Un tableau d’Emanuel Phillips Fox acquis par Sydney


Emanuel Phillips Fox (1865-1915)
Capucines, vers 1912
Huile sur toile - 91,5 x 71,5 cm
Sydney, Art Gallery of New South Wales
Photo : Art Gallery of NSW

13/12/11 - Acquisition - Sydney, Art Gallery of New South Wales - Achetée pour 610 000 dollars australiens dans une vente organisée par Deutscher and Hackett le 31 août 2011 à Melbourne, une toile d’Emanuel Phillips Fox intitulée Capucines (1912) a rejoint les cimaises de l’Art Gallery of N.S.W.

Artiste australien, Fox voyagea en Europe et fut à la fois influencé par sa formation académique et par la découverte des impressionnistes. Il étudia à Paris en 1887 à l’académie Julian, dans les classes de Bouguereau et Robert-Fleury, puis à l’Ecole des Beaux-Arts auprès de Gérôme ; il travailla aussi dans l’atelier du peintre américain Alexander Harrison, avant de retourner en Australie en 1892, où il fondit la Melbourne Art School avec son ami Tudor St Georges Tuck, y enseignant notamment la peinture en plein air. Il épousa l’artiste Ethel Carrick en 1905 (dont le musée conserve aussi quelques œuvres), et tous deux vécurent à Paris jusqu’en 1913, boulevard Arago près de Montparnasse. Ce long séjour français permit à Fox de visiter les pays alentours en Europe et au Nord de l’Afrique d’où il rapporta des scènes orientalistes. Il fut enfin le premier Australien à entrer dans la Société nationale des Beaux-Arts, en 1910.

Le tableau nouvellement acquis incarne cette période durant laquelle le peintre déclina l’élégance de la Belle Epoque et les loisirs ensoleillés de la bourgeoisie. L’Art Gallery of N.S.W. conserve d’ailleurs l’un de ses chefs-d’œuvre intitulé Le Ferry (1910-1911), souvenir chatoyant de Trouville.
Au milieu des Capucines, il représente son amie et modèle préféré, l’artiste Edith Anderson, qui épousa Penleigh Boyd, peintre paysagiste et voisin parisien de Fox. Cette toile, qui fut donnée par l’artiste à son amie, était restée dans la famille jusqu’à ce jour. Reconnaissable à sa chevelure roux cuivré, Edith apparaît dans d’autres compositions comme La Robe de mousseline ou encore L’Ombrelle verte (National Gallery of Victoria, Melbourne), peinte la même année.
En effet, en 1911 et 1912, Fox déclina une série de femmes au jardin, étudiant la lumière, ses reflets et ses effets tachetés dans des peintures qui ne sont ni des scènes de genre ni des portraits ; il est intéressant de noter que contrairement aux portraits des années 1890 (l’adorable Adélaïde, la discrète Mary ou l’élégante Cousine), leurs titres sont métonymiques, évoquant non une personne, mais une matière ou un détail de l’image. C’est la recherche d’un effet décoratif qui domine la conception des Capucines plus qu’une volonté de traduire une scène d’intimité tirée du réel. L’œuvre est très comparable à L’Ombrelle verte par sa palette tout d’abord, qui tourne autour des nuances de vert, des notes rouges et des taches noires ; par sa composition également, qui met en scène le même personnage féminin, assis à l’extérieur, dans un fauteuil identique, avec un cadrage coupé aux genoux. Cependant, le tableau de Sydney est plus resserré, la lumière moins contrastée, et l’absence de perspective donne l’impression d’un espace plat, envahi de motifs : les feuilles sur la treille, les touches rouges des fleurs, les pois blancs de la robe, les tresses du fauteuil en osier, selon une esthétique japonisante tout à fait séduisante qui rappelle Vuillard.
Cette peinture d’Emanuel Phillips Fox a été acquise à la mémoire de Margaret Olley, peintre et généreux mécène du musée, décédée en juillet 2011 ; des capucines en souvenir, à défaut de pensées.

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Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 14 décembre 2011



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