
Louis Cretey (vers 1630-après 1702)
La Prophétesse Déborah exhortant Barak
à combattre les armées de Sisara
Huile sur toile - 104 x 139 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : D. R.
14/01/12 - Acquisition - Collections nationales - Un tableau de Louis Cretey (il provient de la collection de Michel Descours) a rejoint par dation les collections publiques françaises (ill.). Il a été affecté par le ministère de la Culture au au Musée du Louvre, qui ne conserve aujourd’hui aucune toile de cet artiste. Il est cependant question que le tableau soit déposé au musée des Beaux-Arts de Lyon, ville dont le peintre est originaire et qui lui avait consacré une exposition l’année dernière (voir l’article)1.
L’œuvre, proposée aux enchères par Chenu, Scrive et Bérard le 19 octobre 2003 et adjugée 78 000 €, alors intitulée Madeleine au tombeau du Christ, avait pour pendant La Christ et les pèlerins d’Emmaüs. Présentée ensuite dans l’exposition lyonnaise, elle fut prudemment intitulée Femme allongée conversant avec un soldat, car comme le soulignait le commissaire Aude Henry-Gobet, le personnage féminin n’a aucun des attributs de la Madeleine, ni cheveux épars, ni flacon de parfum, ni même un air éploré, mais affiche au contraire une sérénité toute alcyonienne. Quant à la présence de soldats, elle s’expliquerait davantage dans un sujet comme Enée et la Sibylle de Cumes, autre toile de Cretey. Finalement, Jean-Christophe Stuccilli a proposé d’y voir Deborah sous son palmier que vient consulter Barak ; le sujet est tiré de l’Ancien Testament, plus précisément du Livre des Juges : « A cette époque, Déborah, une prophétesse mariée à un certain Lappidoth, était juge en Israël. Elle siégeait sous le palmier de Déborah, entre Rama et Béthel, dans la région montagneuse d’Ephraïm, et les Israélites montaient vers elle pour être jugés. Elle fit appeler Barak, fils d’Abinoam, originaire de Kédesh-Nephthali, et elle lui dit : "L’Eternel, le Dieu d’Israël, t’a donné l’ordre suivant : Vas-y, prends la direction du mont Thabor en emmenant dix-mille hommes des tribus de Nephthali et de Zabulon. J’attirerai vers toi, au torrent du Kison, Sisera, le chef de l’armée de Jabin, avec ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains." Barak dit à Déborah : "Si tu viens avec moi, je partirai. Mais si tu ne viens pas avec moi, je ne partirai pas." Elle répondit : "J’irai donc avec toi, mais tu n’auras aucune gloire sur la voie où tu t’engages, car c’est entre les mains d’une femme que l’Eternel livrera Sisera. Déborah se leva et se rendit avec Barak à Kédesh" ».
On retrouve dans cette œuvre toutes les caractéristiques du style de Cretey, qui aime disposer ses personnages en une composition pyramidale dans laquelle l’un d’eux est couché, le pied à peine esquissé dépassant de sa tunique. Les effets de matières, les plis lourds et sculpturaux se retrouvent dans nombre de ses peintures tandis que les roches aux reflets multicolores et les lointains iridescents animant un paysage crépusculaire sont autant de leitmotivs. Les personnages au nez pointu et aux yeux fendus, appartiennent aussi à son univers. Enfin, Cretey choisit souvent des iconographies complexes ; le musée des Beaux-Arts conserve d’ailleurs un mystérieux tableau de lui, intitulé par défaut Bacchanale, représentant une femme allaitant un enfant difforme plutôt inquiétant.
