Un tableau d’Ary Scheffer découvert dans le Minnesota et offert au musée de Minneapolis


1. Ary Scheffer (1795-1858)
Le Christ consolateur, 1851
Huile sur toile - 60 x 80 cm (dimensions approximatives)
Minneapolis, Institute of Arts
Photo : MIA

2/4/09 – Découverte et acquisition – Minneapolis, Institute of Arts Le Christ consolateur est l’une des œuvres majeures d’Ary Scheffer, exposée au Salon de1837 (ill. 2). L’image a connu un très grand succès, notamment à travers l’estampe éditée par Goupil. Le tableau se trouve aujourd’hui au musée Van Gogh d’Amsterdam, mis en dépôt par le musée historique de la même ville. On en connaît au moins une petite version conservée au Central Museum d’Utrecht [1].

Une réplique autographe du Christ consolateur (ill. 1) a été récemment découverte par le Révérend Steven Olson, pasteur de l’église luthérienne de Gethsémanie, à Dassel, petite cité du Minnesota. L’œuvre se trouvait dans un dépôt, en mauvais état. Après avoir été étudiée par Patrick Noon, conservateur des peintures du Minneapolis Institute of Arts, elle a finalement été offerte à ce musée qui l’a restaurée.

2. Ary Scheffer (1795-1858)
Le Christ consolateur, 1837
Huile sur toile - 184 x 248 cm
Amsterdam, Musée Van Gogh
Photo : D. R.

La toile ne présente aucune variante avec la première version, si ce n’est sa taille réduite, proche de celle de la réplique conservée à Utrecht. A la différence de cette dernière cependant, l’artiste utilise le même format inhabituel, presque ceintré. Le thème iconographique est complexe et a trait à l’Humanité souffrante. Le Christ, avec Marie-Madeleine éplorée à sa gauche, brise les chaînes de la Pologne expirante, qui était à l’époque sous le joug russe. Au premier plan à gauche, une femme se penche sur son enfant mort. A gauche, on voit un suicidé, un naufragé et un exilé, ainsi que « trois créatures suaves et délicate représentant les angoisses du cœur, les douleurs de l’âme aux trois âges de la femme [2] » A droite se trouvent un esclave de l’Antiquité, un serf du Moyen Age et un Grec de l’époque moderne. Le personnage agenouillé à gauche et couronné de lauriers n’est autre que le Tasse, qui s’est détourné du Christ [3].

On s’attendrait davantage à découvrir une telle toile dans une église française, plutôt que dans une paroisse rurale du Minnesota. Cela est pourtant moins étonnant qu’il n’y paraît. Les peintres européens n’hésitaient pas, au XIXe siècle, à tenter l’aventure américaine et à exposer leurs œuvres aux Etats-Unis, parfois dans une véritable tournée qui visitait plusieurs villes comme nous le rappelions récemment dans un article consacré à deux tableaux de Claude-Marie Dubufe (voir brève du 20/10/08) [4]. Il est probable que ce Scheffer redécouvert soit celui qui fut exposé en 1852 au Boston Athenæum. On ne sait pas exactement comment il a fini par aboutir dans cette petite ville du nord des Etats-Unis.

English version


Didier Rykner, jeudi 2 avril 2009


Notes

[1] Cf Leo Ewals, Ary Scheffer, catalogue de l’exposition du Musée de la Vie Romantique, Paris, 1996, p. 48, n° 42.

[2] Piel, « Salon de 1837 », L’Européen, p. 183-184, cité par Bruno Foucart, Le renouveau de la peinture religieuse en France (1800-1860), Paris, 1987, p. 133.

[3] Leo Ewals, op. cit. note 1.

[4] On peut citer aussi le cas de Luc-Olivier Merson, très bien représenté aux Etats-Unis, déjà de son vivant (voir la recension de l’exposition de Rennes).



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