Un tableau de Claude-Guy Hallé redécouvert, restauré, et exposé au Petit Palais


2/10/14 - Découverte, restauration et exposition - Paris, église Saint-Augusin - Un grand tableau (ill. 1), sale et accroché très haut, se trouvait dans le presbytère de l’église Saint-Augustin à Paris. Une photo lui ayant été communiquée par la COARC (Conservation des œuvres d’art religieuses et civiles de la ville de Paris), Guillaume Kazerouni proposa d’y voir une œuvre de Claude-Guy Hallé, attribution confirmée par la spécialiste de l’artiste, Nicole Willk-Brocard et par l’existence d’un petit dessin (ill. 2) d’une composition assez proche conservé dans une collection particulière.


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1. Claude-Guy Hallé (1652-1736)
Le Festin de Balthazar
Huile sur toile - 223,5 x 199,5 cm
Paris, église Saint-Augustin
Photo : COARC
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2. Claude-Guy Hallé (1652-1736)
Le Festin de Balthazar
Plume, encre brune, lavis brun, rehauts de
gouache blanche sur papier bleu - 7,5 x 5,9 cm
Collection particulière
Photo : Paris-Musées/R. Chipault

Après avoir été restauré1 grâce à un mécénat de la Fondation familiale Frédéric de Sainte-Opportune qui a également offert le cadre qui lui manquait2, le tableau, qui représente Le Festin de Balthazar, est exposé jusqu’au 11 janvier 2015 au Petit Palais dans le cadre d’une exposition-dossier. Celle-ci, qui montre le dessin préparatoire accompagné de quelques autres œuvres de Claude-Guy Hallé, ne bénéficie malheureusement pas d’un vrai catalogue... Seule une petite plaquette, où la plupart des œuvres exposées ne sont pas reproduites, témoignera de cet événement pourtant très important pour la connaissance du peintre3.

Le sujet représenté a pu être précisé grâce à la restauration qui a permis de lire les inscriptions en hébreu apparaissant sur le mur : « Mené, Thécel, Pharès », soit « compté, pesé, divisé ». Le fils de Nabuchodonosor, roi de Babylone, festoie dans la vaisselle précieuse pillée par son père dans le temple de Jérusalem. Une main apparaît et trace ces mots sur le mur, qui signifient que Balthazar a été jugé par Dieu et que son royaume sera livré aux Mèdes et aux Perses. Il sera assassiné juste après et le Mède Darius lui succédera. Si cette iconographie est fréquente dans la peinture nordique au XVIIe siècle (l’exemple le plus fameux est le tableau de Rembrandt de la National Gallery), elle est rare en France, d’autant que Hallé représente ici le moment qui suit immédiatement l’apparition miraculeuse.
Claude-Guy Hallé fait partie d’une dynastie de peintres dont le premier fut Daniel, son père, et le dernier Noël, son fils. Nicole Willk-Brocard, qui a pris en charge le commissariat de cette exposition avec Maryline Assante di Panzillo et Marc Verdure, a publié en 1995 chez Arthéna la monographie de référence sur ces trois artistes4. On ne connaît pas l’historique ancien de cette peinture, sans doute une commande d’un ordre religieux (il travailla notamment à Paris pour les Mauristes), ni comment elle arriva dans cette église construite par Baltard.

Le Petit Palais compte ainsi régulièrement proposer, dans ses collections permanentes, de tels dossiers autour d’œuvres retrouvées, restaurées et/ou réattribuées. Il souhaite aussi profiter des opportunités pour exposer des tableaux provenant de musées actuellement en travaux. L’an dernier, il montrait ainsi plusieurs toiles de Hubert Robert appartenant au Musée de Valence. Il expose aujourd’hui sept peintures du Musée des Beaux-Arts de Nantes (actuellement en travaux) qui sont présentées en regard d’œuvres des collections parisiennes. Ainsi, L’Enfance de Pic de la Mirandole de Paul Delaroche est accroché à côté d’une nouvelle acquisition du Petit Palais le Portrait d’Horace Delaroche, par ce même artiste (brève à venir). On peut également voir, jusqu’au 11 janvier, le Portrait de Mme de Senonnes d’Ingres, sa copie en grisaille par James Tissot et sa réinterprétation par Sigmar Polke, La Ballade de Lénore d’Horace Vernet (confronté au Roi Lear de Louis Boulanger), un paysage de Corot, Démocrite et les Abdéritains montré à côté d’un autre Corot sorti des réserves du Petit Palais, et Le Prisonnier de Jean-Léon Gérôme avec un tableau néo-grec de Jean-Louis Hamon, La Tutelle, également exposé pour la première fois depuis longtemps.
D’autres œuvres sont ainsi progressivement montrées à nouveau comme un petit paysage de montagne de Gustave Doré ou une Tête de Christ d’Ary Scheffer.


Didier Rykner, jeudi 2 octobre 2014


Notes

1La restauration, effectuée par Vélia Dahan et Alix Laveau, a consisté à nettoyer l’œuvre, très empoussiérée, à enlever les repeints puis combler les lacunes.

2Signalons toutefois, si l’on en croit la convention signée par la Fondation avec la ville de Paris, que cette dernière avait financé la restauration du tableau en 2013, et que la Fondation a tenu en 2014 à la prendre à sa charge. Une opération généreuse, mais qui aboutit finalement à ce que cette fondation verse en 2014 un montant dépensé par la ville en 2013, celle-ci étant parfaitement libre aujourd’hui de consacrer ce budget à tout autre chose qu’à l’augmentation du budget de restauration pour 2014. Mais connaissant l’intérêt remarquable de la ville pour son patrimoine, il faudrait avoir mauvais esprit pour penser que cet argent offert par le mécénat sera utilisé à autre chose qu’une restauration...

3Contrairement à ce que nous avions écrit initialement par erreur, les dimensions du tableau figurent bien dans la petite plaquette. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour cette erreur.

4Nicole Willk-Brocard, Une dynastie, les Hallé : Daniel (1614-1675), Claude-Guy (1652-1736), Noël (1711-1781), Arthéna, 1995.





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