Un tableau de Gabriel von Max pour Rochester


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Gabriel von Max (1840-1915)
Le martyre de Ludmila, 1864
Huile sur toile - 90,4 x 100 cm
Rochester, The Memorial Art Galley of the University
Photo : Lawrence Steigrad Fine Arts

25/9/15 - Acquisition - Rochester (New York), Memorial Art Gallery of the University - Étranglée sur ordre de sa belle-fille, Ludmila rend son dernier souffle dans un tableau que Gabriel von Max peignit en 1864. Cette princesse sorabe épousa Bořivoj de Bohême en 874 et tous deux se convertirent au catholicisme. Mais plus tard, l’influence que Ludmila eut sur son fils Vratislav Ier, puis sur ses petit-fils Venceslas et Boleslav, contraria sa belle-fille Drahomira, princesse païenne qui, une fois veuve, s’empara de la Régence. En 921, elle envoya des Varègues au château-fort de Tetín assassiner sa belle-mère pendant que celle-ci priait dans son oratoire. Son châle, instrument de son supplice, est devenu l’attribut qui la distingue parmi les autres martyrs qu’elle a rejoints, bien qu’elle n’ait pas été réellement tuée pour sa foi.

Le peintre atténue la dimension religieuse en transposant la scène dans une chambre à coucher et en plaçant le livre de prières à gauche de la composition, dans la pénombre. Max ne respecte pas la vraisemblance historique du décor ni des costumes, mais il multiplie les effets de drapés qui donnent à la fois un sentiment de désordre et une impression théâtrale qui renforcent la violence suggérée de l’événement : la robe, blanche comme un linceul, le lit, le rideau pourpre… Il choisit de représenter l’instant d’agonie, lorsque Ludmila passe de vie à trépas, affaissée, inconsciente, la main encore crispée sur l’étoffe qui l’étouffe. Le traitement dramatique presque anecdotique qu’il fait de l’histoire, n’est pas sans rappeler l’art de Paul Delaroche auquel on l’a d’ailleurs comparé de son vivant.

La toile fut exposée à Boston, Dresde et Prague en 1865, puis en 1867 à la Kunstverein de Munich et à l’Exposition Universelle de Paris où elle fut saluée par la critique. Elle fut ensuite acquise en 1870 par William P. Wilstach, qui légua sa collection à la ville de Philadelphie en 1892. Mais en 1954, à une époque où l’art allemand était tombé en disgrâce aux Etats-Unis, plusieurs œuvres de la collection Wilstach furent vendues, notamment celle-ci, qui fut acquise par le peintre Walter Stuempfig.
Elle vient d’être achetée par The Memorial Art Galley de l’Université de Rochester à une galerie new-yorkaise, Lawrence Steigrad Fine Arts qui l’avait présentée sur son stand à la TEFAF.

Gabriel Max était le fils et le neveu de deux sculpteurs de Prague, Joseph Calanza Max et Emanuel Max à qui l’on doit d’ailleurs une statue de la sainte pour la cathédrale, dans une position similaire. Le peintre étudia à l’Académie des Beaux-Arts de Prague jusqu’en 1858, notamment auprès d’Eduard von Engerth, puis entra à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne et y resta jusqu’en 1861 avant de rejoindre l’Académie royale de Munich où il fut l’élève de Carl Theodor von Piloty. Il fut à la fois artiste, spirite et darwiniste, s’intéressant à la science et à l’histoire naturelle, l’ethnologie et l’ésotérisme. Il multiplia les représentations de singes avec succès, se passionna pour le spiritisme, et visita plusieurs fois la morgue pour étudier les cadavres.
De fait, ses toiles décrivent souvent des femmes entre la vie et la mort telles que La Martyre chrétienne (1865) qui fut exposée en même temps que Ludmila à Paris, La Fille de Jaïre ressuscitée par le Christ, ou bien L’Anatomiste (1869) et Julian Capulet (1874). La redécouverte de cette œuvre peinte lorsqu’il n’avait que 24 ans est donc importante : elle annonce toutes les autres.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 28 septembre 2015





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