Un tableau de Gillot Saint-Evre pour le Musée de la Vie romantique


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Gillot Saint-Evre (1791-1858)
Miranda fait une partie d’échecs avec Ferdinand,
qu’elle accuse, en plaisantant, de tricher
, 1822
Huile sur toile - 138 x 114,5 cm
Photo : Artcurial

17/4/16 - Acquisition - Paris, Musée de la Vie romantique - Qui sème la tempête récolte la paix, c’est un peu le sujet de l’une des dernières pièces de Shakespeare1. Le peintre troubadour Gillot Saint-Èvre s’en inspire dans un tableau préempté pour 18 2000 euros par le Musée de la Vie romantique lors de la vente Artcurial du 31 mars, et qu’on avait pu voir précédemment chez Alexis Bordes.

Prospero, duc de Milan, fut déchu par son propre frère, Antonio, avec la complicité du roi de Naples, Alonso. Il se réfugia avec sa fille, Miranda, sur une île où il acquit des pouvoirs de magicien. Il fit en sorte de provoquer une tempête qui fit échouer le bateau où se trouvaient Alonso, le fils de celui-ci, Fernando, ainsi qu’Antonio. Fernando fut séparé des autres, il rencontra la belle Miranda, et ce qui devait arriver arriva, les deux jeunes gens tombèrent amoureux. Finalement, Prospero guida le roi vers la grotte qu’il habitait et leur montra leurs enfants respectifs jouant joyeusement aux échecs. Le peintre choisit de montrer cet instant où Miranda accuse le prince de tricher au jeu. Elle plaisante bien sûr, c’est l’occasion pour eux d’échanger des mots doux. Finalement, le roi bénit le mariage et Prospero qui plaçait donc sa fille sur le trône de Naples se réconcilia avec Alsonso et avec son frère.

Le peintre peignit un pendant à ce tableau, montrant le début de l’aventure, Prospero duc de Milan exposé avec son enfant aux fureurs de la mer dans une vieille barque sans agrès. Les deux toiles furent exposées au Salon de 1822, c’était sa première participation et la scène du jeu d’échecs fut plus particulièrement saluée par la critique. Les quatre personnages sont disposés dans une mise en scène théâtrale : les deux jeunes gens sont assis au premier plan éclairés par la flamme rougeoyante d’une bougie, leurs pères se trouvent au second plan dans la pénombre, sous les rayons froids de la lune ; ils entrent dans la pièce comme il entreraient sur scène. Les deux sources de lumière différentes, le contrastes d’ombres et de lumières, participent au drame exprimé par les différentes expressions des visages, le sourire malicieux de Miranda, l’air énamouré de Ferdinand, la sévérité de Prospero, la stupéfaction d’Alonso.

Saint-Èvre exposa par la suite un Don Quichotte qui n’eut pas le même succès et délaissa les sujets littéraires au profit des personnages historiques tels que Jeanne d’Art ou Marie Stuart On avait pu voir certaines de ses œuvres dans l’exposition « L’invention du passé », consacrée à la peinture d’histoire « de genre » ou « anecdotique » pendant la première moitié du XIXe siècle (voir l’article).


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, dimanche 17 avril 2016


Notes

1William Skaespeare, The Tempest, vers 1610-1611





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