Un tableau attribué à Pierre Mignard offert au Musée Calvet


JPEG - 109.6 ko
1. Attribué à Pierre Mignard (1612-1695)
La rencontre d’Alexandre avec la reine des Amazones, vers 1660
Huile sur toile - 248 x 249 cm
Avignon, Musée Calvet
Photo : Musée Calvet

13/8/12 – Acquisition – Avignon, Musée Calvet – Il y a des histoires de musées extraordinaires. Celle de l’acquisition le mois dernier, par le Musée Calvet, d’un très beau tableau attribué à Pierre Mignard (ill. 1) en fait partie.
La nouvelle pourra surprendre certains visiteurs attentifs. En effet, depuis quelques années, le tableau était exposé, avec un cartel indiquant : « Autrefois collection de Montillet de Grenaud, chartreuse de Bonpas. Acquis après 1943 » et un numéro d’inventaire « 998.0.2 ». Mais l’histoire était beaucoup plus compliquée, et cette œuvre sortie des réserves n’était, en réalité, qu’un dépôt oublié, heureusement remis au jour par le nouveau conservateur Sylvain Boyer.

Celui-ci, soucieux de mener à bien, aussitôt après son arrivée, le récolement de ses collections, avait en effet trouvé cette œuvre1 dans les réserves. Elle n’avait alors ni historique, ni numéro d’inventaire. Le seul indice se trouvait sur son châssis, une inscription à la craie indiquant : « tableau de Monsieur Burrus ». Un numéro d’inventaire provisoire lui fut affecté et, en 2000, le tableau fut restauré à Marseille, au Centre Interdisciplinaire de Conservation et de Restauration du Patrimoine.
Parallèlement, Sylvain Boyer aidé de Franck Guillaume parvint à reconstituer l’historique de l’œuvre : celle-ci, qui provenait de la collection d’Henri de Montillet de Grenaud, était conservée à la Chartreuse de Caumont, à six kilomètres d’Avignon, propriété de sa famille qui le mit en vente en mai 1943 (une époque où l’on avait d’autres préoccupations que les œuvres d’art). L’acheteur était Maurice Burrus, un industriel de Vaison-la-Romaine, qui la déposa immédiatement au musée et partit, l’année suivante, pour la Suisse. Le tableau n’appartenait donc pas au musée et pouvait à tout moment être repris par ses descendants. Fort heureusement, grâce à leur générosité (et à l’action de la Fondation Calvet qui a œuvré en ce sens), la toile a définitivement été offerte au musée le 5 juillet, et a pu recevoir son numéro d’inventaire définitif « 2012.1 ».

JPEG - 119.2 ko
2. Nicolas Mignard (1606-1668)
Portrait d’une dame, 1653
Huile sur toile - 248 x 249 cm
Collection particulière
Photo : Christie’s

L’auteur en est-il effectivement Pierre Mignard ? Malgré la consultation de nombreux spécialistes, cette attribution n’a pu entièrement être encore documentée. Jean-Claude Boyer, le spécialiste de l’artiste, a vu l’œuvre mais n’a encore rien confirmé ni infirmé.
Il reste que l’on est en présence d’un authentique chef-d’œuvre. Pour Sylvain Boyer : « Si ce tableau est de Pierre Mignard, il doit forcément être situé assez tôt, vers 1657, quand il vient à Avignon rendre visite à son frère Nicolas. A l’époque ils ne sont pas encore fâchés et Pierre peint, semble-t-il, dans l’atelier de son frère, le tableau de la collection Puech que nous conservons, Inv. 23635, Portrait de Henri de Forbin Maynier (qui est signé et daté 1657) et le grand Saint Véran pour la cathédrale de Cavaillon (in situ). Faut-il ajouter à cette liste notre Alexandre ? Pour ma part je le crois, mais seul un élément d’archive établissant les conditions de la commande permettrait de trancher. Vu la taille (3 m de côté) et la nature de l’œuvre, il s’agit forcément d’un commanditaire prestigieux. »

Si le budget que consacre le Musée Calvet à ses restaurations est assez conséquent, celui des acquisitions est en revanche à peu près nul. L’inventaire n° 1 de 2012 restera-t-il isolé ? Sylvain Boyer aimerait beaucoup faire entrer dans ses collections un autre Mignard, un Nicolas cette fois, le Portrait d’une dame (ill. 2) appartenant à une collection privée2, que la Fondation Calvet avait tenté d’acheter, sans succès, en 1998 chez Christie’s Monaco3. Leurs propriétaires viennent de le prêter au Musée Calvet et en veulent 90 000 €. Une somme relativement modeste qui pourrait certainement être atteinte avec l’aide du Fonds du patrimoine et du Fonds régional d’acquisition des musées, le tout pouvant être complété par une souscription. A moins qu’une entreprise veuille faire là un bel acte de mécénat qui ne lui coûterait que 60% du montant qu’elle y consacrerait.

English Version


Didier Rykner, lundi 13 août 2012


Notes

1Elle avait déjà été repérée un peu plus tôt par son prédécesseur, Philippe Malgouyres.

2Publié par Antoine Schnapper dans la Revue de l’art (Antoine Schnapper, « Après l’exposition Nicolas Mignard », Revue de l’Art, 52, 1981, p. 29-36).

3Le 12 décembre 1998, lot n° 47.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Disparition de Dewey F. Mosby

Article suivant dans Brèves : Le Fitzwilliam Museum veut acquérir L’Extrême-Onction de Poussin