Un tableau d’Antonio Joli pour le Prado


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Antonio Joli (1700 - 1777)
La reine Marie-Amalie de Saxe visitant
l’Arc de Trajan à Bénévent
, 1759
Huile sur toile - 77,5 x 131 cm
Madrid, Museo Nacional del Prado
Photo : Prado

1/1/12 - Acquisition - Madrid, Museo del Prado - La Fondation des Amis du Prado a offert au musée espagnol, en novembre dernier, une veduta de l’Italien Antonio Joli représentant La Reine Marie-Amélie de Saxe visitant l’arc de Trajan à Bénévent. Ce tableau reflète le nouvel attrait des voyageurs du Grand Tour pour l’Antiquité, tout en faisant, au passage, l’éloge de la protection royale pour les arts. Hélas, l’artiste arriva un peu tard dans le sud de l’Italie pour s’imposer à la cour. En effet, la toile fut peinte en 1759, année où Joli s’installa définitivement à Naples, peu avant le départ de Charles de Bourbon et de Marie-Amélie pour l’Espagne ; le roi et la reine de Naples et de Sicile ayant hérité de la couronne d’Espagne à la mort de Ferdinand VI, demi-frère de Charles (ils invitèrent d’ailleurs Mengs à venir en Espagne - voir la brève du 8/12/11).

Edifié en 114 à l’entrée de la ville de Bénévent en Campanie, l’arc de Trajan donnait sur la Via Appia Traiana construite par l’empereur pour relier Rome à Brindisi. La précision consciencieuse avec laquelle Joli représente les lieux est ici assouplie par la lumière dorée qui vient teinter de poésie ces vestiges grandioses, dont la monumentalité est encore accentuée par l’ajout de personnages minuscules. Le peintre semble décrire la rencontre de deux Histoires, antique et contemporaine ; Marie-Amélie écoute les explications d’un guide, entourée d’un petit groupe de courtisans parmi lesquels se tient le marquis de Tanucci, premier ministre du roi, qui était passionné d’Antiquité. A droite, un artiste dessine des reliefs tout en bénéficiant lui aussi des commentaires d’un érudit. L’un de ces reliefs, qu’au XVIIIe siècle on avait interprété comme étant l’enlèvement des Sabines, représente en réalité Achille et Penthésilée ; l’autre montre un sanglier, référence à Diomède, fondateur mythique de Bénévent qui avait participé à la chasse de Calydon et rapporta les dents de la bête. L’arc majestueux s’élève au milieu des ruines d’autres édifices romains, notamment le théâtre à gauche ; le temple dorique à droite est probablement une invention du peintre, inspiré de la redécouverte des temples de Paestum quelques années plus tôt et qu’il a également peints.
Afin de rester fidèle à ces vestiges historiques, Antonio Joli regarda des estampes, notamment celles qui furent publiées en 1754 dans le Thesaurus Antiquitatum Beneventanarum de Giovanni Vita. L’arc fut par ailleurs représenté par Piranèse dans une gravure intitulée Veduta dell’Arco di Benevento nel Regno di Napoli dell’Arco actuellement exposée à côté du tableau.

Car le Prado organise jusqu’au 26 février une petite exposition autour de sa nouvelle acquisition afin d’évoquer le contexte artistique dans lequel fut peinte la toile et la manière dont elle vient s’intégrer dans ses collections. Il présente une douzaine d’œuvres et notamment trois autres peintures d’Antonio Joli lui appartenantet datant de la même année. L’un illustre L’Abdication de Charles III (une des seules scènes d’intérieur peintes par l’artiste), les autres montrent Le Départ de Charles de Bourbon pour l’Espagne vu depuis le port et depuis la mer. Cette réunion de tableaux montre comment l’artiste arrive à combiner veduta et peinture historique. D’autres œuvres viennent compléter l’ensemble, réalisées par les prédécesseurs de Joli, grandes figures du védutisme que sont Panini, Vanvitelli, Piranèse, offrant chacun une vision différente de l’Antiquité, du caprice au sublime. Enfin, un portrait de la reine Marie-Amélie de Saxe par Giuseppe Bonito évoque cette reine éduquée dans la « Florence du nord » comme on nomme la cour de Dresde, qui nourrissait un goût érudit pour les antiquités. A ces œuvres s’ajoutent deux estampes de la prestigieuse publication Le Antichita di Ercolano esposte (1757-1792) première tentative d’inventaire des antiquités et édifices découverts lors des fouilles effectuées sur le site d’Herculanum.

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Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 2 janvier 2012



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