dont Ruth fait partie, deux autres toiles le représentent partageant son repas avec la jeune femme, coiffée de ce même chapeau de paille bien particulier : le premier se trouve au Statens Museum for Kunst à Copenhague, le deuxième passé par la galerie Richard Feigen New York date de 1653 comme le tableau canadien.
Debra Miller, dans sa thèse de doctorat, propose de voir dans cette œuvre le pendant d’une autre peinture de Jan Victors, Esaü vendant son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles conservée au Muzeum Narodowe (Vasrovie). Les deux tableaux en effet, qui datent de 1653, ont des dimensions identiques et des compositions similaires, montrant l’un un duo masculin, l’autre un duo féminin, la rivalité fraternelle et l’amour filial, le thème commun étant la descendance d’Abraham.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 2 septembre 2015





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