Un tableau de Courbet reparaît, légué au Canton du Jura


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Gustave Courbet (1819-1877)
Paysage du Jura, 1864/1872
Huile sur toile - 104 x 129 cm
Delémont, Musée Jurassien d’art et d’histoire
Photo : République et canton du Jura / Pierre Montavon
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30/8/17 - Acquisition - Delémont, Musée Jurassien d’art et d’histoire - Un tableau inédit de Gustave Courbet est désormais visible au Musée Jurassien d’art et d’histoire de Delémont. Signé et daté 1872, il représente un paysage du Jura composé d’une vallée rocheuse, au creux de laquelle s’écoule un cours d’eau. La présence humaine est suggérée par le petit pont de pierre qui l’enjambe et par les traces de charrette sur le chemin.

La toile ne figure pas dans le catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste. Elle appartenait à Hugo Berthold Saemann, décédé en 2015, qui l’a léguée au Canton du Jura, sans doute parce que sa famille est en partie originaire de Delémont ; son père y est né et son grand-père fut le directeur des usines Von Roll entre 1891 et 1914.
Malheureusement la provenance et l’historique de l’œuvre n’ont pu être retracés : on n’en trouve aucune mention précise dans les archives, ni dans la correspondance du peintre, ni dans les expositions auxquelles celui a participé ; il est en outre difficile de déterminer quand elle est entrée en possession de la famille Saemann. Aussi le canton a-t-il préféré se montrer prudent avant d’accepter le legs : il a non seulement commandé à l’Office de la culture un « rapport de recherches en authenticité et provenance » rédigé par l’historien de l’art Niklaus Manuel Güdel, mais également demandé un avis au Centre du droit de l’art de l’Université de Genève, afin de savoir si l’acceptation de ce legs était conforme aux exigences du code de déontologie du Conseil international des musées (ICOM). Cet avis de droit a été délivré par le professeur Marc-André Renold et le canton a finalement déposé le tableau au musée de Delémont le 25 août dernier.

La réflectographie infrarouge a révélé des déchirures de la toile réparées lors d’une restauration antérieure, au cours de laquelle la toile a en outre été marouflée sur un nouveau support.
Afin de confirmer l’authenticité de ce paysage, Niklaus Manuel Güdel l’a montré à plusieurs experts, plus particulièrement au professeur Klaus Herding qui confirme son attribution. L’étude de la signature, le format du tableau, la technique (notamment la peinture au couteau à certains endroits), les différentes couleurs « de terre » sont autant de critères favorables.
Selon Klaus Herding, le tableau aurait été peint non pas en 1872, comme le suggère la date inscrite à côté de la signature, mais commencé bien plus tôt, en 1864. Cette année-là en effet, Courbet séjourna longtemps à Ornans et se consacra au paysage. Plusieurs peintures de cette époque sont comparables à celle-ci, c’est le cas par exemple de La Vallée de la Loue près de Mouthiers-Haute-Pierre passée en vente chez Sotheby’s à New York en 2011. Niklaus Manuel Güdel précise qu’il existe plusieurs hypothèses quant à l’identité du paysage représenté : il cite Frédérique Thomas-Maurin, conservatrice du Musée Courbet à Ornans, qui évoque une vue du pont de Saint-Sulpice, près de Fleurier, dans le Jura neuchâtelois ; une hypothèse qui reste à approfondir.

Finalement, Courbet aurait non pas peint mais achevé ce tableau en 1872. Après l’affaire de la Colonne Vendôme et son emprisonnement, il exécuta de nombreux paysages dans l’espoir de les vendre rapidement et n’hésita pas à faire appel à de jeunes peintres tels que Cherubino Pata et Marcel Ordinaire pour l’aider. En 1873, il fut condamné à payer la reconstruction du monument, vit ses biens saisis, et s’exila en Suisse.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 30 août 2017





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