Un tableau d’Henri Decaisne acquis par Orléans


5/3/16 - Acquisition - Orléans, Musée des Beaux-Arts - Décidément, l’arrivée d’Olivia Voisin à la tête du Musée des Beaux-Arts d’Orléans a définitivement replacé celui-ci, qui depuis une dizaine d’années ne faisait plus grand-chose, dans la liste des musées français qui comptent. Il a en effet acheté la semaine dernière à Lille, lors d’une vente organisée par la SVV Mercier, un grand tableau de Salon présenté comme « école française, vers 1840-1850 » (ill. 1). Estimé 6 000/8 000 euros, il a été finalement adjugé et aussitôt préempté pour 9 000 euros sans les frais.


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1. Henri Decaisne (1799-1852)
Françoise de Rimini, 1841
Huile sur toile - 167 x 130 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : SVV Mercier
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2. Marie-Alexandre Alophe (1812-1883)
d’après Henri Decaisne (1799-1852)
Françoise de Rimini, 1841
Lithographie
Photo : D. R. (domaine public)

En recherchant, parmi les livrets de Salon, quels peintres avaient présenté un Paolo et Francesca (le sujet de l’œuvre) et en retrouvant ensuite une lithographie d’Alophe le représentant (ill. 2), le musée a pu identifier l’auteur de cette œuvre. Il s’agit du belge Henri Decaisne, qui exposa cette toile au Salon de 1841 sous le titre Françoise de Rimini.
L’histoire est tirée de L’Enfer de Dante. Francesca da Polenta (connue aussi sous le nom de Francesca da Rimini) était la fille de Guido da Polenta. Mariée à Gianciotto Malatesta, elle était amoureuse de Paolo, frère de ce dernier. Celui-ci surprit les deux amants en conversation galante et les assassina. Ils se retrouvèrent ainsi dans le cercle de la luxure où les rencontrent Dante et Virgile. Ce thème inspira de nombreux artistes du XIXe siècle, parmi lesquels les plus célèbres sont Ingres et Ary Scheffer. Si ce dernier représente le couple dans les affres de l’Enfer, Ingres les peignit (plusieurs versions sont connues : Chantilly, Angers, Bayonne, Mexico...) enlacés, Paolo embrassant Francesca, tandis que Gianciotto s’approche, menaçant, un couteau à la main.

Décaisse choisit un moment qu’on peut imaginer précédant de quelques instants celui choisi par Ingres, dont il s’inspire probablement tant l’attitude des protagonistes est comparable : Paolo s’apprête à embrasser Francesca qui tient encore un livre sur ses genoux, livre qu’elle laisse échapper dans les versions réalisées par le peintre de Montauban. La composition est beaucoup plus resserrée sur les deux amoureux avec juste une échappée vers un paysage à l’arrière-plan (la scène semble se dérouler sur une terrasse) et on ne voit pas l’assassin. La scène enlève ainsi tout caractère dramatique à celui qui ne connaîtrait pas l’histoire.
Né en Belgique de parents français, Henri Decaisne partagea sa vie entre ces deux pays. Il fut élève de Pierre-Joseph-Célestin François à Bruxelles, avant d’entrer dans les ateliers de Girodet, puis de Gros à Paris. Exposant au Salon parisien de 1824 à sa mort, il participa aux commandes de Louis-Philippe pour Versailles. Son style pourrait être qualifié de « juste milieu », peignant des compositions aux sujets romantiques dans une manière qui se rapproche de celle de Paul Delaroche. On peut signaler parmi ses œuvres parisiennes les quatre évangélistes peints dans le chœur de l’église Saint-Paul-Saint-Louis et un autre tableau religieux exposé au Louvre, qui connut une certaine célébrité à son époque : L’Ange gardien (une autre version se trouve à Anvers). L’œuvre acquise par Orléans, de belle taille et de grande qualité, vient renforcer une collection déjà très riche en peintures françaises de la première moitié du XIXe siècle. Il rejoint un autre tableau romantique acquis il y a quelques mois (voir la brève du 16/11/15).


Didier Rykner, samedi 5 mars 2016





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